30 Juin 2005: lorsque la peur change de camp ! 331

Au regard de tout ce qui précède, ce 30 juin 2005, le peuple congolais n’attend qu’un seul message de la part de tous ceux qui prétendent ou affirment avec force parler en son nom. Comme Jean Paul II l’a dit au peuple meurtri de Pologne, Pères de l’Eglise du Congo annoncez au peuple de Dieu que malgré la volonté meurtrière de ceux qui le dirigent aujourd’hui, « Demain, le 30 juin 2005 sera un autre jour ». Répétez cette phrase sacrée qui redonne espoir aux nations modernes meurtries: « Peuple congolais, n’ait pas peur! » Tu auras une vie abondante dans la Paix du Seigneur. Il vaut la peine de te mettre debout et de lutter pour la mériter.

Cela fait 15 ans depuis que le peuple congolais passe de transition en transition, épuisant toutes les approches connues par les spécialistes dans leurs efforts de qualifier les différents modes de transition en vogue à travers l’humanité.

Si, sous d’autres cieux, les nations en transition sont vite passées de la transition à la stabilisation, la République Démocratique du Congo passe par l’expérimentation de différentes approches sans arriver à une solution durable qui puisse effectivement ramener la paix au pays et en assurer le développement.

Néanmoins, au-delà de ce sentiment afro pessimiste ou mieux « Congolo-pessimiste » que l’on a réussi à injecter dans l’âme congolaise depuis des décennies afin de faire croire aux fils et filles de ce pays qu’ils sont incapables, d’eux-mêmes, de sortir de la crise, il y a lieu d’observer la permanence d’une vérité à chaque étape de cette tumultueuse transition. Il s’agit en effet de la volonté permanente et farouche du peuple congolais de bâtir au cœur de l’Afrique un état de droit socle d’un développement durable parce que voulu à caractère humain.

Au fil des années, ce désir passionnel pour une véritable démocratie, animée par des hommes et des femmes au sens éthique et républicain élevé est devenu un combat. 15 ans après la libéralisation de la scène politique par Mobutu, le peuple congolais s’est engagé dans la quête d’une démocratie qui se veut différente de la démocratie de façade faite d’institutions, d’élections, sans âme ni foi, sans éthique ni morale, animées par des Congolais ou étrangers improvisés Congolais pour des intérêts égoïstes que plus personnes ne cachent. Les Congolais refusent une démocratie prête à porter et le disent à haute voix et au prix du sang de ses fils et filles à qui veut les entendre.

Depuis Mobutu et la Conférence Nationale Souveraine, en passant par Laurent Désiré Kabila, Joseph Kabila, les guerres dites pour la démocratie et le Dialogue inter-congolais, la volonté du peuple ne change pas. Mais ce qui ne change pas non plus, c’est le refus plusieurs fois répétées des dirigeants de reconnaître ce désir du peuple. Mais aussi, ce qui demeure permanent, c’est la sanction que subissent ces différents régimes quelle que soit leur durée.

Le refus de Mobutu a été sanctionné par l’arrivée de l’AFDL, appuyé par un peuple qui avait mis fin à sa peur et était décidé d’en finir avec l’esclavage.

L’aventure de Laurent Désiré Kabila qui a voulu reposer un régime d’exploitation de ce même peuple sur fond de sa victoire sur Mobutu s’est terminé de la manière que l’on connaît dans l’indifférence de ce peuple qui a fini par l’isoler au point de permettre son assassinat.

Enfin, quant aux animateurs issus de la transition, ils ne semblent pas avoir appris la leçon et ont décidé d’un affrontement frontal avec ce même peuple qui ne leur demande qu’une gestion dans la transparence des accords signés au nom du peuple et qui devraient nous conduire à cet état de droit que nous attendons tous depuis 15 ans.

Dans ce jeu de ping-pong entre le peuple et les dirigeants, l’on assiste depuis des années à une sorte de manipulation permanente qui consiste à constamment maintenir la peur dans le camp de la population. Car tant que celui-ci sera géré par la peur, les gouvernants pourront tranquillement continuer à se servir.

