Déclaration de la Conférence civile du Congo pour la candidature de Mgr Monsengwo à la Présidence 677

« A circonstances exceptionnelles, solution exceptionnelle. Le Congo a aujourd’hui besoin d’être dirigé par un homme neuf, dont l’un des plus grands rôles sera de planter la croix de la paix au milieu du village, de rassembler, de rapprocher les extrêmes, de réconcilier, bref, de permettre une vraie transition. Cet homme, nous le voyons en la personne de Mgr Laurent Monsengwo Pasinya, universitaire respecté, ancien président de la Conférence nationale souveraine, archevêque de Kisangani et président de la Conférence épiscopale nationale du Congo. »

Mesdames, Messieurs,
Chers compatriotes,

Nous voici dans la dernière ligne droite vers les premières élections réellement libres depuis l’accession de notre pays à l’indépendance. Il est important de garder à l’esprit qu’au-delà de ce qui tient de la forme, la finalité du processus électoral en cours est la réconciliation du Congo et de son peuple avec le développement, cela par la mise en place d’institutions démocratiques et l’avènement d’une nouvelle mentalité au sommet de l’Etat. Au trente juin 2006, nous aurons le Congo que nous aurons fait, si nous prenons enfin conscience de nos responsabilités et agissons en conséquence, ou nous subirons le Congo des autres.
La grande question qui doit nous concerner aujourd’hui est celle des hommes, car, dit-on avec raison, les institutions ne valent que ce que valent les hommes qui les animent. Des hommes capables peuvent remettre à flot le navire rouillé mais le mauvais ouvrier ne peut que détruire, même s’il hérite de joyaux les plus précieux. L’homme, voilà le drame du Congo depuis l’indépendance jusqu’à ce jour. C’est encore de l’homme qu’il sera question lors des élections prochaines, et notre geste d’électeur déterminera si ce sera un bon ou un mauvais ouvrier que nous placerons demain à la commune, au parlement ou au sommet de l’Etat.
Chers compatriotes, le mal qui ronge notre pays est tellement avancé que nous ne pouvons plus nous permettre de tester des apprentis sorciers ou d’être les cobayes des stagiaires de la République. Les meilleurs d’entre-nous, indépendamment de nos sensibilités politiques, si nous en avons, doivent être appelés sous les drapeaux. Sans complaisance, nous devons sanctionner, positivement ou négativement, ceux qui ont été sur le terrain. Sans complaisance aussi, nous devons opérer un casting rigoureux en vue de lancer sur l’arène politique les nouveaux venus. L’homme ayant été le mal congolais, la renaissance du pays ne peut se concevoir sans une nouvelle classe politique. Chacun de nos futurs représentants devra être élu en toute responsabilité, mais une attention plus particulière encore devra être accordée à celui qui peut faire gagner ou perdre l’équipe tout entière par son action, le capitaine du bateau, le chef de l’Etat. C’est de lui que nous voulons particulièrement parler aujourd’hui.
Chers compatriotes, le Congo de demain ne sera pas le Congo bipolarisé du pouvoir et de l’opposition, même si, formellement, il peut en être ainsi. Sans aller jusqu’à dire comme quelqu’un autrefois, que la démocratie est un luxe pour l’Afrique, nous devons cependant reconnaître que les quinze ans de transition que nous venons de boucler ont mis en évidence les insuffisances de notre classe politique. D’un côté, un pouvoir qui pille et qui donne sa langue au chat devant les problèmes sociaux, et de l’autre, une opposition qui n’a jamais su devenir rentable ni pour elle ni pour le peuple. De deux ans initialement prévus, la ballade de la transition a fait un parcours sept fois plus long, agrémenté uniquement par les querelles politiciennes avec les mêmes acteurs, ou leurs héritiers politiques. Reprendre demain les mêmes et recommencer c’est faire acte de naïveté, d’inconscience et de manque d’amour pour les protagonistes. Nous ne sommes pas amateurs de catch américain qui ne se termine que par la mort de l’un des protagonistes. Les combattants ont besoin de repos, ou à tout le moins, de recul. Voilà pourquoi la Conférence civile du Congo, plate-forme citoyenne concernée par la réussite du processus électoral en cours, propose une trêve bien venue aux politiciens.
