Dossier réalisé par Willy Kabwe avec l’appui de l’Institut Panos/Paris, publié dans le Potentiel n. 2589 du 05/08/2002
L’affaire Bundu dia Kongo continue de défrayer la chronique à cause de son caractère insolite et du nombre des réactions qu’on ne cesse d’enregistrer. Beaucoup d’observateurs y perçoivent, si l’on y prend garde, la répétition de la situation qui s’est passée au Katanga (Shaba) en 1992 et qui a conduit au refoulement des Kasaïens avec ce que cela a comporté comme conséquences sur le plan politique, social et économique pour les deux provinces et l’ensemble du pays. La démarche du Bundu dia Kongo semble emprunter la même voie, à quelques exceptions près : mécontentements des autochtones face au poids envahissant des non originaires qui semblent tout accaparer au détriment des fils du terroir. D’aucuns vont plus loin et font un rapprochement avec la situation qui prévaut actuellement dans l’ancien Kivu et la province Orientale. II est établi que l’intolérance est à la base des revendications des nommés Banyamulenge et du torchon qui brûle entre les Hema et les Lendu en Ituri. L’inquiétude au sujet de l’affaire Bundu dia Kongo serait que , à l’instar de ce qui s’est passé à l’Est du Congo, des forces occultes nationales ou internationales récupèrent la situation pour instrumemtaliser, si ça ne l’est déjà. A ne pas oublier que les événements actuels ont également choisi comme cadre une région frontalière. Qu’en est-il au juste?
LES FAITS
Le 22 juillet 2002 Matadi, Borna, Tshela, Moanda, Kimpese, Lukala, Luozi, Kinzauvuete, Lukula, etc. dans la province du Bas-Congo sont secoués par un mouvement de masse commandité par la secte religieuse Bundu dia Kongo dirigée par Ne Muanda Nsemi lequel se réclame être le porte-parole du peuple Kongo. Il s’agissait d’une marche de joie suivie d’un culte œcuménique et devant se terminer par une conférence de presse, le tout visant la réclamation de l’autonomie du Bas-Congo obtenue, selon le chef spirituel de Bundu dia Kongo ,en 1962 sous l’appellation Kongo central. La cérémonie s’est terminée en bain de sang : une quinzaine de morts et plusieurs blessés, suite à l’intervention des forces de l’ordre. Que reproche-t-on au Bundu dia Kongo ? Selon les sources officielles, les adeptes de cette secte religieuse ont brillé par des manifestations xénophobes et inciviques. Or, il s’avère que les manifestants avaient pris soin d’aviser l’autorité provinciale et nationale et le gouverneur du Bas-Congo le reconnaît.
Dans une déclaration rendue publique le 24 juillet 2002 Ne Muanda Nsemi note : » Du 8 juillet 2002 où nous avons écrit aux autorités jusqu’au 22 juillet 2002, l’autorité a gardé son silence sans nous dire oui ou non préférant procéder aux arrestations arbitraires. Ce qui est contraire aux lois de la République en matière des manifestations « . Ce qui est arrivé, selon lui, procède de la provocation de la population de la part des forces de l’ordre et des services de sécurité de la province du Bas-Congo car, laisse-t-il entendre, il avait, » face à l’incompréhension des autorités « , passé un communiqué annulant la manifestation du lundi 22 juillet et la rapportant à une date ultérieure.
Les émeutes ont été réprimées mais, la tension n’est pas pour autant dissipée, selon les voyageurs en provenance du Bas-Congo et tel que le confirment les différentes réactions ci-après. Déplorant ce qui s’est passé et la démarche empruntée par les manifestants, Diomi Ndongala, natif du Bas-Congo et président du parti politique Démocratie chrétienne et de la plate-forme Front pour la survie de la démocratie( Fsd) ,a estimé que les événements tragiques survenus le 22 juillet dans sa province natale devraient être lus comme une expression politique destinée au chef de l’État et non comme une revendication religieuse. Déjà, lors des travaux de rédaction de la constitution à Matadi, indique-t-il, des mécontentements étaient perceptibles. Il soutient que les manifestations du Bundu dia Kongo sont l’expression d’une frustration due à plusieurs facteurs qui, mis ensemble, ont conduit à un ras-le-bol. Les rédacteurs de la constitution avaient, note Diomi Ndongala, rejeté la demande de la population locale de voir la province reprendre son ancienne appellation de Kongo central. De même, il avait été dénoncé la tentative de remplacer un directeur Ne Kongo à l’Office national des transports (Onatra), le seul directeur, d’après le président du Fsd, que compte cette entreprise publique dont le gros des activités est basé dans le Bas- Congo. Se situant en cette même période de la rédaction de la constitution de la transition, Diomi Ndongala relève que les leaders politiques ont été interdits d’expression alors que le Parti du peuple pour la reconstruction et le développement (PPRD) tenait librement ses réunions dans la ville de Matadi. Bien plus, Ronde Vila Kikanda, un politicien originaire du Bas-Congo, a été délogé de l’hôtel Métropole au profit de son collègue. Venant Tshipasa. Il ne s’est pas arrêté là. Il a noté une représentation insignifiante du Bas-Congo dans les institutions du pays, notamment l’armée, le gouvernement les entreprises publiques. De même, il relève l’étal déplorable des infrastructures du Bas-Congo alors que la province génère beaucoup de recettes qui prennent le chemin de Kinshasa, la capitale. Grosso modo, pour le président du Fsd, les revendications exprimées par les adeptes du Bundu dia KongO sont d’ordre politique et portent sur les intérêts du Bas-Congo et non contre des non originaires. Ainsi, fait-il croire, en fait d’indépendance, il s’agit plutôt du désir de décentralisation qui devrait aboutir à la rétrocession à la province de 30% des recettes générées.
