30 juin 2005, enfin libres ! 295

Voici un document qu’il est interdit de lire si l’on n’est capable de réfléchir qu’avec son ventre et si en plus l’on a sur les lèvres que haine et mépris envers autrui. Ce document rappelle utilement à ceux que la mémoire semble trahir, que c’est aux approches de chaque échéance d’une phase donnée de la longue Transition congolaise, que des incidents surgissent pour provoquer soit par les négociations politiques, soit par les guerres une nouvelle Transition. Or jamais au Congo, au cours de ces 15 dernières années, on n’aura jamais été aussi proche des élections que maintenant.

Le vendredi 27 mai 2005

Alors, il faut donc maintenir le cap sur les préparatifs en cours, et nous libérer, le 30 juin 2005, de la manipulation et de la désintoxication, et nous interdire de succomber aux chants de sirène qui prédisent le chaos à coups des machettes « Tramontina » !

1. Déclaration du Chef de l’Etat relative à la démission au cas de non tenue des élections avant la fin de la transition.

En date du 7 octobre 2004, le Président de la République a tenu un point de presse au Palais de la nation à l’attention de la presse privée. Ont été sélectionnés parmi les journaux congolais Le Potentiel, le Palmarès, le Phare, L’Avenir, L’Observateur, Forum des As, La Référence plus, Uhuru, Demain le Congo, Liberté, Libération, Le Passeport africain, Nouvel Elan et The Post. Parmi les organes de presse étrangers, il y a eu Voa et Rfi.

La matière relative aux élections proprement a fait objet de trois questions posées la première par « The Post », la deuxième par « Rfi » et la troisième par « Liberté ». Voici chacune de ces questions et chacune des réponses données par le Chef de l’Etat.

Première question

Monsieur, il y a une certaine opinion qui pense que finalement les gouvernants ne disent pas vrai sur la question des élections parce que quand on regarde les difficultés, notamment les moyens que vous avez évoqués, et lorsqu’on regarde le temps qui nous reste, on se rend compte qu’il ne sera pas possible dans ce délai,. Est-ce qu’il n’y a pas une certaine hypocrisie que le gouvernement affiche personne ne voulant prendre la responsabilité de la non-tenue des élections prévues ?

Première réponse

Ce sera effectivement une illusion de faire croire au peuple congolais que les élections, c’est la solution aux problèmes qui se posent aujourd’hui. C’était aussi, je crois bien, une illusion parce qu’il y a ceux qui ont cru qu’avec la mise en place des Institutions de la Transition en cours, les problèmes qui se posaient à l’époque et surtout les problèmes qui se posent maintenant seraient résolus comme par magie.

Après les élections, ce sera bien entendu le travail, la reconstruction et le renforcement même de la démocratie. Je ne crois pas qu’il y a une hypocrisie quand on dit que les élections seront organisées. Je vous ai dit que c’est ça, la mission principale du gouvernement et des Institutions de la Transition qui sont en place.

« Si on n’arrive pas à organiser ces élections, la logique sera de faire en sorte que c’est nous qui puissions démissionner »

Ce n’est pas le gouvernement qui organise les élections ; c’est plutôt la Commission électorale indépendante. Le moment venu, la Commission – le président Malu Malu lui-même – sera obligée d’informer le peuple congolais et de nous informer nous-mêmes sur la possibilité ou non de l’organisation des élections dans le délai prévu par la Constitution.

Ce n’est pas le président qui, aujourd’hui, va dire que les élections ne vont pas être organisées. C’est depuis 2001 que je me suis prononcé là-dessus. Pour moi, l’objectif de la mission, c’est de faire en sorte que nous puissions organiser les élections dans ce pays.

C’était primo l’organisation de ce dialogue en Afrique du Sud. Nous avons réussi à l’organiser. Aujourd’hui, il y a les Institutions qui sont en place, il y a la pacification du pays en cours et demain la tenue des élections.

Alors, Messieurs, je ne suis pas un menteur. Les élections seront bel et bien organisées.

Deuxième question

Vous disiez tout à l’heure, pour revenir sur les élections, qu’elles auraient lieu d’ici la fin de la Transition en juin 2005 si les moyens étaient réunis. Donc, c’est la seule condition ?

Deuxième réponse

C’était la seule condition parce qu’avant, c’était la réunification du pays. On ne pouvait pas organiser les élections dans un pays divisé. Secundo, c’était la pacification. Progressivement et surtout à l’Est du pays, la paix devient une réalité. Et puis il y a l’intégration et la démobilisation au niveau de l’armée. Je vous ai dit que le gouvernement a déjà approuvé un programme et qu’il y a des structures qui sont à pied d’œuvre.

