BRUXELLES : TAPIS ROUGE POUR DES CHEFS COUTUMIERS CONGOLAIS ET CACHOT POUR LES CHASSEURS D’INFO… 962

Depuis le 5 juin, une délégation de chefs coutumiers congolais en provenance du Katanga séjournent à Bruxelles pour une série de rencontres avec le monde politique belge et ce, jusqu’au vendredi 9 juin.

Il s’agit de :
Pour la Dynastie LUBA :
– KASONGO WA NYEMBO Yves NGOY KISULA
– MULONGO NDALA Baudouin

Pour la Dynastie LUNDA :
– MWANT YAV MUSHID III
– MUYEJ KABWIT

Pour la Dynastie YEKE :
– MWENDA-BANTU MUNONGO Godefroid
– KALEKWA KANSALA Jean-Marie

Le programme marathon a prévu la rencontre avec les personnalités ou institutions suivantes :

La Coalition ONG « Le Congo veut voter »
Le Commissaire Européen Louis Michel
Le Ministre des Affaires Etrangères, M. Karel DE GUCHT
Le Ministre de la Défense, M. André FLAHAUT
Le Cercle Royal Africain et de l’Outre-Mer, asbl

Jean-Paul Warmoes, Directeur de la FONDATION ROI BAUDOUIN

La Présidente du Sénat, Mme Anne-Marie LIZIN

Le Ministre de la Coopération au Développement, M. Armand DE DECKER

Le Gouverneur du Brabant wallon, M. Emmanuel HENDRICKX

Le Président de la Chambre des Représentants, M. Herman DE CROO

UNICOB, association des belges d’origine congolaise et autres associations de la diaspora.

Ce séjour ayant été organisé dans la plus grande discrétion, il nous a été difficile d’accéder à toutes ces informations afin d’en rendre compte à la population congolaise.

Nous arriverons en retard à la première rencontre avec les ONG belges. La manifestation ayant été déplacée par rapport au lieu indiqué sur le programme.

En début d’après-midi, c’est au tour de l’Union Européenne. Nous arrivons juste à temps pour voir la suite de véhicules diplomatiques traverser le passage de contrôle. Didier RAMAZANI des Bana Congo qui était à la réception interpelle la délégation.

Dans l’entre-temps, notre groupe de congolais s’est agrandi. Le but était simple : demander aux chefs coutumiers la raison de leur présence en Belgique. Et surtout organiser une rencontre d’information avec la communauté congolaise.

À l’issue de l’entrevue chez le Commissaire Louis Michel, le diplomate congolais sort en éclaireur. Aux questions de la presse congolaise, ses réponses sont évasives. Quand nous lui révélons que nous avons le programme détaillé de la délégation, il est un peu ennuyé.

Le service de sécurité de l’Union Européenne qui nous tenait à l’œil s’arrange pour que la délégation s’engouffre dans les véhicules diplomatiques à notre insu. Pas pour longtemps. Le temps d’arriver à la barrière de sortie, les congolais sont déjà sur leur trajectoire. Déviation. Des policiers viennent à la rescousse du service de sécurité local. Et dans un forcing digne des films d’action, les véhicules sortent en trombe, poursuivis par les congolais.

À notre tour, nous nous engouffrons aussi dans nos voitures. Direction, Ministère des affaires étrangères. La délégation nous a précédé de quelques minutes.

Nous nous présentons à la réception dans l’espoir de rencontrer la délégation, à défaut d’assister à l’audience. Le protocole nous demande d’attendre. Et l’attente va s’éterniser.

Dehors, un véhicule de police arrive. Des inspecteurs de police en civil arrivent aussi « par hasard » disent-ils. Il est 15h30.

Une fourgonnette de la police débarque, une dizaine de policiers à bord. Puis une deuxième et… une troisième. Sans attirer notre attention, ceux qui étaient arrivés les premiers préparent des menottes en plastique. Très discrètement, les policiers en civil s’arrangent pour nous maintenir sur le trottoir, nous empêchant d’ avoir accès à la salle d’attente du ministère des Affaires étrangères. Il est 15h50.

Etant donné que la prochaine audience aura lieu au Ministère de la défense, notre groupe se scinde en deux. Un précède et le deuxième attend la sortie des chefs coutumiers. Soudain un commissaire de police se dirige vers nous, et dans son mouvement, la trentaine d’agents de police nous encercle.

Le commissaire lance : « Vous êtes en étant d’arrestation administrative pour manifestation spontanée ». On nous demande de mettre les mains au dos et on nous passe des menottes. Fermement, nous sommes embarqués dans le « saladier » comme des malpropres ou des bandits de grand chemin. Un cameraman congolais de Global TV filme toute la scène.

