Bruxelles, le 7 janvier 2007
Choc, tristesse, consternation, révolte, les mots ne sont pas suffisamment forts pour exprimer l’état d’âme des innombrables congolaises et congolais de Belgique partis à l’hôpital universitaire de Louvain au matin de ce dimanche 7 janvier 2007, rendre un dernier hommage au Cardinal Frédéric ETSOU, archevêque de Kinshasa.
Ce n’est que vers 14 heures qu’il a été possible d’accéder à la chambre mortuaire de l’hôpital. Même alors, l’attente se poursuivra encore dans l’anti-chambre, le temps qu’on finisse d’embaumer l’illustre disparu.
Dans l’entre-temps, des apartés se formeront, des discussions et des conciliabules commenceront, des membres de la famille du cardinal seront approchés afin d’obtenir davantage d’informations sur les derniers instants de l’homme de Dieu. On apprendra par exemple qu’il n’avait pas été demandé d’autopsie. Ce qui provoquera chez les Congolais une surprise.
Certes le cardinal était né dans une famille, mais il est surtout devenu une très haute personnalité congolaise. Après ses différentes prises de positions concernant les contre-performances du processus électoral au Congo, bien d’informations alarmantes circulaient déjà concernant le cardinal : empoisonnement, pressions de tout genre, menaces…
Certains propos d’un membre de famille ont même jeté le doute si pas le trouble dans les esprits.
Vers quinze trente, par groupe, les Congolais ont enfin l’occasion de rendre un dernier hommage à l’archevêque de Kinshasa sous la conduite de l’abbé Honoré Mukore. Moments de silence, de méditation, de prière. Difficile de retenir les larmes. L’émotion est à son paroxysme.
C’est l’esprit assailli par plusieurs questions que les Congolaises et Congolais de Belgique s’en retourneront chez eux, plus tristes que jamais. De quoi n’auraient-ils pas parlé en ce jour de deuil !
Il s’est murmuré, il s’est dit que la famille du cardinal avait subi des pressions pour qu’il n’y ait pas autopsie. D’où pourrait être venue cette pression ? A qui pourrait profiter la disparition du cardinal ?
S’il est établi que la mort de l’archevêque de Kinshasa n’est pas naturelle ou du moins ait été précipitée, pour quel dividende ? Au profit de qui ? A qui le prochain tour ?
Il est vrai, on doit bien mourir de quelque chose. Malheureusement, que de coïncidences autour de la disparition de l’archevêque de Kinshasa et qui ne cessent d’interpeller. Voici.
Tous les jours, la plupart des congolaises et congolais de Belgique suivent très attentivement la couverture médiatique des Belges sur tout ce qui a trait au Congo : radios, télévisions, sites Internet, journaux. Douze heures après la disparition de l’archevêque de Kinshasa, rien n’avait filtré dans les médias belges. Comment expliquer cela ? En aurait-il été de même si la plus haute autorité ecclésiastique belge, le Cardinal Daneels était allé mourir à Kinshasa ? Pourtant de tous les médias du monde, les médias belges ne sont-ils pas les plus friands de l’actualité congolaise ? Et subitement ? Amnésie, gueule de bois !
Pourquoi la RTBF, radio publique belge émet-elle vingt quatre heures sur vingt quatre à Kinshasa si elle est incapable d’informer dans le temps du décès de son plus grand prince de l’église, les huit millions de ses auditeurs de la grande métropole d’Afrique francophone noire? Ignorance ? Maladresse ? Attitude délibérée ? Insuffisance de personnel durant le week-end ?
Oui, la plupart des congolais de Belgique ont appris la mort de l’archevêque de Kinshasa grâce à des coups de fil venant du Congo. Comment ? La nouvelle avait été annoncée dans toutes les églises du pays au culte de ce dimanche matin ! Oui l’église catholique du Congo est en mesure d’atteindre rapidement des millions de personnes.
Au passage, cela ne devrait-il pas confondre ceux qui avaient mis en doute il y a peu, les propos du cardinal Etsou sur les résultats des élections ?
Et après le culte dominical, ceux des kinois qui se précipiteront sur la fréquence de la RTBF radio pour plus d’informations en auront pour leurs frais. Le journal radio des belges parlait effectivement d’un archevêque. Mais de l’archevêque de Varsovie, pas de celui de Kinshasa. Les Français nous auraient facilement rétorqué sourire au coin des lèvres : « C’est une histoire belge ! »
Si c’est cela la coopération et le respect mutuel entre les peuples, les « noko » ne seraient-ils pas surpris qu’à brève échéance leurs anciens colonisés se tournent vers d’autres pays ? « Ceci n’est pas une fiction. »
Est-il alors tentant de remettre en selle le couple Belgique-Congo ? Encore qu’on n’a jamais su qui était la femme et qui était l’homme. Le genre de l’un et de l’autre ne facilitant pas la tâche.
La seule idée de résurgence éventuelle de certaines dérives de la période coloniale n’inhiberait-elle pas le comportement de plus d’un ? Déjà, certains hommes politiques belges ne sont-ils pas considérés dans l’opinion congolaise comme ayant des démarches de type colonial ?
Et à charge de tous ceux qui se prétendent diriger le Congo, la pensée suivante a traversé plus d’un esprit : n’est-il pas temps pour qu’il y ait au pays des hôpitaux susceptibles d’accueillir certaines personnalités, à défaut d’en construire pour les pauvres que sont les soixante millions d’électeurs ? Le personnel médical manquerait-il ? Cela coûterait combien ? Dix millions de dollars ? Cent millions ? Qu’est-ce que cela représenterait à coté de la gabegie constatée durant la campagne électorale ?
Des moments tristes comme celui-ci peuvent-ils laisser indifférent un congolais digne de ce nom ?
Qui n’a pas pointé la vraie racine du mal à savoir : immixtion étrangère en soutien à l’amateurisme et l’aventurisme au sommet de l’Etat. N’est-il pas temps que cela prenne fin au Congo ?
En attendant la publication du programme officiel des funérailles, les Congolaises et congolais de Belgique organisent des veillées funèbres pour l’archevêque de Kinshasa à la paroisse saint Boniface de Matonge à Ixelles, à partir de dix-huit heures, ce lundi 8 janvier 2007.
Une messe est prévue à la Basilique de Koekelberg, le temps que Monseigneur Nlandu de Kinshasa et sa délégation se concertent avec l’épiscopat belge ainsi que les pères de Scheut, congrégation dont faisait partie le cardinal Frédéric Etsou.
