Eprouver du plaisir à se faire souffrir en empruntant et/ou en choisissant des voies ne menant nulle part dans le but de donner la grande démonstration des victimes d’un grand complot international, tel nous paraît le fond du jeu auquel se livrent des franges importantes de notre peuple. Elles ont, à travers les médias, clamé tout haut qu’elles étaient contraintes de choisir entre deux maux. Sans qu’elles disent quelle autre épée de Damoclès pesait sur leur tête en dehors des stratégies de mort concoctées dans les bureaux climatisés de Bruxelles, Paris et Washington et présentées sous forme d’un impératif auquel elles ne pouvaient se soustraire : les élections à tout prix.
Elles ont renoncé à leur responsabilité citoyenne, celle d’être maîtresses de leur destinée en croyant naïvement qu’il était sage de choisir entre deux maladies. L’un de nos compatriotes dont la lucidité se passe de tout commentaire, Tshiyoyo Mufoncol, ne pensait pas si bien apprécier ce choix en arguant que nous avions, dans notre immense majorité, perdu la tête en nous croyant forcés de choisir entre deux maladies.
Ici, le sado-masochisme consiste à choisir, en inconscience et/ou en toute liberté, une maladie en sachant qu’elle peut être mortelle avant qu’on s’en guérisse. Ce sado-masochisme est au cœur de toutes ces violences auxquelles se livrent « les militants de la base » des camps restés en lice pour la présidentielle sans qu’ils se rendent compte un seul instant qu’ils courent après les miettes lâchées par ceux et celles qui, pendant plus de dix ans, sans se soucier de leur pain quotidien, ont fait bombance. En bons pompiers-pyromanes, ils essaient de faire croire à ces hommes et femmes pris en otage hier par leur boulimie de pouvoir et la prédation élevée en système de gouvernement que demain sera plus beau qu’aujourd’hui. Une illusion !
Le comble est que ces pompiers-pyromanes deviennent tout à coup des innocents ayant signé des textes sur la bonne conduite à tenir pendant la campagne électorale et s’efforçant de les respecter sans qu’ils aient suffisamment de maîtrise sur leur base. Ce faisant, ces seigneurs de guerre agissant en réseau, culpabilisent leurs bases sans qu’ils avouent qu’elles font partie de ce même réseau dont ils ne sont que les pointes de l’iceberg.
LES MASQUES TOMBENT
Il serait sage que « le petit reste » dépasse l’immédiatisme, aille au fond des choses, ne se laisse pas prendre à ce jeu et s’habitue à lire les sages analyses qui se font chez nous et ailleurs et lesquelles, de plus en plus, écartent les masques et nous ramènent au noeud du problème. De plus en plus, des langues se délient et avouent que la question fondamentale du Congo est celle de « l’échec de la tutelle ».Tel est le cas du belge Jean-Claude Willame. Comme « le petit reste du Congo » n’ a cessé de le crier sur les toits, Jean-Claude avoue que le CIAT, à travers ses représentants, a été « le porteur des dysfonctionnements qui se sont produits en matière de rétablissement de la paix et de la sécurité en RDC » (Jean-Claude Willame, Le retour des chefs blancs ? dans Congoforum du 20 octobre 2006), avec la complicité des seigneurs de guerre et leurs « collabos ».Les violences que le pays connaît sont aussi tributaires de ces dysfonctionnements. « Dans le domaine de la gestion politique de la crise, note Jean-Claude Willame, les « grands chefs blancs » n’ont guère été plus « proactifs ». (…) L’organisation (…) d’un processus électoral lui aussi « inclusif » dans un paysage politique totalement éclaté qui, s’il fut un exploit technique remarquable, laissa trop apparaître que le processus était avant tout conditionné, voire déterminé par l’extérieur, comme l’exprima une large fraction de la société civile. On voudra bien noter ici que les faiseurs de la paix échouèrent finalement dans l’inclusion dans le système électoral d’un parti d’opposition historique, celui du vieux leader Etienne Tshisekedi, mais furent pris au mot par la multiplicité innombrable de factions politique – plus de deux cents – qui se présentent à l’électorat congolais à travers un système de listes ouvertes sur lequel les faiseurs de paix tentèrent en vain de mettre le veto.
