Décolonisés, la plupart des pays africains, si pas tous, sont entrés immédiatement après leur accession à l’indépendance dans une partie de poker menteur…pour leur recolonisation. La RDC n’en a pas du tout fait exception.
Décidément, il n’y a rien de neuf sous le soleil. Tant qu’il y aura d’un côté des anciennes colonies et de l’autre des anciennes métropoles, non seulement on ne cessera de parler du néocolonialisme mais on continuera à vivre dans un système de domination qui remonte très loin dans le temps et sur lequel on est encore loin de fermer le ban. Dans tous les cas, les anciennes métropoles n’ont pas hâte d’avoir fini à nous imposer leur loi.
Il n’est pas en effet besoin d’être grand clerc pour comprendre que ce n’est pas demain que l’Occident va renoncer à sa politique de domination vis à vis des pays du tiers monde. Principalement du continent africain. Il est certes vrai qu’à l’accession de bon nombre de pays africains à l’indépendance, beaucoup avaient cru que l’on venait de tordre à jamais le cou au colonialisme et qu’une nouvelle ère de relations, équitables cette fois, entre les deux parties allait lui succéder. Mais ce n’était qu’une illusion.
En fait, les Africains venaient de se bercer de douces illusions. Car jamais la mainmise de l’Occident sur leur continent ne s’était mieux portée qu’auparavant. Aucun secteur vital n’échappe à son contrôle. Surtout qu’il a toujours tenu entre ses mains toutes les manettes de réglage : du politique à l’économique…
AU MEPRIS DES PEUPLES
Pas étonnant que toute l’histoire post-indépendance de la République démocratique du Congo n’ait été jusqu’à ce jour qu’une parfaite illustration de cette bien malheureuse réalité. Ce ne sont pas les exemples qui manquent. Tous les quarante-six ans qui ont fait suite à l’entrée du Congo-Kinshasa dans le concert des Etats souverains, au niveau international, n’auront été émaillés que de péripéties qui montrent, au fil des temps, combien ce pays est resté dans les mailles du néocolonialisme. Avec peu de chances de s’en sortir.
Tous ceux des Congolais qui ont essayé de passer à travers les mailles du filet néocolonialiste, en ont eu pour leur compte. Ils ont été tout simplement laminés sans état d’âme alors que leurs prises de position courageuses et lucides l’étaient en faveur de la libération réelle de la RDC et son véritable indépendance, politique et économique. Et comme l’a si bien souligné un grand penseur africain, l’Occident venait en fait de « passer à une autre étape de l’impérialisme qui est le néocolonialisme » : on donne des drapeaux et des présidents aux Etats africains, mais on contrôle l’économie. Les premiers dictateurs sont installés par la force, en violation flagrante de toutes les lois internationales.
C’est dans ce contexte international de domination que la RDC va elle aussi se « mouvoir ». Main basse est faite sur tout ce que le pays a comme richesses. Toute la politique se décide non pas à Kinshasa, mais à partir des capitales occidentales, principalement à Bruxelles, Paris et Washington. Ainsi, les choses se passent dans l’ancienne colonie belge pas différemment de ce que l’on vit dans les différents pays africains qui forment « l’empire français ».
COMME UNE HYDRE
L’histoire, pas très lointaine, des relations entre ces derniers pays et l’Hexagone, apporte, à travers la Françafrique, un exemple frappant de cette insidieuse réalité qu’est le néocolonialisme. Décriée pour le cortège de malheurs qu’elle n’a cessé de faire pleuvoir sur l’Afrique, allant très souvent contre les intérêts des peuples africains, la Françafrique aura été un système extrêmement bien conçu de néocolonialisme à la française. En effet, derrière l’écran de la décolonisation et de l’accès à l’indépendance des pays africains, la France a progressivement mis en place un ensemble très sophistiqué de réseaux, de contacts avec en tête un objectif très clair : maintenir ses anciennes colonies sous la domination de l’Etat français.
Et dans ces réseaux, se sont retrouvés nombre d’acteurs : hommes politiques, français ou africains, entreprises à l’influence inquiétante ( tel est le cas d’ELF), mercenaires à la solde de l’Etat français (à l’instar de Bob Denard, responsable de nombreux coups d’Etat ou coups de force illégaux, couverts par la France). Plusieurs stratégies ont été ainsi mises à l’œuvre au sein de ce que l’on a pris l’habitude d’appeler le Foccartisme, généralement au mépris de peuples africains.
L’évocation de cet élément historique ne pourrait que permettre de se faire une idée de la situation qui prévaut en RDC, un pays qui n’a pas fini de passer sous les fourches caudines du néocolonialisme. Dont l’Aide Publique au Développement n’en constitue depuis belle lurette que la partie visible de l’iceberg. Aujourd’hui autant qu’hier, le néocolonialisme dans notre pays apparaît comme une hydre. Qui a encore de beaux jours devant elle, surtout qu’elle a ses hommes liges sur place.
A moins bien sûr que l’élite congolaise engage le peuple dans une lutte sans merci de résistance, de répulsion, de rejet vis-à-vis d’un système inhumain fondé sur la domination…de l’un sur l’autre.
