LA GUERRE ET LES NOIRS 1351

Extrait d’un journal publié à l’époque colonial pendant la guerre de 40-45. Très édifiant. Comparer ces attittudes avec d’autres reflexions entendus par-ci par-là par les descendants des ces gens pour voir si le congolais est mieux considerer aujourd’hui qu’alors? Et surtout que doivent faire les congolais pour imposer le respect à ces gens? Singer ou être lui-même?
source:http://www.aequatoria.be/French/CoqGuerre.html
La rédaction de Culturek.net

1. « Nous ne savons rien de la guerre en Europe ». La discussion dans Le Coq Chante

De décembre 1939 à mars 1940 paraissent dans le journal de la Mission de Coquilhatville, Le Coq Chante, une série d’articles discutant ouvertement de la guerre en Europe. Le périodique avait été lancé en 1936 par Monseigneur E. Van Goethem, peu après l’installation de l’imprimerie de la Mission. Il était destiné aux indigènes et voulait informer et former. On y utilisait principalement le lomongo, peu le lingala ou le français. La rédaction n’était pas attribuée à une personne définie. Souvent, c’était le missionnaire responsable de l’imprimerie qui s’en occupait ; parfois, c’était l’influence de Boelaert ou de Hulstaert ou de Jans qui prévalait (Boelaert a été plusieurs fois lié à l’imprimerie entre fin 1936 et juillet 1941). Ils étaient assistés par deux « secrétaires » Etienne Bokaa et Paul Ngoi. En 1940, le tirage était de 800 exemplaires avec environ 700 abonnements (760 en 1943). Il paraissait mensuellement sur 12 pages et était divulgué à l’Intérieur par les Postes de Mission et, en ville, par les paroisses ; quelques exemplaires partaient dans la diaspora (Kinshasa, Lisala, Gemena).
Dès le déclenchement de la guerre par l’invasion de la Pologne, la population noire de la colonie belge était au courant des événements. La preuve en est qu’elle se pose des questions et consulte ses conseillers moraux qu’étaient les missionnaires. Les Pères sont ennuyés par les questions et n’y répondent qu’avec réticence. Le 3 octobre 1939, Jans écrivait encore à Hulstaert :  » Je préfère ne pas écrire sur la guerre. Les autorités ont insisté d’éviter le plus possible d’en parler aux Noirs. Quand vous reviendrez, on pourra discuter de l’affaire s’il le faut avec l’Administrateur ou plus haut encore. « 
L’Instruction imposant la censure des publications locales pour les Noirs (défendant de parler encore de la guerre), les libère de cette responsabilité (décret communiqué à l’évêque le 8 juin 1940 et la lettre d’engagement de celui-ci d’y veiller en personne du 10 juillet) (54).
Avant cette date, une petite polémique s’était déclarée dans Le Coq Chante . Le Père Gustaaf Hulstaert y avait répondu aux rumeurs et questions populaires sous le pseudonyme de E. Boala (55). La personne qui dialogue avec Gustaaf Hulstaert est une de ses très bonnes connaissances, le catéchiste Boniface Bakutu (1880-1967) (56). Ce dernier parle au nom des jeunes de la Mission de Boteka, centre de production des Huileries du Congo Belge (Lever) et, de ce fait, plus ouvert aux influences extérieures. Dans les publications protestantes éditées à Bolenge (Coquilhatville), on ne trouve aucun mot sur la guerre.
Les textes cités ici en illustration sont restitués dans leur contexte intégral dans les Annexes à cet article ; les chiffres romains entre parenthèses renvoient à ces citations.

(1) Les basenji et les bolole
Dans ses réponses, Hulstaert fait montre d’une spontanéité étonnante et compromettante. Nous trouvons ici des expressions sous sa plume qui ne correspondent pas à son attitude normale: il traite les gens d’ignorants, d’enfants, d’incapables de comprendre et les jeunes (c.à.d. les  » évolués « ) reçoivent carrément l’épithète d’imbéciles (bolole) ; d’autres sont qualifiés de non-civilisés (basenji).
 » Dans cette affaire les gens du Congo se sont encore une fois montrés supérieurement stupides, et je ne parle pas des sauvages, mais des jeunes qui se vantent d’être de grands intellectuels, de grands connaisseurs  » (V). Son paternalisme ne semble pas avoir de mesure :  » Mais au risque d’être mal compris, je vais pour une fois satisfaire l’envie de l’enfant « (I) ; car malgré tout,  » nous les aimons comme nos enfants  » (V).
Il s’acharne particulièrement contre la manie de singer les Blancs et contre la recherche de nouvelles et d’informations sans intelligence. Ici on touche au cœur de ses conceptions pédagogiques et de son aversion des méthodes des Frères des Ecoles Chrétiennes qui, selon lui, excellaient dans cette méthode :  » Pauvres imbéciles ! Quand quelqu’un va trouver des informations sur la guerre, quel profit en tirera-t-il ? Penses-tu qu’il les comprendra (V). Donc, ce n’est pas de si tôt qu’ils n’auront de l’intelligence, bien qu’ils parlent le lingala et le français comme le cœur le leur dit. Le phonographe a-t-il de l’intelligence quand il parle français? (V).
Il semble même classer les Nkundo parmi les moins aptes à l’intelligence:  » Si les Nkundo n’abandonnent pas cette vanité et ce vain orgueil, ils ne deviendront jamais intelligents à cause de leurs singeries » (II).