La peur au centre de la gestion du peuple

Tous ceux qui sont familiers avec les ficelles de la manipulation savent que la peur constitue un élément important dans la gestion des peuples: peur d’une crise économique, peur de perdre des emplois, peur de perdre des avantages, peur de perdre sa vie.

Dans des états de type dictatorial comme les nôtres et où le respect de la vie humaine n’est pas une préoccupation majeure de la part des dirigeants, la grande peur dans laquelle on essaie constamment de maintenir le peuple est celle de perdre sa vie. C’est ce qui explique toutes ces mesures policières et autres tracasseries, la pauvreté permanente de la population, les conditions de vie précaire qu’on lui impose, les menaces régulières et de plus en plus nombreuses, l’insécurité institutionnelle volontairement instituée pour garder les uns et les autres cloîtrés chez eux, etc.

Dans le cas précis du 30 juin 2005, nos jeunes et inexpérimentés dirigeants n’échappent pas à ce courant et y vont souvent de manières gauches avec des scénarii à faire rire un étudiant débutant en art dramatique!

Le mythe de la machette « Tramotina »

Visiblement, il est question de maintenir le peuple qui entend manifester son mécontentement et son refus des actuels dirigeants dans la peur. Mais au-delà du visible, il est question de mettre la violence des futures manifestations populaires qui auraient pour but de remettre le pouvoir en place en question sur le dos de la population ou mieux de quelques fanatiques d’une opposition radicale afin de justifier les répressions qui s’en suivront auprès surtout de l’opinion internationale du moins celle qui se préoccupe encore des droits de l’homme sur cette terre du Congo où les « bonobos » sont mieux protégés que les humains!

Une marche de « bonobos » qui se terminerait par la mort de cinq « bonobos » accusés d’avoir brandi des machettes « Tramotina » alors qu’ils agitaient des rameaux (erreur visuelle) occasionnera une vive réaction de la communauté internationale au point de tout mettre en œuvre pour chasser du pouvoir des responsables congolais qui mettraient ainsi en péril l’équilibre environnemental mondial ou mieux global.

La psychose de « kata-kata »

Vraie ou fausse, elle justifie le déploiement des forces de l’ordre dans les quartiers jugés hostiles au pouvoir en place. Cette opération se veut aussi une opération de charme qui se donne un objectif noble, celui de faire croire à la population que l’on est à ses côtés pour traquer l’insécurité que le pouvoir lui-même instaure souvent pour maintenir la population dans la peur.

Pour preuve, combien, de fois ne sommes-nous pas surpris d’apprendre que les fameux responsables de ces violences sont des personnes souvent arrêtées et relâchées. De là à affirmer qu’il y a une volonté délibérée de créer ces instants et îlots d’insécurité, il n’y a qu’ un pas que beaucoup d’entre nous n’hésitent pas à franchir même lorsque l’on est pas couvert par l’immunité parlementaire.

Pour preuve, les explications à l’emporte-pièce qui sont fournis à la population par la volonté d’un système qui utilise les auteurs de cette insécurité, le temps de faire passer la tempête du mécontentement actuel. Car comme nous le savons tous, le 30 juin passé, nous nous retrouverons replongé dans notre permanente insécurité qui est un mode de gestion consciemment voulu, entretenu et de temps en temps combattu.

Qui ne se rappelle pas du fameux gros camion qui auraient écrasé une maman et dont le corps se seraient retrouvé en plusieurs morceaux à des mètres du lieu de l’accident ? Le responsable de Police qui, ce jour, donne l’explicitation à la Télévision ne nous présente ni le camion ni le chauffeur du camion, ni encore moins les traces de pneus sur la voie et veut que le peuple croie à ses dires comme parole d’Evangile.

Triste situation que celle d’un haut responsable de Police qui visiblement mélange discours politique et constat professionnel d’officier de police qui dans sa profession a juré de dire la vérité et rien que la vérité. Malheureusement pour lui et pour ses services, les témoignages de chaînes de télévision qui l’avait précédé sur les lieux livraient des commentaires contradictoires d’une foule de gens écœurée par ce qui était arrivé et qui semble-t-il était loin de la version magistrale de la Police. Et puis, monsieur l’officier, et si le camion avait écrasé un gros chien? N’aurait-on pas trouvé des traces de sang sur la voie?

