Une maffia systématisée et bien organisée continue à saigner à blanc le secteur minier par des contrats léonins. Au nombre de ces contrats dénoncés ces derniers temps avec véhémence par les cadres du Mlc et autres Ong de lutte contre la corruption, il convient de noter la convention entre la Compagnie minière de Sakanya (Comisa) avec son pendant zambien Bwana Mukubwa Mining.
LE PHARE (www.lepharerdc.com)
Créée en 2001 au sortir de la guerre dite de libération, Comisa opère contrairement à la législation en vigueur au Congo, notamment le Code minier pour lequel elle a opté depuis août 2003 même si par ailleurs rien d’officiel ne l’atteste.
Dans le cadre de son business, elle extrait des minerais sur le site de Lonshi, au Katanga, et les exporte à Ndola, en Zambie, pour le compte de Bwana Mukubwa Mining, une société de droit zambien et filiale de la firme First Quantum. Mais alors que le Code minier congolais, plus précisément son article 85, stipule que les minerais non raffinés ne peuvent quitter le pays, Comisa exporte la terre brute.
Pendant 4 ans, soit d’octobre 2001 à début septembre 2005, 4.043.045 tonnes de brut extraites de Lonshi ont traversé la frontière congolaise pour l’usine de traitement de Bwana Mukubwa Mining. Cette masse représenterait un montant de 33.409.624.271 $ ; montant extrapolé à partir des cours des métaux sur différentes bourses.
Selon une mission gouvernementale dépêchée sur le terrain pour le recouvrer des droits et autres taxes dus à l’Etat, le rythme d’extraction n’a jamais ralenti. Le 22 avril 2006, soit la veille de leur visite sur le terrain, ce entre 6 heures du matin et 23 heures, 184 camions de grand tonnage remplis de minerais ont traversé la frontière.
Comisa se complaît aussi dans les fausses déclarations et la sous-évaluation de la nature et des lots à l’exportation. L’expertise de l’Occ sur des échantillons prélevés révèle que, en plus du cuivre et du cobalt déclarés, 10 autres minerais sont contenus dans ce brut, à savoir le titan, le chrome, le tantale, le wolframite, le zirconium, le fer, le manganèse, le zinc et l’uranium. Certains de ses minerais auraient une teneur au-delà de 30 %.
Le Katanga officiel, par le biais de la Commission chargée du dossier Comisa- Bwana Mukubwa ne sait à quel saint se vouer. Dans la mesure où non seulement l’essentiel de la valeur ajoutée du brut exporté est réalisé en dehors du territoire national, privant ainsi le pays d’une importante source de revenus et des retombées sociales certaines, mais aussi le non paiement des sommes dues à l’Etat occasionne un manque à gagner considérable.
Cette Commission estime le manque à gagner dû à Comisa s’élève à 670.660.538, 34 $ Us réparti comme suit : Banque centrale du Congo : 12.133.402, 98 $ ; Ofida : 618.975.874 $ ; Ogefrem : 1.222.668, 19 $ ; Eda : 1.181.261,06 $ ; Sonas : 251.831,01 $ ; Occ : 22.830.532,85 et Commerce extérieur : 14.064.969, 25 $.
Cet argent qui se volatilise peut servir à la réalisation de plusieurs projets, notamment la paie des fonctionnaires. Il échappe malheureusement à l’Etat, parce que les entreprises incriminées recourent constamment au trafic d’influence dans la sphère du pouvoir. C’est bien dommage que la justice congolaise ne se saisisse pas d’office de pareils dossiers.