(2) Les événements et les causes profondes de la guerre
Après les avoir bien remis à leur place, Hulstaert daigne donner quelques explications et il le fait de manière très précise et assez complète: « Cette guerre a commencé avec l’Allemagne et la Pologne, ensuite la France et l’Angleterre ont pris parti parce qu’ils avaient signé un accord et avaient promis à la Pologne de l’aider. La Russie y est entrée seulement à cause de son envie de pillage et de sa rapacité. Ils ont spolié une partie du pays qu’ils avaient pris, puis ils s’y sont installés. « (II)
La guerre est un combat pour l’hégémonie :  » La perte du pouvoir même en Europe, c’est cela la vraie raison.(II) (…) Ils se battent parce qu’il y en a un qui veut soumettre les autres et les plier à sa volonté. Il veut qu’ils n’obéissent qu’à lui. Mais les autres n’en veulent pas et ils refusent de vendre la liberté qu’ils ont reçue de leurs ancêtres(II).  »

(3) Qui peut arrêter la guerre ?
Les Noirs étaient étonnés que personne, même pas  » l’Etat « , n’était en mesure d’arrêter les Européens de faire la guerre. A cet énigme, Hulstaert a une réponse bien faite:  » Mais la guerre d’Europe n’est pas une guerre entre les habitants des pays, mais entre les Etats eux-mêmes « (III). Ses interlocuteurs avaient appris (par cœur) à l’école qu’un des grands mérites de la colonisation belge avait été justement l’arrêt de leurs guerres intestines. Et effectivement, Hulstaert fait ressortir la différence entre les deux cas :  » Ici au Congo, l’Etat a fini par réunir tous les peuples et a pu interdire la guerre. Si, en Europe, ils n’étaient pas comme ils sont maintenant, il n’y aurait pas la guerre. »(III) Ensuite, il évoque les interventions pour la paix des Papes Pie XI et Pie XII et des rois de la Belgique, des Pays Bas et des pays nordiques.

(4) La différence entre les Blancs et les Noirs
Dans son premier article (décembre 1939) parlant des causes de la guerre, il avait écrit : « Eh bien, la guerre en Europe est pareille « . Quelle affaire! Certains ont compris et disent que  » les Blancs nous ressemblent, qu’ils sont comme nous, les Noirs. »(II) Et Hulstaert de leur expliquer que ce n’est pas cela qu’il a voulu dire, qu’il y a bien de différences (en avançant des éléments contradictoires d’ailleurs) et que: « Les inventeurs de ce raisonnement ne savent rien! Regardez, quand un Blanc va entendre cette explication, il s’étonnera et va éclater de rire des sottises de ces instigateurs  » (II).

(5) Et la Belgique?
Heureusement pour notre auteur que la Belgique n’était pas encore impliquée dans le conflit, car qui est plus vertueux que les Belges ?  » Ainsi, nous les Belges, nous en restons loin. Depuis nos ancêtres, nous n’avons jamais fait la guerre à un autre pays, sauf en cas de provocation. Mais avec une ténacité, nous voulons empêcher que certaines gens nous soumettent et nous ne voulons pas être privés de notre souveraineté et de notre terre. »(I)
Mais pendant les années qui suivent quelques nouvelles bien qu’anodines, pénètreront dans les colonnes du journal. En juin 1941, page 4, on reproduit un communiqué du Service de l’Information qui mentionne le nombre de morts (2 Blancs et 10 Noirs) et de blessés (3 Blancs et 40 Noirs) dans les batailles à Bortai et à Gambela. En août 1941, le lecteur apprend que les femmes des recrutés partent dans la direction de Kisangani pour y rejoindre leurs maris. Et le 2 février 1942, nous voyons des soldats quitter Coquilhatville en direction d’amont. En mars 1942, on apprend que le 2 février des militaires sont revenus à Mbandaka d’une campagne. En juillet 1943, on annonce le départ du Père Jans en campagne comme aumônier. En novembre-décembre 1944, nous pouvons lire qu’un Noir a donné 1000 francs pour dire des messes à Kinshasa pour les militaires morts pendant la guerre. Et finalement en janvier 1945, Joseph Ntaa raconte ses visites au Nigeria, Egypte et la Palestine.
Assez curieusement, Le Coq Chante n’annoncera jamais la fin de la guerre.

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