Congo-Kinshasa: l’appel au boycott plutôt bien suivi dans la deuxième ville du pays 1146

MBUJI-MAYI, Rép. démocratique du Congo (AP) – Alors que la République démocratique du Congo était appelée dimanche à faire son entrée dans l’ère démocratique, la province centrale du Kasaï, très riche en diamants, boudait les urnes. Par conviction ou par intimidation, une grande partie des électeurs semblaient suivre l’appel au boycott lancé par l’opposant Etienne Tshisekedi.

A Mbuji-Mayi, deuxième ville de cet immense pays situé au coeur de l’Afrique, des jeunes ont incendié, la veille du scrutin, un camion rempli de bulletins qui devaient servir à ces premières élections pluralistes législatives et présidentielle depuis plus de 40 ans en RDC (Congo-Kinshasa, ex-Zaïre).

Dimanche, jour du scrutin, observateurs et responsables électoraux étaient plus nombreux que les électeurs dans la plupart des bureaux de vote de cette ville. Parmi les rares incidents constatés, un jet de pierre, qui a fait fuir l’unique électeur venu remplir son devoir électoral dans un bureau de vote. A l’extérieur, des partisans du boycott arrosaient de pierres d’autres électeurs potentiels jusqu’à ce qu’ils soient à leur tour chassés par des policiers armés de matraques.

Etienne Tshisekedi, vétéran de la scène politique congolaise et chef de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS, principal parti d’opposition du pays), jouit de sa plus grande influence au Kasaï. S’il a toujours défendu une position de principe de non-violence, certains de ses jeunes partisans n’hésitent pas à intimider leurs adversaires, par exemple à coups de jets de pierres.

Pour autant, si son appel au boycott est entendu et suivi d’effet, il s’en servira à coup sûr comme preuve de son influence politique, lui qui veut jouer un rôle plus important sur la scène nationale.

Lorsque les inscriptions sur les listes électorales ont démarré en 2005, Tshisekedi a demandé à ses partisans de ne pas s’inscrire, affirmant que les négociations sur le processus électoral avaient été tronquées.

Mais quand il a compris que le nombre de sièges attribués aux diverses provinces était proportionnel au nombre d’électeurs inscrits, il a tenté de faire marche arrière. Il a alors annoncé qu’il acceptait de se présenter à l’élection présidentielle si les listes électorales étaient rouvertes pour permettre à ses partisans de s’y inscrire. Mais la Commission électorale du Congo a refusé, mettant en avant un manque de temps.

Tshisekedi a nié avoir commis une erreur tactique qui pénalisera ses partisans. Pourtant, les chiffres sont éloquents: sur les 500 sièges en lice pour l’Assemblée nationale, la ville de Mbuji-Mayi, deuxième du pays avec près de quatre millions d’habitants, ne s’en est vu allouer que 11. En comparaison, la capitale, Kinshasa, qui compte huit millions d’habitants, en a obtenu 58.

Quelques mois après l’indépendance obtenue de la Belgique par l’ex-Congo belge en 1960, la province du Kasaï avait fait sécession, avant de devoir rentrer dans le rang sous la dictature de Mobutu Sese Seko. Depuis lors, les gouvernements centraux successifs « nous punissent, et maintenant ils tentent de nous exclure du Parlement », assure Gabriel Kalombo Nzage, bras droit de Tshisekedi et vice-président de l’UDPS. « Ce n’est pas Tshisekedi qui a refusé, comme ils n’arrêtent pas de le dire, mais c’est qu’ils lui ont barré la route. »

En attendant, dans le village de Leamiela, voisin de Mbuji-Mayi, seuls 30 des 565 électeurs inscrits avaient rempli leur devoir électoral en fin de journée. Les responsables électoraux n’ont fait état dans cette localité d’aucun acte de violence ni d’intimidation.

Même la commission électorale reconnaît l’ampleur du boycott. L’un de ses responsables, Vincent Muamba, constate ainsi que « c’est un boycott massif parce que les gens n’ont pas pu voter pour le candidat de leur choix ».

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