Comme si l’outil de la psychose a des revers que la jeune équipe politique ne sait pas gérer ! Et ce ne sont pas non plus les jeunes officiers rapidement promus de la Police qui l’aideront dans cette tâche.

Les menaces de mort

Lorsque l’on écoute le discours du MLC, personne ne s’y trompe du côté de la population, nous sommes en plein époque du « Terminator », le grand prêtre de l’idéologie assassine « mekele weele » ou « Tu essaies et tu disparais ». La suite des évènements de l’après discours du Chairman montre l’embarras dans lequel il a placé son mouvement. Et ce ne sont pas les discours maladroitement conciliant qui renvoient la balle dans le camps de l’opposition politique pour régler la crise qui remonteront la côte de ce parti pourtant aimé il n’y a pas longtemps par les Kinois qui n’ont pas tardé à qualifier son leader de « Mwana Mboka ».

Bien plus, le MLC se retrouve en mauvaise posture par rapport aux évènements qui risquent d’arriver. En effet, imaginer que les manifestations du 30 juin ont lieu et elles auront sans doute lieu. Et qu’au terme de cette manifestation des hommes en uniforme tirent sur la population. Quelle aubaine pour des rivaux politiques nationaux et étrangers que d’offrir à la sanction populaire les animateurs du MLC présentés alors comme responsables de ces massacres de Congolaises et Congolais manifestant pacifiquement! Lourde responsabilité d’un discours digne d’un pouvoir totalitariste qui enivre les détenteurs mais dont il ne mesure pas souvent et, en temps opportun, les conséquences dans un contexte politique de rivalité pré-électorale!

Le spectre du pillage et du chômage

Toujours dans ce registre d’inoculer la peur auprès de la population, les gouvernant, pris en otage par leur propre peur, ressuscitent les pillages de triste mémoire. Dans leur jeunesse politique, ils ne se souviennent sans doute pas que, dans ce pays, les pillages ont souvent été les faits des dirigeants politiques qui les ont initiés avec quelques factions de militaires complices que l’on a, dans la suite, réprimée de la même manière que la population qui s’était associée à ces actes de vandalisme.

Aussi si les dirigeants actuels veulent s’assurer d’un pillage qui se réaliseraient le 30 juin 2005 prochain, ils devront faire comme les dirigeants d’hier. Il faudra donc s’offrir les services de quelques inciviques membres d’ une armée congolaise qui n’existe pas ou alors dans sa propre faction armée avec pour risque d’être identifié clairement comme celui par qui la violence institutionnelle est passée!

Mais, que les autorités actuelles ne se fassent pas de souci ! Parmi les Congolais ou les étrangers installés au Congo ou devenus Congolais avec la complicité de ceux qui ont besoin de leur service, nos autorités politiques trouveront des personnes qu’elles pourront sanctionner comme boucs émissaires pour les actes de vandalisme qu’elles n’auront ni pensés ni armés et que, naïfs, malgré eux, elles auront déclenchés.

Dans la mesure du possible et selon les capacités discrétionnaires d’un espace présidentiel dont les animateurs se tirent à boulet rouge, à ciel ouvert et sans se rater, les membres de leurs propres armées respectives pourront sans doute les aider, en utilisant un camouflage particulier, à concrétiser les actes de pillages qui justifieront les représailles futures du pouvoir officiel Sinon, il faudra tourner vers les troupes étrangères alliées et nos regards se tourneront vers un responsable précis dans cet environnement de Kinshasa. Suivez mon regard!

Non, ce peuple n’est pas réduit au chômage parce que responsables des pillages antérieurs. Que nos jeunes responsables n’aient pas la mémoire courte! Cela fait deux ans pour certains et quatre ans pour un autre qu’ils sont tous au pouvoir. Peuvent-ils, ensemble, ou individuellement, puisque c’est comme cela qu’ils opèrent, faire le bilan des emplois qu’ils ont crées pour que les pillages futurs puissent les détruire?

