La catastrophe aérienne survenue à Kinshasa n’a pas livré tous ses secrets. Quand nous affirmons que le Congo s’enfonce dans un régime totalitaire, une certaine presse prétend que nous sommes animés de mauvaise foi. Nous vous livrons ici la saga rocambolesque du Ministre de transport Monsieur Remy Henry KUSEYO Gatanga révoqué non parce qu’il a commis une quelconque faute, mais bien pour qu’il ferme sa bouche.
Tout commence par une mesure prise par ce Ministre au début du mois de septembre visant à interdire de vol tous les avions de type Antonov sur tout le territoire de la RDC. Vu le nombre croissant des crashs aériens impliquant ces types d’appareils, cette mesure judicieuse était rendue nécessaire suite à un échange que ce Ministre a eu avec la société russe qui fabrique les avions Antonov. Celle-ci estimait que les avions de type Antonov ne pouvait plus voler, le temps que des techniciens russes et congolais inspectent tous ces appareils. En date du 05 septembre 2007, le Ministre KUSEYO avait signé un arrêté portant création d’une commission de contrôle des compagnies aériennes opérant en République Démocratique du Congo, pour une durée de 60 jours. Cette commission avait la responsabilité de vérifier scrupuleusement les licences du personnel navigant, du personnel d’entretien technique des avions et des installations de maintenance. L’opinion a encore en mémoire le reportage des journalistes de France2 (Envoyé spécial) sur les compagnies aériennes congolaises interdites de vol par la commission européenne.
Dès que la mesure de suspension de vol des avions de type Antonov est rendue publique, la réaction de la présidence de la République ne va pas se faire attendre ! Un appel téléphonique de Maître NKULU Mitombe Kilomb, Ministre d’état près le Président de la République, ordonna au Ministre KUSEYO de lever cette mesure afin de ne pas mettre en péril les compagnies qui utilisent ces appareils. Pour la petite histoire, il faut signaler que la plupart d’exploitants de ces appareils sont soit des associés ou des proches du président de la République, d’où la préoccupation du Ministre d’état Maître NKULU ! Sûr de la pertinence de sa décision, Mr KUSEYO tenta d’argumenter auprès de son collègue afin de lui démontrer la nécessité de cette mesure, pour ne pas dire son urgence. Face au refus catégorique de Maître NKULU, un bon membre de la première heure du PPRD parti présidentiel habitué aux combines, Mr KUSEYO va lui demander de mettre les injonctions de la présidence de la République par écrit.
Par ailleurs, après voir reçu la lettre de demande d’annulation de la mesure de suspension de vol des avions de type Antovov, Mr KUSEYO leva ladite mesure comme le prouve son retour de courrier à l’adresse de Maître NKULU. Bien lui en pris car quelques jours après cet échange des courriers, la catastrophe prévisible de Kingasani va avoir lieu. Sans connaître le fond du dossier, l’opinion nationale a mis directement en cause la responsabilité du Ministre de transport.
Une fois sur le lieu de l’accident, et s’être fait interpeller vertement par les victimes de la catastrophe et leurs familles, le Ministre KUSEYO comprit que tout va lui tomber dessus, car le public ignore le pourquoi de la lever de la mesure d’interdiction de vol, des avion de type Antonov, qu’il avait pris moins d’un mois plus tôt. Mr KUYEYO va directement appeler son assistant pour lui demander d’envoyer à la presse une copie de ses échanges des courriers avec Maître NKULU. Cette précaution, sans le savoir, va peut-être, lui sauver la vie.
Dès le lendemain matin, l’ANR (Agence Nationale de renseignement) va débarquer très tôt devant sa résidence et lui intimer l’ordre de ne pas quitte son domicile. Le Ministre devait être entendu au Parlement ce vendredi matin. Quelques minutes avant l’heure fatidique, alors que le Ministre est en résidence surveillé, le porte parole de la présidence de la République rend publique l’ordonnance de révocation du Ministre de transport pour incompétence grave avec effet immédiat, curieusement avant la fin du conseil des Ministres. Ce qui a pour conséquence de lui ôter le droit d’aller répondre aux questions des parlementaires et ainsi éclairer l’opinion sur les circonstances décisionnelles qui ont conduit à cette catastrophe nationale. Que comptait-il dire devant les élus du peuple?
Au regard des arguments que Mr KUSEYO a utilisé dans sa lettre adressée à son collègue Maître NKULU, on peut imaginer que son audition n’allait pas être ennuyeuse ! Le Ministre KUSEYO était décidé à éventrer le Boa. Aujourd’hui l’homme est aux abois, condamné à manger des grosses quantités de miel à longueur des journées (Dans le milieu du pouvoir à Kinshasa, on prête au miel des vertus antipoison !!).
Voilà comment le copinage, le trafic d’influence et la corruption deviennent un cocktail mortel pour les 60 millions des congolais, qui sont obligés de voyager dans des cercueils volants. Chapeau à ce Ministre qui a cru aux discours électoralistes de Joseph KABILA et Vital Kamerhe. L’infortuné se retrouve maintenant face à la réalité du pouvoir qu’il a servi « servilement »! Ce Ministre courageux est en danger de mort, nous avons le devoir humain de le dénoncer avant qu’il ne soit trop tard.
