Ce que M. Nanshabalolowa K. pense de la situation actuelle du Congo 54

Juriste de formation ,diplômé de l’ENM (section internationale à Paris), M. Nanshabalalowa Kazadi a successivement occupé au sein de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UPDS) les fonctions de président de la section UDPS Rhône-Alpes et de président fédéral de l’UDPS France. En 1998, après la prise de pouvoir par Laurent-Désiré Kabila, il œuvra aux côtés de quelques Congolais, en vue de la mise en place d’une nouvelle dynamique qui aboutira au mouvement politico-militaire, le Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD), ayant vocation à combattre le nouveau régime installé à Kinshasa grâce à l’appui des gouvernements rwandais et ougandais.

Après avoir occupé les fonctions de secrétaire général de la RCD et de représentant de ce mouvement en France, M. Kazadi siège aujourd’hui, en tant que député, à l’Assemblée nationale congolaise.

Partenaire Économique International (P. E. I.): Que s’est-il passé au sein du RCD, honorable député, pour que l’on parle, aujourd’hui, du pôle “rénovateur” ?

Nanshabalalowa Kazadi (N. K.): Depuis juin 2004, une démarche du groupe dit “collège des fondateurs” a demandé à tous les membres du RCD de se retirer des institutions liées à la transition politique en cours en République Démocratique du Congo. Mes camarades – parmi lesquels figuraient Michel Tshibwabwa et James Mwewa – et moi-même avons décidé de nous battre contre le programme “décrochage” censé torpiller la transition politique.
Nous avons donc organisé une conférence de presse le 15 juin 2004 pour dénoncer les magouilles du collège des fondateurs, initiées par le vice-président de la République, M. Azarias Ruberwa, qui agit à la demande du gouvernement de Kigali. D’où la création d’un pôle républicain patriotique et démocratique connu aujourd’hui comme étant le courant rénovateur du RCD.
À travers cette démarche, nous exigeons la dissolution du collège des fondateurs du RCD – qui est devenu, à notre avis, une caisse de résonance de la puissance rwandaise – et la convocation du congrès du RCD afin de doter le parti des structures et des animateurs pouvant être les véritables représentants de l’opinion des militants.

P. E. I. : Y a-t-il forcément haute trahison dans la mesure où le vice-président de la République a agi, d’après vos déclarations faites au CAPE (Ndlr. Centre d’Accueil de la Presse Etrangère, structure basé à Radio France) lors de la conférence de presse organisée par l’APE (Ndlr. l’Association de la Presse Etrangère), d’une manière qui s’apparente à l’intelligence avec l’ennemi ? Dans l’affirmative, quelle est la réaction de l’Assemblée nationale congolaise au sein de laquelle vous siégez ?

N. K. : Deux hypothèses confirment la traîtrise de M. Azarias Ruberwa. Primo, un laisser-aller, une complicité de la part du vice-président de la République, qui plus est président du RCD, car il refuse de condamner la prise de Bukavu par les généraux Nkunda et Mutebusi. Voilà pourquoi nous disons que ce monsieur est un traître à la cause nationale.
Secundo, M. Azarias Ruberwa est devenu vice-président seulement le jour de sa prestation de serment, lequel l’engage à ne pas traiter avec un État qui viole l’intangibilité des frontières de la République Démocratique du Congo. Or, s’agissant de la prise de Bukavu, il y a eu à la fois violation des frontières congolaises et occupation de l’espace national par des troupes rwandaises. Face à pareille agression, M. Ruberwa s’est contenté de clamer à la presse la non-présence des militaires rwandais à l’est de notre pays.

Il est nécessaire de noter qu’un rapport de la monuc (Mission des nations unies au Congo) a apporté, à la demande du Conseil de sécurité des Nations Unies, la preuve de la présence des troupes rwandaises au Congo. Tous ces éléments nous confortent dans notre démarche pour demander la levée de l’immunité de M. Ruberwa, conformément à l’article 243 de la Constitution congolaise, pour qu’il soit poursuivi devant Cour suprême de justice.

