Antonov 26 : une affaire d’Etat 2128

L’affaire de l’Antonv 26 qui a crashé jeudi dernier sur le quartier périphérique de Kingasani ya suka dans les faubourgs Est de Kinshasa a enregistré lundi un rebondissement inattendu avec la courageuse sortie médiatique de Mme Kuseyo, épouse du ministre des transports et communications limogé le week-end dernier.
Interrogée sur la chaîne de télévision privée Molière TV, Mme Kuseyo a interpellé en des termes pathétiques les plus hautes autorités de l’Etat, le Président de la République, le Président de l’Assemblée nationale et le Premier Ministre, sur le sort de son mari qui a décidé de garder le silence en raison des enquêtes en cours, Mme Kuseyo a récusé violemment le motif d’incompétence invoqué pour limoger son mari. Elle s’est interrogée publiquement sur les manœuvres qui ont empêché son mari d’aller s’expliquer devant l’Assemblée nationale et d’y déposer sa démission comme il en avait l’intention. Elle a dit n’avoir pas compris les raisons de la précipitation à révoquer son mari sans lui avoir donné l’occasion de fournir ses moyens de défense. Enfin, évoquant les pressions du Ministre d’Etat près la Présidence de la République et de la vice-ministre aux transports pour pousser son mari à lever la mesure portant interdiction du vol des Antonov, elle a élevé la voix pour demander pourquoi cette politique de deux poids deux mesures consistant à punir son mari et à épargner ceux qui l’avaient poussé à la faute.

Poser toutes ces questions, c’est évidemment interroger les motivations ayant poussé les services de la Présidence de la République à interférer dans les prérogatives du ministère des transports, de même que le fonctionnement d’un gouvernement dans lequel, même si cela n’est pas expressément écrit dans le décret ad hoc, les ministres d’Etat donnent l’impression d’être un pan au dessus de leurs collègues. La douloureuse preuve vient d’en être administrée par la lettre du ministre d’Etat près la Présidence de la République portant annulation de la mesure d’interdiction des vols des Antonov.
En résumé, c’est donc une affaire dans laquelle l’Etat congolais et son fonctionnement sont brutalement mis en cause. Les plus hautes autorités de l’Etat devraient ainsi s’expliquer sur ces terribles dysfonctionnements qui donnent de notre pays l’image d’une république bananière, d’une jungle où ne règnent ni l’ordre ni la loi, où ne survivent que les plus puissants, ceux à qui leur position sociale permet de tirer avantage de leur situation sans rendre compte à personne. Affaire d’Etat, ce refus de tirer les enseignements de toutes les catastrophes passées en s’interrogeant sur le rôle que jouent la Direction de l’Aéronautique Civile et la Régie des Voies Aériennes, sur la qualité des contrôles techniques, la chaîne de délivrance des licences et des certificats de navigabilité, l’homologation du personnel navigant étranger, l’absence de laboratoires et ateliers de maintenance, enfin la précipitation à profiter d’une circonstance aussi douloureuse que le crash de Kingasani pour mettre en place la structure déjà fort décriée de l’Autorité de l’Aviation civile, sans dire ce que celle-ci apporte de neuf par rapport à toutes les défaillances déjà relevées, par le passé, dans le fonctionnement des structures et services jusque là en place.
Enfin, la question à laquelle l’opinion s’attend à recevoir des explications est celle de savoir s’il n’ y a pas délit d’initié derrière les mesures de levée de l’interdiction des Antonov dès lors qu’il est acquis que bon nombre de nos autorités en sont propriétaires, tandis que d’autres sont associés dans des compagnies exploitant ce genre d’aéronefs. Bref, c’est vraiment l’heure de vérité pour la représentation nationale qui joue là sa crédibilité et son avenir.
source: www.lepharerdc.com 2007-10-09

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