Cliquez ici pour voir la bande annonce du film
La deuxième chaîne de la télévision belge (La Deux) a diffusé, le dimanche 14 mai dernier, un documentaire sur le Congo. Intitulé «Congo na biso», ce film vient enfoncer une porte déjà ouverte. Il a l’avantage de retracer l’historique des guerres dites de libération. «Congo na biso» nous répète que Kabila père a été une marionnette de Kigali.
N’ayant pas écouté à temps la voix de la sagesse lui recommandant de renvoyer les Rwandais chez eux après avoir payé la facture de la guerre, il payera de sa vie le non-accomplissement de la promesse faite aux maîtres de Kigali: leur céder une partie de notre territoire. Dans ces guerres de dupes, le Rwanda a fait jouer au Rcd le rôle dévolu autrefois à l’Afdl et l’Ouganda a soutenu le Mlc pour les mêmes motifs: exploiter les richesses du Congo. Les masques tomberont à la guerre de six jours à Kisangani quand l’Ouganda et le Rwanda s’affronteront sur le territoire congolais.
Le motif fallacieux de la poursuite des génocidaires hutu cédera aux appétits gloutons des prédateurs ougandais et rwandais. Ce documentaire où interviennent Pie Tshibanda, Colette Braeckaman, Etienne Tshisekedi wa Mulumba, les membres de la présidence provisoire de la République du Congo et une bonne poignée des fils et filles de notre peuple, met à nu le mensonge sur lequel le processus de démocratisation du Congo est bâti depuis le jour où certains fils de notre peuple ont accepté de jouer le jeu des envahisseurs-prédateurs.
Si le revirement de Mzee Kabila lui a coûté la mort, le pacte signé entre les seigneurs de guerre n’a-t-il pas été un faux semblant dans la mesure où ces messieurs au pouvoir continuent à servir les intérêts de leurs maîtres d’hier? Comme à la veille de la guerre d’agression, un bon nombre de nos compatriotes ressassent le discours selon lequel le peuple est fatigué de la longue transition. En quoi ce discours est-il différent de celui d’hier qui affirmait que nous étions fatigués de la dictature mobutienne?
LES LIBERATEURS-PREDATEURS
Hier, au nom de la démocratie, nous avons accueilli les libérateurs-prédateurs. Aujourd’hui, au nom des élections, nous voulons avaliser le pouvoir de leurs héritiers et copains en ne nous posant pas ensemble la question de savoir ce qu’ils ont fait pour rompre le cordon qui les liait à leurs maîtres d’hier? Surtout qu’ils continuent à les fréquenter ou à leur envoyer des émissaires. Mr Ruberwa n’ a-t-il pas été à Kampala la semaine dernière?
En effet, ce film pose des questions du genre: «Quelle garantie avons-nous, en écoutant et en voyant ce qui se passe à Rutshuru, que le projet de la cession d’une partie de notre territoire n’est pas sur le point de son achèvement? N’est-ce pas la réalisation de ce projet qui commande l’envoi des collabos à l’Est du pays à la place des patriotes militaires congolais aguerris dans l’art de la guerre ? N’est-ce pas la réalisation de ce projet qui a commandé le non-paiement de la solde des militaires aux fins de les inciter à exécuter la politique de la terre brûlée et que les populations la subissant soient la proie facile à une parodie d’élections mijoté par les marionnettes de Kampala et de Kigali ?Les sceptiques congolais finiront-ils par comprendre que les élections faites dans les conditions de non élucidation des motifs des émissaires de Kigali et Kampala au pouvoir ne seront que du bluff? Comment voulons-nous que des gens qui sont venus chez nous sous le couvert du mensonge se transforme du jour au lendemain en patriotes nobles et dignes?»
UN DOCUMENTAIRE A VOIR ET A REVOIR
Les réalisateurs de ce documentaire sont aussi dubitatifs sur la réponse à donner à cette dernière question que bon nombre de patriotes congolais avertis. Ils notent ce qui suit: « Après une guerre qui a tué quatre millions de ses habitants, la Rdc s’apprête à connaître ses premières élections libres. La promesse suscite des espoirs fous mais également beaucoup de doutes au sein d’une population meurtrie. Le Congo d’aujourd’hui est traumatisé, et la légitimité et les intentions de ses dirigeants pourraient apparaître discutables à certains…» Il est possible que nous réussissions à nous réapproprier le processus de démocratisation de notre pays. Mais pas en laissant en marge du processus «la véritable» opposition intérieure et les forces vives de la nation.
Un compatriote diplômé d’une université congolaise mais chômeur abonde dans ce sens. Tous les Congolais ne sont pas bêtes. C’est l’une de grandes leçons à tirer de ce documentaire d’Hélène Seingier. Il laisse quand même un goût d’inachevé. Si les tireurs de ficelles occidentaux sont évoqués en passant (dans le pillage des richesses du pays) par Colette Braeckman, leur rôle dans 1’hécatombe que connaît «Congo na biso» n’est pas suffisamment souligné.
Cela étant, c’est un documentaire à voir et à revoir pour comprendre l’acharnement d’un Ngbanda, d’un Tskisekedi, d’un Monsengwo ou du C2R sur la ré-appropriation de l’histoire des congolais par les congolais. A commencer par la tête du pays.
