L’une des conséquences le plus malheureux, de l’injustice avec laquelle l’Etat Indépendant du Congo traite les Africains, sera un héritage d’incompréhension, de méfiance mutuelle, de haine raciale qu’il va inévitablement laissé derrière. Ceci seul, à mon avis,rendra stérile tout effort d’amener la grande masse d’indigènes à la meilleure et haute influence de notre civilisation chrétienne.
L’oppression des hommes de couleurs dans n’importe quel parti du monde signifie que tôt ou tard, l’oppression de cette même race ailleurs. En plus, ce qui est également important et vrai c’est que la dégradation et l’affaiblissement de l’oppresseur succède toujours à n’importe quel mal fait à un peuple sans défense.
Toute personne ayant suivi l’évolution ou la dégradation des conditions dans ce qui est appelé l’Etat Indépendant du Congo en Afrique tire la conclusion qu’il s’y passe quelque chose de mal– un mal si profond que les nations civilisées ne peuvent échapper à leur devoir ni nier leur responsabilité.
Sur base des quelques cruautés sur lesquels j’attire votre attention dans cet article, je peux affirmer en étant très doux qu’il n’y a jamais eu dans l’esclavage américain quelque chose que nous pouvons comparer aux conditions barbares qui existent aujourd’hui dans l’Etat Indépendant du Congo. Mais laissez-moi être plus précis.
Quand les Etats Unis, en avril 1884, a reconnu l’autorité du roi de Belgique sur le bassin du Congo, c’était à cause des « visées humanitaire et noble » que cette autorité représentait. Ces sont là les mots exacte de la déclaration.
Il était entendu qu’une « confédération indépendante des nègres libres » était formé en Afrique équatorial, sous le patronage bénévole du roi et de l’association des scientifiques et explorateurs qu’il a réuni autour de sa personne. Quelques années auparavant, l’Etat Nègre de Liberia avait été établi en Afrique, suite aux efforts des philanthropes des Etats Unis.
L’initiative d’ériger au cœur de l’Afrique un état Nègre Indépendant semblait poursuivre le même but philanthropique que le projet dont est issue le Liberia; mais à plus grande échelle.
C’est sans doute cette ambiguîté qui amenera notre gouvernement à intervenir dans ce qui semblait en ce moment là, être une affaire purement européenne. De plus c’est en grande partie grâce cette intervention que l’Etat indépendant du Congo doit son existence. Ces sont là des faits que nous devons garder à l’esprit.
Une des premières décisions que prendra le souverain en tant qu’autorité suprême du Congo fut de déclarer propriété de l’état toutes les terres inoccupés. Tant que le roi n’avait pas encore réussi à établir son autorité à l’interieur du continent, ce decret passa inaperçu et ne sembla pas particulièrement important.
Une fois que le roi établi son autorité sur tout le territoire, le statut social de l’indigène et sa relation avec sa terre changea de manière radical. Les gestes les plus naturel qu’il faisait depuis toujours était devenu des crimes. Chasser, amasser le caoutchouc et l’ivoire était devenu un crime. Le commerçant blanc, à qui il était habitué à vendre ces choses, était traité comme un receleur.
Ce décret instaura une grande injustice pour les indigènes. Il lui confisqua d’un coup toutes les richesses naturelles de son pays. Richesses avec lesquels ils auraient pu acquerir les produits de la civilisation dès qu’ils en auraient appris la valeur.
En plus, avec ce decret, Leopold II ota aux indigènes toute les raisons qu’ils auraient pu avoir de travailler (de se civiliser), et d’apprendre de l’homme blanc l’utilité et la valeur des grandes ressources naturelles de la terre sur laquelle il vivait.
Loin de rendre l’indigène libre et indépendant, cette façon de les traiter détruisit la moindre ambition et désire de vie meilleur qu’il aurait pu avoir.
Ce premier faux pas amena, assez naturellement, au second. Ayant confisqué au nègre son droit au commerce, auquel l’africain présente une prédisposition naturelle et des aptitudes particulières, il devenait nécessaire de trouver d’autres moyens pour le faire travailler. Car si les indigènes ne participaient pas au ramassage du caoutchouc et de l’ivoire dans les forets, la présence de l’homme blanc en Afrique équatorial n’aurait plus de raison d’être.
C’est à partir de ce moment que commença la campagne de dénigrement prétendant que l’africain n’aime pas travailler. Pour l’obliger à travailler, le gouvernement imposa des taxes et instaura le travail forcé.
Donc au lieu de rendre le nègre libre et indépendant, le roi Léopold II a mis en place au Congo un système qui est plus sévère et plus méchant dans ses conséquences qu’aucune forme d’esclavage qui a existé sur la terre Africaine.
Avant d’aller plus loin demandons-nous pourquoi l’africain au Congo n’aime pas travailler.
Avant l’arrivé de l’homme blanc en Afrique, il n’était pas nécessaire pour le nègre de travailler. La terre lui fournissait, presque sans effort de sa part, tout ce dont il avait besoin pour son existence.
Après l’arrivé de l’homme blanc, de toute manière — cela semble être le cas dans l’état du Congo– il n’y avait plus aucune motivation au travail, depuis que le blanc lui confisqua le seul moyen par lequel il pouvait, s’il choisissait de le faire, être capable de se construire une existence meilleure et plus heureuse grâce à son travail.
En plus son nouveau maître, sous couvert de la loi et avec des cérémonies nouvelles et étranges, lui a imposé des tâches si lourdes et harassantes que les hommes mourraient comme s’ils étaient touchés par la peste.
Pendant la construction du chemin de fer de Matadi à Stanley Pool, qui ont coûté des centaines de vies humaines, il parait que des milliers d’indigènes, ont passé la frontière portugaise, préférant l’esclavage virtuel qui prévalait là-bas à la sorte de liberté qui leur était donné dans l’Etat Libre.
Toutes ces mauvaises decisions et erreurs politique auront inevitablement comme conséquence malheureux de laisser un héritage d’incompréhension, de méfiance mutuelle et de haine raciale.
Cette haine seule, à mon avis,,rendra stérile tout effort d’amener la grande masse d’indigène à la meilleure et haute influence de notre civilisation chrétienne.