La mise sous tutelle du Congo n’a donc pas été très productive. Le chantier de la paix est à peine entrouvert et ce n’est certainement pas la tenue des élections « libres, transparentes et démocratiques » qui garantira, comme aiment le croire les diplomates, des lendemains qui chantent. » (Ibidem. Nous soulignons)
Reconnaissant l’intrusion des politiques belges dans l’imbroglio politique et social du Congo, Jean-Claude Willame affirme par ailleurs que « les critiques enflammées contre le commissaire européen ainsi que la dénonciation d’agenda caché par les élites congolaises témoignent de la recherche de boucs émissaires à leurs propres turpitudes. Elles montrent en tout cas que le « mobutisme », tant vilipendé par ailleurs, est un prisme de lecture qui a toujours la cote. Il alimente surtout les angoisses confuses des réseaux d’élites qui ne peuvent concevoir que les Congolais ne soient pas manipulés et manipulables dans leurs entreprises. » (Ibidem. Nous soulignons.). Il atteste que « même s’il est vrai que « les intérêts » belges en RDC ne sont pas absents aujourd’hui – c’est une société belge qui a remporté le plus gros marché dans la fabrication des kits électoraux,(…), les marchés liés éventuellement à la reconstruction seront énormes et la Belgique comme d’autres pays s’y profilent pour la partie utile, les perspectives d’une relance généralisée du Congo par la « communauté internationale » sont loin d’être assurées… et rassurantes. Louis Michel a dû ici essuyer un revers cuisant si l’on en juge par le résultat des engagements de cette communauté au cours d’une conférence qu’il a coprésidée en février de cette année : sur 681 millions de dollars nécessaires à la reconstruction du Congo, un dixième seulement avait été versé en mai 2006 (…) (Ibidem).
LES CHEFS BLANCS ET LES RESEAUX
En effet, si le sado-masochisme fait partie de nos turpitudes, cela ne dispense pas la communauté dite internationale de « sa responsabilité partielle » dans ces turpitudes. Il serait irresponsable qu’elle se confonde en appel à une campagne électorale apaisée tout en culpabilisant « les ramasseurs aveuglés des miettes » de deux camps restés en lice pour la présidentielle sans qu’elle batte sa coulpe et s’efface de la scène politique congolaise cela d’autant plus que « les perspectives d’une relance du Congo (par elle) sont loin d’être assurées… et rassurantes. »
Si elle entrevoit la possibilité d’une mission supplémentaire, elle conforte « le petit reste » dans sa vision des choses selon laquelle la création « des dysfonctionnements » susmentionnée a tout à voir avec « un agenda inavoué » : garder la mainmise sur la RD Congo.
Et faciliter l’accès au marché en jouant les Congolais les uns contre les autres comme le veut la logique compétitive et concurrentielle sur laquelle plusieurs pays de cette fameuse communauté sont fondés.
Dans cet ordre d’idées, l’un des candidats restés en lice ayant déjà signé plusieurs contrats léonins à l’aveuglette serait « une chance » pour le marché « international » avide de profits. Dans ce marché, « les chefs blancs » n’ont pas besoin d’être partout aux commandes. Ils peuvent agir à travers leurs réseaux multiraciaux. Ils peuvent retourner au Congo par réseaux interposés.
Si cette lecture du processus de démocratisation de notre pays mérite d’être qualifié de « mobutiste », c’est tant mieux ! Mais elle ne nous exonère pas de nos turpitudes. Elle soutient tout simplement que nous ne sommes pas les seuls à porter la responsabilité de notre descente en enfer. Les missionnaires du marché ont leur part dans la crise qui nous frappe de plein fouet.
Dans ce contexte, les appels à l’arrêt des violences pendant cette campagne électorale, malgré leur charge morale, demeurent une solution insuffisante. Faute d’avoir cru en nous-mêmes et en notre capacité de démocratiser notre pays avec des alliés « sûrs », faute d’avoir compris que nous ne gagnions rien en nous engageant dans un processus électoral concocté de l’extérieur pour « une mise sous tutelle éternelle » de notre pays par la communauté dite internationale ayant « un agenda inavoué », il nous appartient de rompre avec les attitudes sado-masochistes culpabilisantes et de nous engager sur la voie de l’autodétermination et de l’indépendance, en comptant sur les alliés disposés à nous rejoindre dans des trajets d’apprentissages promoteurs d’un bonheur collectif partagé.
Il serait naïf de croire que «les ramasseurs des miettes » chauffés à blanc par les pompiers-pyromanes comprendront du jour au lendemain que la violence est une voie suicidaire. Dans un pays où certains seigneurs de guerre ont été promus aux plus hautes charges de l’Etat avec la bénédiction des « parrains », où certains autres, par la magie des urnes sont devenus (ou vont devenir) « leurs excellences » ; dans un pays où la lutte contre l’impunité est le cadet des soucis desdits représentants du peuple, la violence sera toujours au rendez-vous.
La question sera : « Comment cette violence peut-elle devenir une question qui rassemble afin que la lutte livrée contre elle mène au bonheur partagé collectivement » sans illusion? Car « la bête » sera toujours tapie dans le cœur de l’homme. Toujours prête à sortir ses griffes. A tuer. Souvent pour des miettes.
