Abdoulaye Wade : «En Afrique, un seul ordinateur pour 1 000 habitants» 202

L’Afrique a l’opportunité de rattraper son retard de développement grâce à la révolution numérique. En effet la révolution numérique qui a eu lieu depuis moins de 10 ans ressemble fort à la révolution industrielle d’il y a 100 ans.

La révolution numérique est une opportunité pour nos pays en voie de développement.Pourquoi?

Les nouvelles technologies sont réellement nouvelles pour tout le monde. Les pays sous-industrialisé qui ont ou vont miser dans les nouvelles technologies ont toutes les chances de compemser leur retard dans l’industrialisation.

C’est ce que l’on constate dans un pays comme l’Inde qui se retrouve parmis les pays émergents grâce aux nouvelles technologies.

Nous vous proposons de lire l’interview du président du Sénégal à ce sujet.

La majorité de la population mondiale n’a pas accès au téléphone, encore moins à l’ordinateur. Pour réduire la fracture numérique Nord-Sud, le Fonds de solidarité numérique (FSN) a été créé voilà un an dans le cadre du Sommet mondial sur la société de l’information. Inauguré hier à Genève, ce fonds s’appuie sur un mécanisme de financement par lequel Etats, collectivités locales, secteur privé ou société civile qui le souhaitent versent 1% de leur chiffre d’affaires.

LE FIGARO ÉCONOMIE. – Le Fonds de solidarité numérique (FSN) a été inauguré hier à Genève. Quelle est sa vocation ?

Abdulaye WADE. – Il existe aujourd’hui deux mondes qui ne communiquent pas. Au Nord, on bénéficie d’Internet, des radios, des télés, des ordinateurs et, au Sud, nous n’avons pas accès à toutes ces technologies. C’est cela le fossé numérique. Or ces outils sont l’un des moyens d’accéder à la connaissance. Si on continue à laisser les pays pauvres en marge des progrès technologiques, nous ne pourrons jamais rattraper notre retard. Au Sénégal, on dénombre un ordinateur pour 100 habitants. Ce n’est pas si mal, mais c’est insuffisant pour prendre part à la mondialisation. Et, sur l’ensemble du continent africain, c’est plutôt un ordinateur pour 1 000 habitants.

Mais est-ce vraiment d’ordinateurs dont a besoin l’Afrique ?

Abdulaye WADE.-En Afrique, nous nous sommes rendu compte que tous ceux qui avaient accès à l’informatique, sociétés ou particuliers, progressaient deux fois plus vite que les autres car ils ont accès à la connaissance. J’ai lancé par exemple, l’année dernière, un appel à la population pour qu’elle plante plus de maïs.

Il y a une femme à 400 kilomètres de Dakar qui est allée chercher des informations sur Internet, a trouvé une espèce cultivable chez nous et a accru considérablement sa production. Elle est devenue une star nationale. Certains fabricants de chaussures dans des villages reculés du Sénégal vendent aujourd’hui sur Internet, à des Noirs américains notamment.

Pourquoi ne pas utiliser les mécanismes existants ?

Abdulaye WADE.Les Etats-Unis étaient réticents à cette idée au motif qu’il s’agit encore d’une taxe, mais ce n’est pas le cas. Ce fonds est alimenté sur la base d’une contribution volontaire, avec un ticket d’entrée de 300 000 euros pour les Etats, les villes et les gouvernements locaux.

Aujourd’hui, des compagnies, des villes – comme Lyon – ou des Etats ont adhéré. Genève a offert le siège et, si la mairie de Washington veut nous donner une enveloppe équivalente, elle le peut sans l’accord de l’Administration Bush. Même l’ONU salue la création du FSN car, selon elle, c’est un agent accélérateur de la mise en oeuvre des objectifs du millénaire. Chaque connexion additionnelle au Sud offre au secteur privé international un marché plus élargi par l’arrivée d’un nouveau pouvoir d’achat. A terme, l’industrie technologique y a gagné. Au total, tout le monde y gagne, un véritable «win-win» comme diraient les anglophones.

Concrètement, comment ce fonds va t-il fonctionner ?

Abdulaye WADE.Nous allons créer une agence chargée de collecter l’argent, d’identifier les pays bénéficiaires, d’acheter et d’acheminer les équipements et d’organiser la formation. Il faut agir dans la transparence : un compte est ouvert à Genève, dont les informations relatives à ces opérations sont accessibles au public via Internet.

Le Nepad (Nouveau Partenariat pour le développement africain), qui comporte un volet nouvelles technologies et dont vous êtes aussi l’un des initiateurs, est au point mort. Pourquoi le FSN serait-il plus efficace ?

Abdulaye WADE.La vérité, c’est que nous n’avons jamais pu utiliser les fortes sommes d’argent que nous avons reçues dans le cadre du Nepad, faute de projets concrets.

Aujourd’hui – je suis l’un des rares à le dire –, il faut peut-être augmenter l’aide mais il faut surtout que les Africains soient plus efficaces.

Propos recueillis par Sixtine Léon-Dufour

[Le Figaro 15 mars 2005]

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