Nous c’est : pasteur Jules RABBI, Nick KINDUNDU de la communauté congolaise de grande Bretagne à Londres, Henri MUKE de Bana Congo, et Cheik FITA, écrivain et journaliste.

Un véhicule de la police gyrophare en marche ouvre le cortège, notre fourgonnette-prison au milieu, et une fourgonnette ferme le cortège. En conversation au talkie-walkie en néerlandais, les différents services de police se font un rapport mutuel sur la façon dont nous avons été neutralisés, et comment sécuriser l’accueil des visiteurs congolais au Ministère de la Défense. Ordre est donné d’arrêter les congolais qui s’y pointeront. Ils ne s’y pointeront pas, ayant été alertés par Aubin KIKONKA de Bana Congo qui avait échappé de justesse à la rafle policière.

Nous sommes amenés au bureau de la police fédérale de la rue marché aux Charbons à 1000 Bruxelles, On prend nos identités, on nous fouille après nous avoir déshabillé un à un gardant juste le slip et ce par… des policiers ayant l’âge de nos enfants. Tout est confisqué : téléphone portable, bague de mariage, montre, porte-feuille, ceintures… puis emballés dans un sachet transparent à l’en-tête de la police avec les écrits suivants : « Tribunal de première instance de… greffe correctionnel…Inventaire des pièces à conviction. »

Quand je remets mon pantalon sans ceinture, je suis obligé de le tenir avec les mains: trop large aux hanches. Ne pas risquer de le voir tomber à l’instar de ceux des romains à qui Obelix décoche un uppercut .

On nous enferme dans un même petit cachot en métal avec Henri Muke. Le pasteur et notre compatriote de Londres sont ailleurs. Après dix minutes, on nous sépare, et chacun a droit à une cellule de quatre mètres de haut, quatre et demi de profondeur, un et demi de largeur.

À l’intérieur, un bloc toilette sans chasse d’eau. L’éclairage provient d’un tube au néon ainsi que d’une ouverture en verre épais pour la lumière du jour. Et très haut, deux petites bouches d’aération. Il y a un lit en béton plein, style lit mortuaire. Dessus, un petit matelas et une couverture gris sombre, genre militaire. L’odeur piquant d’un détergent de médiocre qualité me tiendra compagnie.

J’ai le choix entre m’asseoir sur le grabat ou par terre, rester debout ou… me coucher. Mince. Les heures s’écoulent très très lentement. De temps en temps nous nous appelons par sifflet. Parfois pour se défouler, l’un de nous donne des coups à la porte blindée tout en lançant de grands cris

J’entends notre compatriote le pasteur faire une prière à haute voix en faveur de la lutte du peuple congolais et de sa victoire finale face aux forces du mal qui cherchent à nous diviser, nous coloniser de nouveau et à maintenir notre peuple dans l’obscurantisme pour mieux piller nos richesses naturelles.

Vers 21h20 on vient ouvrir ma cellule. Un quart d’heure plus tôt j’avais intercepté une conversation entre policiers disant « il y en a deux qui sont déjà partis ».

À la sortie, un comité d’accueil de congolais nous attend.

Ce jeudi 8 juin 2006, lors d’un contact téléphonique avec le diplomate congolais qui accompagne la mission, monsieur Kalume, celui-ci a daigné nous éclairer un peu plus sur le séjour des chefs coutumiers :

les chefs coutumiers ne voudraient pas qu’on donne une connotation politique à leur séjour s’ils sont là, c’est dans le cadre de leurs prérogatives qui figurent dans la nouvelle constitution et de leurs pouvoirs qui y sont repris et reconnus.
Ils sont venus prendre contact avec des ONG pour le développement à la base car jusqu’ici, la coopération est surtout d’Etat à Etat et il y a une forte déperdition quant aux effets dans la population compte tenu des incidents qu’il y a eu hier à leur sortie de l’Union Européenne, ils ne sont pas chauds pour un contact avec toute la communauté mais néanmoins, les contacts continuent pour à défaut avoir une séance de travail avec un groupe plus réduit.

Une rencontre franche sera dans l’intérêt des uns et des autres.

NOTA :
Des fichiers sont disponibles :
-Un fichier vidéo de la tentative d’interception des véhicules de la délégation
-Un fichier audio de l’interview par téléphone de Monsieur Amadeu Altafaj i Tardio Porte-parole de la Commission européenne au Développement et à l’Aide humanitaire, Commissaire Louis Michel)
– un fichier audio de l’interview du diplomate KALUME

Bruxelles, le 8 juin 2006

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