Le peu d’emplois qui ont été créés l’ont été dans l’informel par la volonté de ce même peuple que l’on accuse de vouloir s’auto détruire alors qu’il vient tout récemment d’être victime d’un pillage officiel à travers une opération « Kin-propre » qui l’a dépouillé de ses kiosques, garages, « nganda ntaba » et autres terrasses, tous outils de survie péniblement financés et entretenus dans un environnement économique qui n’est viable que pour ceux que même le CIAT, le ministre Belge des Affaires étrangères et l’Ambassadeur de Grande Bretagne n’hésitent plus à désigner du doigt et en public.

Le juridisme de l’article 196 de la Constitution de la transition

Toujours dans la perspective de faire peur au peuple, les gouvernants font recours à l’argument constitutionnel pour un peuple qui n’a jamais été associé dans ce jeu qui exige démocratie et participation. Il s’agit d’une opération trompe l’œil pour un débat qui se déroule en haut lieu et où les personnes à convaincre ne viennent même pas de l’opposition interne mais bien des lobbies et gouvernements étrangers fonctionnant souvent comme lobbies et non plus comme états dans cet état qui a cessé d’exister comme état.

Comment, dans ce contexte, croire surtout que le même peuple vient d’assister à un piètre débat parlementaire sur la Constitution de la Troisième République où passion et irresponsabilité se sont mariés au point de confier la gestion future de notre pays à un jeune Congolais ou étranger âgé de trente ans, inexpérimenté et sortant à peine de l’Université s’il en est capable! Compétences et qualités morales, vertus d’application sous d’autres cieux dans la désignation de tout celui qui aspire à des postes de responsabilité ont été relégués au second plan si pas simplement ignorés.

Menaces des partenaires extérieurs

L’illustration de ces propos des partenaires qui visent à faire peur au peuple congolais est la récente intervention de l’ancien ministre Belge des Affaires Etrangères Louis Michel. Après avoir cru que les Congolais pouvaient encore s’enivrer de nouvelles métaphores : « le Congo n’a jamais été si proche des élections », il s’est vite ressaisi car il a compris que les Congolais était aussi capables de concocter leurs propres métaphores. En effet, il est aussi vrai que « le Congo n’a jamais été aussi proche d’une révolte populaire pacifique non violente ».

En homme politique avisé, Louis Michel sait que cette révolte ne sera pas qu’une simple manifestation pour entonner des chants de gloire à l’honneur des poussins du « Coq wallon » qui errent dans le poulailler Congo. Aussi, il s’est vite empressé de rectifier le tir en menaçant de manière explicite tout celui qui oserait perturber la sortie prochaine qu’il compte faire sans garde corps dans son jardin privé, l’Etat Indépendant du Congo que lui a légué le Roi Léopold II!

Pour mieux faire peur aux Congolais, il joue sur la corde économique et de la faim. Il rappelle aux Congolais les 200 millions d’Euros promis ou investis par la communauté internationale. En effet, les inconscients que nous sommes devenus ne semblent pas réaliser l’importance de ces promesses qui se réalisent progressivement.

Mais encore une fois, Louis Michel fait preuve d’un manque total de respect de notre peuple. En effet, notre peuple connaît l’importance des prêts que ses gouvernants contractent et qui lui sont présentés comme des faveurs octroyées par la charitable communauté internationale. Mais notre peuple sait aussi que 200 millions d’Euros ne représentent rien par rapport aux 14 milliards hier accordés au régime Mobutu et qui ont servi à meubler les comptes des banques d’Occident et pour lesquels on accorde des remises à un peuple qui n’a jamais su et ne saura jamais quand est-ce qu’il a contracté cette dette.

Sincèrement, notre peuple ne sait pas si les choses ont changé aujourd’hui pour qu’il arrive à mieux saisir l’importance des 200 millions d’Euros dont souvent la destination n’est connue que par la même communauté internationale donatrice qui, de temps en temps, nous parle des vols et autres détournements de leurs poulains, complices d’une gestion maffieuse dont les victimes ne seront que les fils et filles du Congo que l’on prétend assister!

Apocalypse ou chaos

L’argument massue dans cette démarche qui consiste à nous faire peur, c’est d’annoncer l’APOCALYPSE ET LE CHAOS! Les dirigeants actuels veulent jouer sur le registre religieux, convaincus que ce peuple alimenté au lait des « Alléluia » des fausses Eglises Evangéliques alimentaires de Réveil sera effrayé par l’annonce de cette nouvelle évangile qui est loin de celle de Saint Jean qui fait du livre de l’apocalypse un chant d’espoir et de réconfort pour le peuple persécutés des sept communautés. N’est-ce pas la situation de ce peuple persécuté des 11 provinces du Congo?