A circonstances exceptionnelles, solution exceptionnelle. Le Congo a aujourd’hui besoin d’être dirigé par un homme neuf, dont l’un des plus grands rôles sera de planter la croix de la paix au milieu du village, de rassembler, de rapprocher les extrêmes, de réconcilier, bref, de permettre une vraie transition. Cet homme, nous le voyons en la personne de Mgr Laurent Monsengwo Pasinya, universitaire respecté, ancien président de la Conférence nationale souveraine, archevêque de Kisangani et président de la Conférence épiscopale nationale du Congo.
Nous savons d’ores et déjà que les politiciens égoïstes, qui veulent le pouvoir rien que pour eux, ne verront pas d’un bon œil cette possibilité et ne manqueront pas de tenter par tous les moyens de la contrecarrer. Aussi nous brandira-t-on l’interdiction faite par le Droit canon aux évêques de concourir pour le pouvoir politique. Mais il y a la loi et l’esprit de la loi. La lettre (loi) tue, mais l’esprit vivifie, disent les écritures. Il est intellectuellement malhonnête de se servir de la loi pour aller contre l’esprit de la loi. C’est justement pour cette raison que le même Droit canon prévoit une ouverture à cette disposition, pour des circonstances exceptionnelles. Pour avoir discuté de l’idée avec de nombreux Congolais, nous pouvons affirmer que si le souhait de la plupart d’entre eux est que Mgr Monsengwo soit détaché au service de l’Etat, leur plus grande crainte aussi est que Rome ne refuse. « Mais, est-ce que le Pape acceptera ? « , telle est la question la plus posée, faisant ainsi des espoirs que le peuple fonde sur Mgr Monsengwo un espoir interdit.
Chers compatriotes, Mesdames et messieurs,
Notre conviction est que l’amour et la compassion n’ont pas déserté le parvis du Saint-Siège. Nous ne devons pas faire de procès d’intention à Sa Sainteté Le Pape Benoît XVI. En effet, ce n’est pas à Lui de deviner les intentions du peuple congolais, mais c’est à ce dernier de les exprimer clairement, conformément à la philosophie de la démocratie que l’église universelle et tous les hommes de bonne volonté soutiennent.
D’autres encore, pour nous détourner du projet, évoquent l’expérience haïtienne du Père Aristide. Nous tenons quant à nous, tout simplement, que même les plus grands joueurs de football ont un jour ou l’autre raté un penalty. C’est une attitude négative, qui se cache sous l’habit de la prudence, que d’arrêter l’image sur une erreur. Il vaut mieux laisser couler la vie pour permettre de substituer demain à l’image de l’échec celle d’un Mgr Monsengwo réussissant en Afrique. L’Eglise, qui a écrit aux fidèles catholiques et aux hommes de bonne volonté une lettre pastorale sous le thème « Pourquoi avoir peur ? » doit donner l’exemple en se délivrant elle-même de la peur de l’échec.
En conclusion, chers compatriotes, mesdames et messieurs, la Ccc demande aux citoyens congolais, en leur nom propre ou en celui de l’organisation qu’ils représentent, de venir signer massivement la pétition pour la candidature de Mgr Monsengwo à la Présidence de la République, afin que sa volonté soit connue de manière claire par Rome. A l’église et aux autorités politiques, elle demande de ne pas entraver la liberté d’expression du peuple, de ne pas l’intimider, et même de lui faciliter ce qui n’est pas encore un vote mais un vœu. Après quoi, le Saint-Siège dira son oui ou son non en toute connaissance de cause.
Nous vous remercions.

Kinshasa, le 18 janvier 2006
Pour la Conférence civile du Congo,
Serge Gontcho, Président.

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