Le gouvernement a transmis à l’Assemblée nationale les deux ou trois textes de loi, notamment la loi sur la nationalité, la loi sur le recensement. Nous n’avons plus de projet de loi à transmettre. On attend seulement le vote au niveau de l’Assemblée nationale et la promulgation.

En ce qui concerne le projet de Constitution, il y a un comité de rédaction qui se trouve à Kisangani. Nous pensons que d’ici au mois de décembre, on aura l’avant-projet de Constitution de la 3ème République.

Sur le plan de l’administration, sur le plan de la sécurité et sur le plan législatif, nous sommes sur la bonne voie.

Pour les élections qui doivent être organisées, je vous ai dit que nous avons un petit problème, et c’est le problème des moyens. Jusque-là, il y a seulement la moitié de ce budget pour les élections qui peuvent être organisées d’ici juin 2005 ou non. Mais la volonté, la détermination et la mission principale du gouvernement, c’est de faire en sorte que ces élections soient organisées. C’est assez clair.

Troisième question

A supposer que l’argent arrive au mois de décembre, n’y aura-t-il pas une prolongation de la Transition ?

Troisième réponse

Ecoutez : en ce qui concerne les élections, je vous ai tout dit. Le tout dépend de la Commission électorale indépendante. Je crois bien que le président de la Commission est mieux placé pour vous donner une réponse à propos de la prolongation.

Chaque jour, quand je me réveille, je dis. Merci le Bon Dieu il ne reste que neuf mois ! Alors, je n’aimerais pas qu’il y ait une prolongation de la transition : ça, c’est clair ; c’est mon point de vue. Mais, il ne faut pas seulement organiser les élections pour les élections. Il faut que ça soit les vraies élections, bien organisées. Il faut qu’il y ait une bonne coordination.

Alors, il faut éviter la précipitation.

Observations

Pour peu que l’on soit honnête avec soi-même, on réalise que l’allusion à la date du 30 juin 2005 est dans la question de Rfi et non dans la réponse donnée par le Chef de l’Etat à celle du journal « The Post ». Or, c’est dans la réponse à ce journal qu’il est fait allusion à la démission des animateurs des institutions. En termes clairs, si Rfi n’avait pas posé sa question, cette date du 30 juin 2005 n’aurait même pas apparu.

Au moins une chose est sûre : le Chef de l’Etat s’est dit opposé à la prolongation de la Transition. Mais il a aussi soulevé la question de financement des élections. La Déclaration de la Cei du 15 avril 2005 faite par l’abbé Apollinaire Malu-Malu, la Déclaration de l’Union européenne du 30 avril courant faite par Louis Michel et la dernière Déclaration du Gouvernement allemand relatif aux contributions supplémentaires au financement du processus électoral prouvent la suffisance, si besoin est, que jusqu’en cette fin du mois de mai 2005 le budget n’est pas encore entièrement disponibilisé.

A dire vrai, ceux des politiciens et des journalistes qui ont déformé délibérément les propos du Chef de l’Etat se sont bien moqués des Congolais qu’ils continuent de prendre pour une masse inculte, immature, prête à consommer n’importe quel mensonge pour peu qu’il profite à leur Cause !

Résultat des Congolais sont morts à Mbuji-Mayi et des sièges des partis politiques détruits parce qu’ils ont été mentis, désinformés, intoxiqués puis manipulés.

Aussi le 30 juin 2005, le peuple enfin libéré de la manipulation doit leur exiger de la preuve de ce que le Chef de l’Etat a réellement dit au cours de ce point de presse.

2. Chronogrammes de la Cei, du Chef de l’Etat et du Ciat

En mars 2004, la Commission électorale Indépendante a eu à proposer un chronogramme dans lequel la campagne et l’élection présidentielles sont prévues pour les mois de juillet et août 2005. Soit après le 30 juin 2005. Donc pendant la période de prolongation ;

En avril 2004, le Chef de l’Etat a eu à proposer un chronogramme dans lequel la campagne et l’élection présidentielles sont prévues entre juillet et septembre 2005. Soit après le 30 juin 2005. Donc pendant la période de prolongation ; et

En mai 2004, le Ciat a eu à proposer un chronogramme dans lequel la campagne et l’élection présidentielles sont prévues entre juillet et septembre 2005. Soit après le 30 juin 2005. Donc pendant la période de prolongation. D’ailleurs, ce chronogramme situe entre octobre, novembre et décembre 2005 l’établissement des institutions issues des élections libres, démocratiques et transparentes.