Dans ce pays aussi, aidé par les confessions religieuses catholiques, protestantes, Kimbanguistes, orthodoxes, musulmans et de réveil, les gouvernants nationaux et internationaux ont réussi à monter un système qui contrôle le peuple congolais et la vie de ce même peuple et qui exploitent les pauvres pour augmenter le luxe des grands!

Dans ce pays, Jean aide les puissances internationales, régionales et locales à découvrir que l’existence de ce peuple est constamment en péril et que ce peuple devient chaque jour davantage impatient au point de s’exclamer : « Trop c’est trop » ou mieux pour rester fidèle à l’évangéliste Jean « Jusques à quand, Seigneur?» (6,10).

Si le livre d’Apocalypse qui a été écrit par ordre de Dieu (1,11.19) pour être révélation n’est pas la réponse de Dieu qui dévoile et clarifie la situation du peuple de Dieu affligé et persécuté au Congo à la lumière de la foi alors que nos responsables d’Eglise, toutes confessions confondues, continuent à nous appeler à l’apaisement, à la soumission pour que les damnés du Congo n’aient pour seule terre cimetière que l’Egypte!

Bien plus, à tous ceux de nos dirigeants actuels qui utilisent le terme « chaos » pour effaroucher la population, ils doivent savoir que le « chaos » n’est pas nouveau dans ce pays comme système de gestion. Tout est chaotique ! L’enjeu, ici, est qui gère le chaos ? Jusqu’ici, ce sont les belligérants et autres composantes. Mais, à partir du 30 juin 2005, c’est le peuple qui déclenche son chaos et qui en confiera la gestion à des animateurs autres que ceux qui gèrent actuellement.

C’est sans doute ce qui fait peur aujourd’hui aux gestionnaires actuels et à leurs soutiens locaux, régionaux et internationaux. Ce n’est pas comme en France ni aux USA où l’on peut prédire qui succèdera à qui. Qui peut nous faire des reproches à ce sujet dans un contexte où l’improvisation conduit au pouvoir des imprévisibles que l’on a jusqu’ici accepté pourvu qu’ils ne soient pas au service de ce peuple? Cette fois, le peuple entend mettre au sommet ses propres imprévisibles issus du chaos dont lui seul sera l’initiateur et cette fois, pour son bonheur!

Au-delà de la peur : fièrement se dresse un peuple


Alors que tout est fait pour que notre peuple reste longtemps courbé, il a décidé ce 30 juin 2005 d’entonner l’hymne sacré de sa liberté fort de sa foi et de son espérance. Des années durant, notre peuple et tous ceux qui prennent parole en sa faveur puisent leur force dans la certitude que Dieu est avec ce peuple persécuté. C’est fort de la certitude que « Dieu est Yahvé, Dieu avec nous, Dieu libérateur… » (Jean 21,3) que notre peuple prend courage et se met régulièrement debout.

Dans cette démarche qui sauve, le Congolais découvre chaque jour davantage qu’il ne doit plus craindre tous ceux qui veulent tuer son corps physique. Il doit plutôt craindre tous ceux qui tuent son âme. C’est ainsi que l’on entend sur toutes les lèvres des sans voix de nos quartiers pauvres le nouveau slogan mobilisateur qui fait peur plus qu’une machette « Tramotina » : « Tozali na biiso bibembe. Tokufa kala. Le 30 juin nde bakokunda biiso! » Entendez : « Nous ne sommes que des cadavres. Nous sommes déjà morts. Le 30 juin sera le jour de notre enterrement!».

Et comme par un tour de magie, notre peuple a retourné la peur d’où elle est venue. Tout le monde s’agite à l’intérieur comme à l’extérieur. D’où vient cette maturation jugée précoce par ceux qui ne comptent pas les années de souffrances d’un peuple? Jusqu’où peut aller un peuple qui réalise que son corps physique n’a plus d’importance et qu’il doit sauver son âme pour lui éviter un sort qui serait plus tragique? Qui a fait cette révélation lourde de conséquences à ce peuple que des années de servitudes ont rendu aveugle ?

