(La Libre 27/06/2006)
Tous les camps en présence n’entendent pas la même chose par ce terme. Après avoir longtemps résisté, la Présidence congolaise a donné son accord à la tenue de «concertations» avant le 30 juin, réclamées par une série de partis, d’ONG et par l’Eglise catholique, tandis que d’autres partis, dont celui du président Kabila, d’autres ONG et l’Eglise protestante les refusaient.
Ni date ni modalités
Pour la Présidence, qui n’en donne toutefois ni la date ni les modalités précises, on y discutera «notamment» de la sécurisation des candidats aux élections prévues pour le 30 juillet, à leur accès équitable aux médias (le camp présidentiel se taille pour le moment la part du lion), à l’acceptation de la défaite par les futurs perdants et à une clarification de «l’échéance du 30 juin 2006 ». A cette date se termine officiellement la transition; les avis des experts et des partis diffèrent quant à savoir s’il y aura ou non vide du pouvoir entre ce jour et celui de l’entrée en fonction des élus.
La Conférence des évêques, elle, dans un communiqué de son comité permanent daté du 24 juin, estime qu’outre les points évoqués ci-dessus, les concertations devront «arrêter les stratégies nécessaires à la formation effective d’une unique armée républicaine en remplacement des nombreuses milices agissant de manière incontrôlée», tâche loin d’être terminée après trois ans d’efforts; voir comment «garantir l’observation, la sécurité et la transparence des élections afin d’éviter les contestations» (la Cour Suprême, chargée de régler les contentieux électoraux, a montré une forte complaisance à satisfaire le camp présidentiel) et «régler de manière juste et équitable le problème de l’inclusivité», formule qui, au Congo, recouvre la volonté de l’UDPS d’Etienne Tshisekedi d’intégrer le processus électoral après l’avoir longtemps boycotté.
Un calendrier «réaliste»
L’UDPS, quant à elle, pense elle aussi que les concertations doivent mettre fin à son isolement volontaire et, selon le journal «Le Phare» (proche de ce parti), «établir par consensus un calendrier électoral réaliste». Elle veut, en outre, la dissolution de la garde prétorienne du président Kabila (NdlR: 12 000 à 15 000 hommes parlant swahili, la lingua franca de l’est du Congo, ce qui est perçu comme une menace par les Congolais de l’ouest) et son intégration dans l’armée, ce qui n’est pas prévu jusqu’ici; la mise sous contrôle de l’état-major de l’armée de tous les services de renseignement.
Face à cette disparité de revendications, l’accord de certains des acteurs politiques réunis autour de la Présidence, la semaine dernière, pour que de telles concertations ne modifient pas la date des scrutins, «date irréversible et non négociable», sera-t-il suffisant pour baliser les discussions annoncées? On se rappelle que tant la Conférence nationale souveraine (1991-1992) que le Dialogue intercongolais (2001-2003) avaient largement dépassé leur durée prévue…
Une réunion des acteurs institutionnels était prévue lundi pour préparer ces concertations. Mais le président Kabila était en déplacement à l’est et elle n’a pas eu lieu.
Dans les couloirs de Kinshasa, on évoque une liste de 600 invités en préparation; mais qui les choisit? Certains prêtent à la Présidence le désir de voir ces concertations détacher ceux qui participent aux scrutins de l’UDPS. Sera-t-elle invitée?
Loin des discussions d’états-majors, cependant, la population, surtout en province, ne cache pas son désir immense d’aller aux élections au plus vite.
