Ni la Commission électorale indépendante (Cei), ni la communauté des partenaires européens qui financent le processus électoral en République démocratique du Congo ne peuvent afficher une quelconque fierté face aux ratés de ce qu’ils avaient présenté au peuple congolais comme étant un «calendrier électoral contraignant».
Confrontés aux réalités du terrain et à la spécificité du cas congolais, la Cei et les bailleurs de fonds se sont rendus à l’évidence. Ils avaient pris des vessies pour des lanternes. Force était donc de descendre de leur planète sur la terre ferme. Et d’essayer de comprendre d’autres partenaires locaux, même s’ils ne mettent pas la main à la poche pour l’organisation des élections.
Cela fait quand même sage, dans le chef du pouvoir organisateur des scrutins, de déroger à la précipitation et à l’arrogance qui ont marqué les débuts du processus électoral. Ce mauvais pas avait commencé par la fixation du timing à consacrer aux opérations d’enrôlement et à la durée du référendum. Sur le terrain, cependant, l’enrôlement s’est poursuivi deux mois plus tard alors que les résultats du référendum étaient déjà publiés ! Malheureusement, ils ont refusé de tirer la leçon utile de cette insuffisance.
L’irréalisme s’est reproduit lors de la détermination de la période du dépôt des candidatures aux tout premiers scrutins, à savoir le premier tour de l’élection présidentielle et des législatives. Contrairement aux prétentions des organisateurs, la nature a imposé sa loi. L’ajout des jours supplémentaires a paru inévitable. Ce faisant, tout le monde a trouvé son compte dans la prolongation. Il est fort souhaitable que la même démarche prévale lorsque, demain, il sera question de proposer un autre calendrier pour la suite des opérations.
La plus grande crainte que puisse inspirer l’élasticité fréquente des calendriers élaborés par la Cei se lit à travers l’énervement des électeurs. Ce jeu est dangereux à plus d’un titre. Non seulement que le report unilatéral des dates renforce la méfiance, mais aussi et surtout il donne libre cours à toutes sortes de spéculations et de rumeurs. Or, tous les décideurs, qui l’ont expérimentée, connaissent la capacité de nuisance de la rumeur. A ce stade du processus de la transition, la République démocratique du Congo n’a rien à gagner avec des autorités qui investissent dans des causes génératrices des rumeurs, démobilisatrices par définition. Autant Le Potentiel salue les prolongations que la Cei a adoptées jusqu’ici, à son corps défendant, autant il lui suggère de tenir compte des paramètres réels avant de fixer les nouvelles échéances.
En matière de calendrier, il ne sert à rien, pour la Cei, de céder aveuglément à la pression des partenaires, intérieurs ou extérieurs. A moins que le but recherché soit le discrédit aux yeux de l’opinion publique. Honnêtement, tel n’est pas l’objectif de la Cei.
