Gouverner sans calcul éléctoraliste est une vertue

Contrairement au dogme de la science politique, le pouvoir n’est pas une finalité en soi, ni un simple exercice de gestion au jour le jour ; il est l’instrument permettant de mettre en œuvre la politique pour laquelle on a été choisi. En démocratie, la légitimité suprême découle des urnes. Pourtant, une fois élus, les dirigeants font face à un défi permanent : le bruit des minorités agissantes qui tentent de paralyser l’action publique, occultant la volonté de cette majorité silencieuse qui attend, elle, que les promesses de changement soient enfin tenues.

En Belgique, le vote du budget de la Fédération Wallonie-Bruxelles illustre parfaitement cette tension. Face à une situation financière catastrophique, la nouvelle majorité MR-Les Engagés pose des actes nécessaires pour redresser la région. Ce faisant, elle répond aux attentes réelles des électeurs qui ont réclamé l’alternance après un demi-siècle d’hégémonie du Parti Socialiste — une longévité qui a fini par scléroser le système, rappelant la formule célèbre : « le pouvoir corrompt, et le pouvoir absolu corrompt absolument ». Pourtant, les réformes courageuses se heurtent aux outils habituels du blocage, à l’instar de ces grèves d’enseignants qui pénalisent d’abord les élèves. Face à ce chantage, les élus doivent se souvenir de ceux qui ne manifestent pas, mais qui ont voté pour le sérieux budgétaire. Chaque citoyen doit prendre conscience de l’urgence, et la majorité a le devoir d’implémenter ce en quoi elle croit, portée par la confiance de ceux qui l’ont installée au pouvoir.

Cette responsabilité face aux blocages trouve un écho, dans un tout autre contexte, à Kinshasa. Face à la volonté de l’Union sacrée de réviser ou de changer la Constitution, l’opposition congolaise, réunie au sein de la coalition C64, s’est immédiatement enflammée et a investi prématurément le terrain pour paralyser le débat par la pression de la rue, notamment à travers des journées « ville morte ». En lançant cette course bien trop tôt sur la base de simples ballons d’essai, alors qu’aucun texte officiel n’existe, les détracteurs du président Félix Tshisekedi se livrent à un pur procès d’intention. Si les enjeux diffèrent, la dynamique politique reste la même : une minorité bruyante qui tente d’imposer son veto à un pouvoir légitimement établi sur la base de pures supputations. Pour les dirigeants congolais comme pour les ministres belges, le piège serait de reculer devant le tumulte et d’oublier la feuille de route validée par le peuple.

Gouverner exige de savoir faire abstraction des attaques systématiques de l’opposition, dont l’unique but est d’empêcher la majorité d’agir. En démocratie, le respect de l’électeur commande de ne pas fléchir. À Bruxelles comme à Kinshasa, le courage politique consiste à rester fidèle aux convictions qui ont convaincu le plus grand nombre.
Et tant pis si, aux élections suivantes, le peuple souverain décide de porter le camp d’en face au pouvoir. C’est le jeu noble de l’alternance. En agissant ainsi, sans compromission ni peur du lendemain, les élus auront rempli leur contrat. Les partis passent, les gouvernants changent, mais à la fin, c’est la démocratie qui aura gagné.

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