Kinshasa :
Des bruits circulent que l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) aurait décrété le boycott sur l’opération couplée d’enrôlement et d’identification des électeurs lancée par la Commission Electorale Indépendante (CEI) à Kinshasa le 20 juin 2005. Aucun communiqué officiel du parti cher au Docteur Etienne Tshisekedi n’instruirait le peuple dans ce sens. Les combattants auraient suivi un mot d’ordre qu’aurait donné Monsieur J.-B. BOMANZA, Porte- parole du parti, lors d’une émission télévisée.
La CEI, il est vrai, à commencer par Son Président, ne fait rien pour améliorer son image. Par rapport à la neutralité et l’impartialité censées la caractériser, elle est plutôt hermétique à toutes les critiques objectives formulées par les acteurs non institutionnels, au point de passer pour beaucoup d’observateurs pour une structure inféodée à un certain parti politique pour lequel elle roulerait. Sur le plan de la fiabilité du matériel, le Kit Zetès-Pass utilisé par la commission dans l’opération d’enrôlement est loin de convaincre, tant des cas des personnes ayant réussi à se faire enrôler plus d’une fois ont été signalés, laissant ainsi entrevoir des possibilités de tricheries lors des élections. Du point de vue de la crédibilité, rien n’est moins sûr quand il est fait état de l’élimination des agents préposés à l’enrôlement testés, au profit de ceux qui n’ont subi aucun test, ni suivi la moindre formation. On pourrait allonger la liste des limites de la CEI et parler d’incompétence, du manque de prise en charge conséquent des agents, les exposant à la mendicité et à la corruption, de l’encre qui ne serait pas si indélébile que çà.
Tout de même, en dépit de toutes les tares de la CEI, le boycott de l’enrôlement est une décision trop importante pour être décrétée sur un plateau de télévision. Personne ne s’étonnerait que les limites déplorées dans le chef de la CEI soient l’ouvre de certaines officines pour gagner du temps ou pour se débarrasser d’un adversaire aussi dangereux que l’UDPS. La haute direction du parti ferait mieux d’étudier froidement la question pour lever une option qui ne fasse pas le jeu du pouvoir qui veut voir l’UDPS tomber dans son piège.
La communauté internationale, consciente de sa grande part de responsabilité dans la crise congolaise, pour se donner bonne conscience, tient à tout prix à l’organisation des élections, mauvaises, soient-elles. Après tout, dit-on, même dans la très démocratique Amérique, elles n’ont jamais été parfaites. Alors au Congo, il y aura certainement des contestations, les deuxièmes amélioreront les premières. D’où tous les soutiens engrangés par la CEI de toutes parts.
A l’UDPS, nul n’ignore toutes les manouvres ourdies sur le plan international pour l’écarter d’un processus dont l’issue ne pourrait que lui être favorable, si les élections étaient tenues selon le slogan: démocratiques, libres et transparentes. Ça serait alors un beau cadeau offert aux mentors du 1+4 que de boycotter l’enrôlement. Comme ils ne veulent pas détricoter leur 1 +4, la fille aînée de l’opposition ferait mieux de les rejoindre avec leurs protégés sur leur terrain des élections libres, démocratiques et transparentes, en demandant officiellement aux combattants de se faire massivement enrôler, quitte à exiger une plus forte implication de la MONUC et du CIAT pour plus des garanties dans l’organisation des élections.
Des garanties pour obtenir plus de transparence dans le processus en commençant par le dépoussiérage progressif des données de la CEI pour la constitution d’un fichier central définitif des électeurs plus fiable, plus de sécurisation des candidats à tous les niveaux des élections pour une circulation sans entrave sur toute l’étendue du Congo, plus de sécurisation des électeurs et du processus dans le Congo profond où les ex-belligérants maintiennent encore les populations dans une terreur permanente, pour obtenir pourquoi pas, la restructuration de la CEI si ses dirigeants actuels continuaient à faire preuve de tant de légèreté.
L’opération d’enrôlement étant limitée dans le temps et seuls ceux l’ayant remplie pouvant le moment venu être électeurs et éligibles, au terme de la loi, il est plus que temps pour le plus grand parti politique du Congo de descendre avec tout son poids sur ce terrain des opérations électorales et y battre le pouvoir à son propre jeu en imposant le caractère libre, démocratique et transparent aux élections qu’il ne pourra que remporter haut la main.
C’est le seul jeu auquel des partis autrefois mouvements politico-militaires totalitaires ne peuvent jouer sans faire des gaffes. Des gaffes qui ne passeront pas inaperçues à un peuple de plus en plus perspicace, des gaffes que l’UDPS ne pourra que capitaliser pour préserver le peuple de l’injustice suprême: voir le moins mauvais des belligérants gagner par les urnes, ce qu’il n’a pu obtenir par les armes.
Le Phare (Kinshasa)
11 Juillet 2005
Anthony M.K. Katombe