Les mêmes revendications ont été relevées par les notables Ne Kongo de Kinshasa lors de leur réunion consécutive aux événements survenus le 22 juillet au Bas-Congo. A l’occasion , ils ont décidé de couler leurs réflexions et revendications sous forme de pétition à adresser au président de la République pour dispositions utiles afin d’éviter de nouvelles manifestations.
Prétendant agir au nom de l’Association des Bakongo( Assbak), M. Nseka Makinu, a purement et simplement porté plainte contre le gouverneur du Bas-Congo et ses deux vice-gouverneurs auprès du Procureur général de la République avec copie pour information au président de la République et au procureur général près la Cour d’ordre militaire. Dans son argumentaire, Nseka Makinu note l’implication du triumvirat du Bas-Congo » dans le meurtre des manifestants pacifiques de Bundu dia Kongo » ainsi des coups et blessures volontaires portés sur d’autres ; leur non-assistance à personne en dan-ger et leur » abstention coupable » dans la prise des décisions susceptibles de prévenir les incidents. Tous ces faits, fait observer le plaignant, donnent la mesure de l’incompétence desdites autorités qui méritent d’être sanctionnées par le chef de l’État au plan politique sans préjudice de leur responsabilité pénale. L’ingénieur Enos Bavela a choisi, quant à lui, de s’adresser directement le président de la République pour le saisir de ce qu’il a appelé » répression sanglante dans la province du Bas-Congo (Kongo central). » Chercher à réprimer par les armes est une faute politique lourde que vos adversaires (Ndlr :du chef de l’État) veulent volontairement vous faire commettre pou réduire votre cote qui prend des propositions de plus en plus vertigineuses « , note le syndicaliste Ne Kongo qui réclame par conséquent des sanctions sévères à l’endroit des auteurs et complices des massacres perpétrés dans le Bas-Congo.
Le Conseil de l’apostolat des laïcs catholiques du Congo (Calcc) n’est pas demeuré indifférent aux événements sanglants s’étant déroulés à travers la province du Bas-Congo. Embouchant sa trompette, le Calcc, par le biais du Dr Pierre Anatole Matusila et de Mme Marie-Thérèse Mulanga, respectivement président national et vice-présidente nationale, considère les tueries perpétrées comme des actes absolument inadmissibles et constate avec indignation que » dans ce pays, même dans les territoires dits pacifiés, la vie peut être sacrifiée avec beaucoup de légèreté « . Soulignant que l’initiateur desdites manifestations n’est pas inconnu des pouvoirs publics et qu’il a eu à s’adresser à plusieurs instances étatiques pour les annoncer, le Calcc se demande pourquoi les responsables de l’ordre public n’ont-ils pas pris les précautions et mesures préventives pour empêcher qu’on n’en arrive pas aux affrontements qui se sont soldés par la mort des citoyens. Le Calcc constate avec indignation que la réaction du pouvoir public, dans les conditions de pourrissement général de la situation du pays, est de nature à accentuer l’attitude insurrectionnelle de la population alors que celui-ci dispose de structures sécuritaires grâce auxquelles il devait assurer la paix civile sur l’ensemble du territoire national. Pour le Calcc , les événements survenus au Bas-Congo dernièrement pourraient se répéter dans d’autres coins du pays tant la situation de crise est de nature à compromettre gravement la survie des populations . De même le piétinement du processus de paix rend peu crédible la solution définitive de la crise congolaise par la force. Et de se demander s’il existe une cellule de réflexions sur les conséquences sécuritaires de l’incurie généralisée dans laquelle plonge le pays actuellement d’autant plus que l’incertitude des travaux de Matadi donne à la population l’impression que la réunification du pays ne saurait plus se faire face à l’incapacité des Congolais de s’assigner des objectifs communs et en définitive de s’entendre sur l’essentiel pour construire un avenir démocratique pour le pays. Comme les autres, le Calcc exige que la justice identifie les meurtriers, à commencer par ceux qui ont donné l’ordre de tirer, et les sanctionne comme l’exige la loi du pays.
PISTES DE SOLUTIONS
IL est vrai que les deux conseillers du chef de l’État dépêchés sur place au lendemain des événements, en l’occurrence Me Mbuyu et M. Vangu Mambweni, ont déjà déposé leur rapport. Le calme est relativement observé depuis lors. Mais il appartient au gouvernement de prendre ses responsabilités en endiguant le mal et en restaurant des mesures préventives. Les Ne Kongo pour leur part, sollicitent des négociations avec les pouvoirs publics en vue de vider les revendications de la population du Bas-Congo dont le Bundu dia Kongo s’est fait le porte-parole.