C’est ici sans doute que Dieu démontre qu’il reste toujours au côté du peuple qui souffre. En effet, ce n’est pas par hasard que nos dirigeants réveillés par un fils de ce pays sur la signification réelle de la date du 30 juin ont, sans le vouloir ni le comprendre, parlé d’ «Apocalypse », c’est-à-dire, de « révélation ». En effet, la référence à la date du 30 juin ainsi que le branle-bas de combat que cela suscite, dévoile et clarifie la situation de notre peuple à la lumière de notre amour à tous pour cette terre de nos ancêtres.

L’agitation autour de la date du 30 juin nous montre « les choses qui doivent arriver bientôt » (Apocalypse1,1). Dieu éclaire notre peuple sur les nombreux détournements des uns et des autres, sur les viols et autres violences. Il démasque la fausse propagande et tentative de manipulation des dirigeants actuels et de leurs complices externes. « Le temps est proche » (Apocalypse1,3) car le plan de Dieu pour le Congo entre dans sa phase finale!

Que fera le peuple congolais?


Rien d’exceptionnel. Il imitera les autres peuples du monde qui, lors de cette dernière décennie, se sont mobilisés pour faire comprendre à leurs frères et sœurs, gouvernants, qu’ils n’avaient pas gouverné dans le respect du droit à la vie de leurs concitoyens et concitoyennes. Comme en Bolivie, en Uzbekistan et ailleurs, notre peuple donne rendez-vous à l’humanité tout entière ce 30 juin 2005 pour montrer jusqu’à quel niveau se trouve l’humanité, devenu village global, dans le respect de l’humain et la célébration de la vie.

Ce 30 juin 2005, le peuple congolais à qui les dirigeants anciens comme nouveaux n’ont offert que des espaces de liberté de façade, sera à nouveau dans la rue avec en main des rameaux pour un 30 juin de « madalala ».

Que dans leur imagination féconde, les militaires, nationaux et étrangers (Angolais, Erythréens, Zimbabwéens, Rwandais, Ougandais, Burundais, et autres Tanzaniens qui, depuis l’AFDL aiment la jouer discret, etc.), qui seront chargés de la répression présentent les rameaux comme machette « Tramotina », seuls les ministres de l’intérieur et de la défense en feront les frais dans un système qui lorsque les parrains acculés doivent sacrifier des pions trouvent toujours des boucs émissaires. Mon seul espoir c’est qu’ils ne soient pas accusé de responsables de crimes contre l’humanité!

Que ces deux frères n’oublient pas qu’à l’extérieur de ce pays, la logique des composantes ne joue pas lorsqu’il s’agit de salir des Congolais au pouvoir. Le tout dépendra de la force morale personnelle des uns et des autres pour pouvoir rebondir dans la vie après avoir été sali de cette manière!

Mais souvent les enfants congolais déchus dans pareilles circonstances souffrent dans leur chair parce que nos différentes ethnies qui ont un sens de l’honneur ne s’accommodent pas de la médiocrité éthique surtout lorsque l’on ne peut plus acheter le silence de tous ceux qui ne rateront pas l’occasion de vous le rappeler lors des heureuses ou malheureuses rencontres de famille.

Au regard de tout ce qui précède, ce 30 juin 2005, le peuple congolais n’attend qu’un seul message de la part de tous ceux qui prétendent ou affirment avec force parler en son nom. Comme Jean Paul II l’a dit au peuple meurtri de Pologne, Pères de l’Eglise du Congo annoncez au peuple de Dieu que malgré la volonté meurtrière de ceux qui le dirigent aujourd’hui, « Demain, le 30 juin 2005 sera un autre jour ». Répétez cette phrase sacrée qui redonne espoir aux nations modernes meurtries: « Peuple congolais, n’ait pas peur! » Tu auras une vie abondante dans la Paix du Seigneur. Il vaut la peine de te mettre debout et de lutter pour la mériter.

Thierry Nlandu Mayamba

Professeur à la Faculté des lettres

Université de Kinshasa

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