Si la date des élections est maintenue au 30 juillet, jusqu’à preuve du contraire, rien n’est encore décidé en ce qui concerne les concertations tant réclamées avant les élections. Pour preuve, les manifestations qui se sont déroulées hier tant Kinshasa, à Mbuji Mayi qu’ à Mwene-Ditu. Encore un message à ne pas sous-estimer.
L’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS ) est déterminée à sortir la tête haute de cette transition congolaise. Profitant de la présence d’une délégation du Conseil de sécurité des Nations unies en RDC, l’UDPS a convié ses militants à une marche pacifique pour réclamer la tenue avant le 30 juin 2006 des concertations politiques en vue de baliser le chemin qui doit conduire aux élections. Si le début de la marche – partie de la place de la gare Centrale de Kinshasa – a été calme, la suite a tourné au drame. Même constat à Mbuji-Mayi dans le Kasaï Oriental où la police a usé de toute son artillerie pour disperser les manifestants. L’UDPS aura réussi à faire bouger en une seule journée les villes de Kinshasa et de Mbuji-Mayi.
Les militants de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), parti d’Etienne Tshisekedi wa Mulumba, ont volé la vedette hier lundi en descendant dans les rues de Kinshasa pour faire entendre leurs voix. Partis de la place de la gare Centrale de Kinshasa, c’est une marée humaine qui a arpenté le boulevard du 30 juin 2006 avec comme point de chute le Grand Hôtel Kinshasa où se trouvait logée la délégation du Conseil de sécurité des Nations unies, en visite de travail à Kinshasa depuis le week-end dernier.
Ils étaient des milliers à répondre à l’appel de celui qu’on appelle affectueusement le lider maximo. A côté des combattants de l’UDPS, d’autres partis alliés s’étaient joints à l’appel des partisans d’Etienne Tshisekedi. Ce n’est donc pas la première fois que l’UDPS brave le pouvoir en place à Kinshasa pour porter haut sa voix. Pour hier lundi, il était question de faire passer un message précis, notamment celui exigeant la reprise des concertations politiques avant la date du 30 juin 2006. Comment arracher les négociations politiques à une certaine classe politique au pouvoir et qui ne manifeste aucun intérêt à une telle démarche ? L’UDPS n’a pour autant pas désarmé, ragaillardie sans doute par la présence d’une délégation du Conseil de sécurité à Kinshasa.
DES INCIDENTS
Partie de la gare Centrale, la marche organisée par l’Union pour la démocratie et le progrès social a connu la participation de certains partis politiques et autres mouvements associatifs. Au nombre de ceux-ci se trouvaient notamment, le Mouvement lumumbiste progressiste (MLP), la Force novatrice pour l’unité et la solidarité (Fonus), le Parti du peuple pour le progrès du Congo (PPPC), les jeunes compatriotes des forces du changement et d’autres personnes se réclamant Compagnons d’Etienne Tshisekedi.
Même ambiance également observée hier matin à Mbuji-Mayi où des milliers de personnes sont descendus dans les rues pour, selon Radio Okapi, revendiquer l’organisation des négociations politiques. Toujours selon Radio Okapi, plusieurs autres partis politiques se sont alliés à cette manifestation initiée par l’UDPS. Il s’agissait entre autres, du MLC du vice-président Jean-Pierre Bemba, du RCD/Goma du vice-président Azarias Rubebwa, du RCD/N de Roger Lumbala, des Fonus de Joseph Olenghankoy, de l’Urec d’Oscar Kashala, de l’UDM, de l’ULD, de l’ADECO, de la CODECO. D’autres mouvements associatifs opérant dans la capitale diamantifère se sont aussi joints aux manifestants pour marquer leur désapprobation face à l’endurcissement d’une portion de la classe politique d’éviter toute concertation avant toute prolongation de la transition au-delà du 30 juin 2006.
A Mbuji-Mayi, les manifestants sont partis de la permanence fédérale du parti d’Etienne Tshisekedi. Ils devaient marcher jusqu’au siège de la Monuc avant de revenir à leur point de départ. Les magasins, les écoles et autres activités ont été fermés. Au même moment, une marche similaire se déroulait à Mwene-Ditu, la deuxième ville de la province, située à 130 km du chef-lieu du Kasaï Oriental.
A Kinshasa pendant ce temps, tout semblait être calme au départ de la marche au niveau de la place de la gare Centrale. Des éléments de la Police d’intervention rapide et de l’Unité de police intégrée ont été mobilisés pour assurer l’encadrement des manifestants.
Dans la foule, l’on entendait des cris hostiles à certaines animateurs des institutions de la transition. Tous réclamaient la tenue avant le 30 juin 2006 des négociations politiques en vue de garantir un atterrissage en douceur de la transition amorcée depuis avril 2003 en Afrique du Sud par l’endossement de l’Accord global et inclusif.
Les manifestants portaient des banderoles sur lesquelles on pouvait lire : « Non à la prolongation unilatérale, oui aux élections après concertation » ; « Le peuple exige le dialogue avant le 30 juin » etc.
C’est à l’approche du Grand Hôtel Kinshasa que les choses se sont gâtés. Malgré leur détermination, les manifestants n’atteindront pas le site du Grand Hôtel Kinshasa où se trouvait la délégation du Conseil de sécurité des Nations unies. C’est à hauteur du croisement des avenues Batetela et Justice que les éléments de la Police nationale congolaise ont commencé à tirer des coups de feu, et d’autres usant des gaz lacrymogènes pour disperser la foule afin de l’empêcher d’atteindre le Grand Hôtel Kinshasa.
Sur l’avenue des Huileries, certains automobilistes ont eu le pare-brise de leurs voitures volé en éclats. Kinshasa était sous tension, surtout au centre-ville où la circulation a été fortement perturbée pendant quelques heures, mais également dans les quartiers abritant les services administratifs et des ambassades. Toutefois, les manifestants se sont arrêtés devant l’ambassade de la République du Congo où ils ont remis un mémorandum à l’intention du président en exercice de l’Union africaine, le président Dénis Sassou Nguesso.
Reste maintenant à savoir si le message a été entendu pour que les préoccupations de Congolais soient prises en compte en vue des élections apaisées.
