Cri de cœur de Ross Mountain et de Mgr Monsengwo
La Communauté internationale « tue » en Rdc 755

Deux importantes déclarations viennent d’intervenir quasiment au même moment. Celle de Ross Mountain, Représentant spécial adjoint du secrétaire général de l’Onu en Rdc et de Monseigneur Monsengwo Pasinya, Archevêque de Kisangani et président en exercice de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco). Le premier déplore le fait que « la réponse de la communauté internationale en Rdc est très décevante ». Le second appelle à la création d’un « Fonds international pour la Rdc » et d’un « Tribunal international pour la Rdc ». Pourquoi ?

Ross Mountain, Représentant spécial adjoint du secrétaire général de l’Onu en Rdc, ( adjoint de William Swing), a déclaré mercredi 29 mars 2006 à Genève que « chaque jour 1.200 morts contre 1.100 en 2005 sont comptabilisés en République démocratique du Congo ». Soit « un tsunami tous les six mois » dans ce pays. Il a déploré le fait que la Rdc « n’ a pas suffisamment l’attention des pays donateurs ». Et de préciser, « si cette année est celle de la Rdc, j’ aime mieux ne pas imaginer ce que ce serait si ce n’était pas le cas ».

L’adjoint de l’ambassadeur William Swing a souligné que depuis la réunion de février 2006, laquelle avait levé l’ option d’octroyer 681 millions Usd en vue de financer le plan d’action pour la Rdc, il n’a reçu « en promesse qu’un tiers de ce montant ». Concrètement, aucun euro n’est sorti de la poche de cette quarantaine de donateurs qui avaient répondu présents à l’invitation de l’Union européenne et des Nations Unies. Ainsi, faute de promesse concrète, la Communauté internationale « tue » en Rdc.

Monseigneur Monsengwo Pasinya, président de la Cenco, enfonce le clou en abondant dans le même sens. Il estime inconcevable que les Congolais soient abandonnés à eux-mêmes concerant la reconstruction de leur pays. Il a suggéré, pôur ce faire, la création d’un « Fonds international pour la reconstruction de la Rdc ».

La déclaration de Ross Mountain et celle de Monsengwo se recoupent sur la misère effroyable qui caractérise la situation humanitaire en République démocratique du Congo. Celle-ci est très préoccupante avec des morts qui se comptent au quotidien. Evoquant même l’envoi prochain d’une Force européenne en Rdc, forte de 1.500 hommes, Ross Mouutain demeure sceptique quant à l’efficacité de cette force dans la perspective de protéger les populations congolaises. « Cette présence militaire étrangère est dix fois moins nombreuse que celle stationnée en Sierra Leone, un pays pourtant 15 fois plus petit que la Rdc », a dit l’adjoint de M William Swing au Congo Kinshasa.

Il y a de quoi se poser la question de savoir si cette sous-évaluation des difficultés de la Rdc et ce comportement dubitatif depuis que ce pays est agressé ne s’inscrivent pas dans une logique internationale pyromane de faire échec à la mission de la Monuc et de bloquer la reconstruction de la Rdc.

DEDOMMAGEMENT DE LA RDC

Monseigneur Monsegwo ne s’est pas arrêté là. Il est revenu sur l’épineuse question du dédommagement de la République démocratique du Congo par les pays qui l’ont agressée. L’archevêque de Kisangani s’insurge contre le fait que l’on s’emploie à imposer aux Congolais la reconstruction de leur pays alors que la Rdc a été victime d’une guerre d’agression. Il dénonce le « silence complice » d’impunité favorisée par la Communauté internationale pour autant que les Nations Unies ont reconnu que la Rdc a été agressée par le Rwanda et l’Ouganda.

Ces pays devraient dédommager la Rdc et l’argent libéré devrait servir à la reconstruction du pays. « Il est inadmissible de demander aux Congolais qui ont été agressés de reconstruire leur pays pendant que les agresseurs ne sont pas du tout inquiétés. », a dit le prélat catholique, interrogé par Radio Okapi. Et de poursuivre : « En toute justice, les personnes qui ont conduit la guerre, quelles qu’elles soient, devraient dédommager le Congo de tous les dégâts qu’ il a connus, soit à la flore, à la faune, à la population… Celui qui casse paie, c’est normal. Il est connu actuellement que très souvent des Congolais n’ont été que des prête –noms aux chefs de guerre qui ont attaqué notre pays ».

En fait, il revient au Gouvernement, et non à des individus, de saisir cette proposition de l’archevêque de Kisangani dans le but de relancer le dossier. Une première partie de la réponse a été donnée dans le verdict du procès opposant la Rdc à l’Ouganda.

Ce pays a été reconnu coupable et condamné à dédommager la Rdc. A partir de ce procès, on peut bel et bien l’enrichir pour que la Rdc obtienne réparation.

TRIBUNAL PENAL INTERNATIONAL POUR LA RDC

Certes, des pays, comme le Rwanda, affirment ne pas avoir agressé la Rdc. Ils font remarquer avoir été en République démocratique du Congo à l’invitation de « certains dirigeants congolais » pour mettre fin à la dictature de Mobutu, favorisant ainsi l’arrivée au pouvoir de quelques responsables congolais. Pourquoi devraient-ils dédommager le Congo, font-ils remarquer ?

A cette interrogation , Monseigneur Monsengwo a proposé une piste de solution . Il a demandé à la Communauté internationale d’instituer le « Tribunal pénal international pour la Rdc ». Et ce à l’image de celui d’Arusha pour le Rwanda, de la Haye pour l’ex-Yougoslavie et de Freetown pour le Liberia et la Sierra Leone.

On ne laisse pas impunie la mort de 4 millions de personnes, même s’il s’agissait d’une guerre de libération. Faut-il pour cela commettre un « holocauste » comme l’avait dénoncé l’un des anciens secrétaires d’Etat adjoint américains en charge des affaires africaines ? La réponse ne serait que non .

Le Tribunal pénal international pour la Rdc permettra d’établir la part de responsabilité à partir de cette guerre d’agression reconnue officiellement par le Conseil de sécurité par sa résolution 1342. Par voie de conséquence, s’il est établi que des Congolais font partie de ceux qui ont initié cet holocauste, ils devront être entendus et jugés conformément aux lois de la justice internationale.

Les commanditaires devront également subir le même sort. Devoir de mémoire collective oblige.

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