Comment expliquer alors que le peuple mûr n’ait attendu que l’interview accordée par le président de la Cei, l’abbé Apollinaire Malu Malu à Rfi le 6 janvier 2005 pour réagir contre la prolongation ?

Déjà, quand certains politiciens disent que cette réaction a été spontanée, ils mentent de façon éhontée. Car, par réaction spontanée s’entend une réaction directe à une action donnée. L’exemple d’une réaction spontanée nous avait été donné le 22 juillet 1991 lorsque M. Mobutu avait nommé M. Tshisekedi Premier ministre une semaine avant l’ouverture de la Cns. Les combattants de l’Udps étaient descendus dans la rue aussitôt le discours du maréchal terminé. Ils n’avaient pas attendu un seul jour de plus pour manifester leur désaccord.

Dans le cas présent, la fameuse réaction spontanée contre l’interview de l’abbé Malu-Malu a attendu 4 jours. Elle a, en effet, eu lieu le 10 janvier 2005 après qu’un acteur politique bien connu ait jeté des tracts.

La question est de savoir pourquoi cet acteur n’avait-il pas désavoué la Cei en mars 2004, ni le Chef de l’Etat en avril 2004, encore moins le Ciat en mai 2004 ? Réponse simple à une question simple : il venait d’être relevé de ses fonctions puisque cité dans le Rapport d’audit de la Commission dite Bakandeja. En réalité, il voulait se venger, et c’est le peuple qu’il a utilisé à ses fins égoïstes. Preuve, si besoin est, qu’il n’a que mépris envers le peuple congolais.

Aussi, le 30 juin 2005, le peuple enfin libéré de l’intoxication doit demander à ces politiciens pourquoi, alors qu’ils sont signataires de l’Accord global et inclusif ainsi que de l’Acte final du Dialogue intercongolais fixant le déjà de la Transition à 24 mois avec possibilité d’une prolongation de 6 mois renouvelable une seule fois n’avaient pas dénoncé le 17 décembre 2002, le 2 avril 2003, le 4 avril 2003 et le 30 avril 2003 cette disposition.

Pour la petite histoire, le politicien qui s’est proclamé initiateur de la journée ville-morte du 10 janvier 2005 est celui-là même qui organisait les fameuses « journée ville-morte » au cours desquelles bien des gens sont mortes notamment faute de possibilité d’accéder aux soins de santé. Bien des opérateurs économiques ont été mis en faillite pour avoir perdu qui un magasin, qui un bus, qui un atelier. Il est de ceux qui avaient préconisé la suspension de la coopération structurelle, accentuant ainsi le chômage et la crise. C’est du reste à cause de cette suspension que l’on connaît le phénomène dit « délestage » en ce qui concerne l’électricité, la destruction fort avancée du réseau routier, ferroviaire, fluvial, la dégradation des infrastructures sociales comme les écoles, les centres médicaux…

3. Tous les objectifs de la Transition sont liés aux élections.

Selon l’Accord global et inclusif dans son chapitre II, la Transition a cinq objectifs, à savoir :

a) la réunification, la pacification, la reconstruction du pays, la restauration de l’intégrité territoriale et le rétablissement de l’autorité de l’état sur l’ensemble du territoire national ;

b) la réconciliation nationale ;

c) la formation d’une armée nationale, restructurée et intégrée ;

d) l’organisation d’élections libres à tous les niveaux permettant la mise en place d’un régime constitutionnel démocratique ;

e) la mise en place des structures devant aboutir à un nouvel ordre politique.

Observations

Les préalables électoraux liés à l’article 196 relatif à la durée de la transition ne se limitent pas qu’à l’Avant-projet de Constitution de la IIIème République et aux lois référendaire et électorale, comme tente de l’accréditer une certaine classe politique.

En effet sans, par exemple, la réunification, la pacification, la restauration de l’intégrité territoriale et le rétablissement de l’Autorité de l’Etat, on ne peut raisonnablement envisager les élections dans les délais constitutionnels même si tous ces textes de loi sont apprêtés…

Sans une armée ou une police nationale réellement opérationnelle, on ne peut avoir de bonnes élections même si tous les textes de lois sont prêts…

De même, sans la disponibilité du financement total du processus électoral, on peut pas avoir de bonnes élections même si tous les textes de lois sont prêts.

Tous ces préalables (textes, sécurité, financement) vont ensemble. Isoler l’un des autres ou les autres de l’un revient à se moquer non pas que des délégués au Dialogue intercongolais et de la Communauté internationale, mais aussi du peuple congolais qui y a adhéré.

Aussi, le 30 juin 2005, le peuple enfin libéré de la désinformation doit absolument interpeller ceux des acteurs politiques qui soutiennent la thèse contraire.

| Le Collimateur

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