P. E. I. : Alors, que veut réellement M. Azarias Ruberwa ?

N. K. : M. Ruberwa veut devenir président de la République par les armes. Dans un cadre démocratique, il n’a aucune chance d’être élu. La voie militaire arrangerait bien ses affaires et celles de ses protecteurs étrangers. Il ne faut pas oublier que les sondages du mois de juillet, publiés par le journal Palmarès, lui donnait 0,5 % d’intentions de vote.

P. E. I. : Cette agression risque-t-elle d’avoir des répercussions sur la préparation des élections ?

N. K. : Dans la phase actuelle, la guerre n’est pas notre objectif immédiat. La République Démocratique du Congo perdra beaucoup en privilégiant une démarche guerrière. Notre pays étant engagé dans une transition démocratique, il est impératif que les élections se déroulent au plus tard dans un an. Cette guerre que l’on veut nous imposer de l’extérieur n’est qu’une distraction. Nous demandons donc à la communauté internationale de peser de tout son poids pour que le Rwanda retire ses troupes du Congo.

Quand la République Démocratique du Congo disposera des institutions démocratiquement élues, issues de la légitimité populaire, elle pourra enfin s’occuper sérieusement de la violation de ses frontières par ses voisins. Je tiens à souligner que le peuple rwandais n’est pas l’ennemi du peuple congolais. C’est plutôt un petit noyau, dont le gouvernement de Kigali, qui veut à tout prix poursuivre le pillage et la déstabilisation du Congo pour subvenir à ses intérêts. Ces incursions cesseront quand notre pays se dotera d’un nouvel ordre politique.

P. E. I. : Aujourd’hui, les conditions sont-elles réunies pour que les élections se tiennent en République Démocratique du Congo dans le délai imparti ?

N. K. : La classe politique congolaise n’est pas liée par le délai, mais par la réussite des élections. Elle a, en principe, jusqu’en juin 2005 pour les organiser. Mais la Constitution a prévu un délai de deux ans, pouvant être prolongé de six mois renouvelable une fois. Si les élections ne se déroulent pas en juin prochain, la commission électorale indépendante pourra demander à l’Assemblée nationale de prolonger la transition de six mois avec la possibilité de renouvellement d’une durée de six mois.

Les élections devront donc, dans les pires des cas, se tenir dans les trois ans. Sur le plan législatif, les lois seront promulguées avant le délai officiel.

P. E. I. : Qui votera dans un pays où la nationalité n’est pas officiellement reconnue à une partie de la population ? Par ailleurs, les Congolais de l’extérieur prendront-ils part au scrutin ?

N. K. : Tous les Congolais âgés d’au moins dix-huit ans participeront au scrutin. Seulement, il faut tenir compte de la déstabilisation dans l’est du pays due à la mauvaise foi du gouvernement de Kigali. Procéderons-nous aux élections, alors qu’une partie du territoire national est en guerre ? Non. Mais, s’il le faut, le scrutin aura lieu en isolant une région pour permettre aux autres régions d’élire des institutions de la République. Cela est d’autant plus indispensable que la population congolaise ne jure que par les élections.

P. E. I. : Avez-vous un dernier message à l’attention de vos compatriotes résidant à l’étranger et de la communauté internationale ?

N. K. : Je dirais aux Congolais vivant à l’étranger de soutenir le changement dans leur pays. Ce n’est pas en croisant les bras qu’ils feront douter un adversaire téméraire. De plus, le Rwanda ne cessera pas de provoquer la République Démocratique du Congo, par des incursions et tentatives d’invasion, jusqu’au mois de juin 2005. L’objectif de nos ennemis consiste à empêcher la tenue des élections sur l’ensemble du territoire congolais.

Quant aux agressions rwandaises, il revient à la communauté internationale de transformer le mandat de la monuc afin de s’interposer militairement si jamais le Rwanda veut aller plus loin dans la tentative de déstabilisation de la République Démocratique du Congo.

P. E. I. : Merci, honorable député, de nous avoir consacré votre temps.

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