30 juillet : on a joué leur jeu. 1148

A quelques jours de la tenue de ce qu’on nous présente par les médias occidentaux comme les premières élections démocratiques depuis 40 ans, un Kinois sur trois se disait non convaincu d’aller voter, car l’impression qui s’est imposée à la majorité des habitants de la capitale est que la communauté internationale, avec en tête l’Union Européenne qui finance les élections, avait déjà son candidat dont une parodie d’élections ne viendrait que formaliser la désignation.

D’aucuns se disaient aller voter sans grande conviction et dans l’indécision totale par rapport au candidat à qui donner leur voix. N’avoir jamais voter de leur vie et la peur des représailles de la part d’une police très portée sur les tracasseries et les extorsions paraissaient aux Kinois deux raisons assez sérieuses pour expliquer le déplacement. L’illustration parfaite de cette méfiance des Kinois est la mise en garde lancée à Jean-Pierre Bemba au Stade Tata Raphaël de Kinshasa, lors de son meeting de clôture de campagne électorale, contre le président de la commission électorale : ‘‘Eh, keba na Malu Malu ee’’ (eh, fais attention à Malu Malu).

L’autre raison de cette méfiance des Congolais envers ces élections à tous prix est l’absence du Docteur Etienne Tshisekedi. Nombreux se sont avoués avec amertume désorientés que celui qui est considéré par deux générations comme le père de la démocratie ne participe pas au couronnement de sa longue lutte politique alors que des candidats pour rire sont présentés comme favoris d’un scrutin voulu historique.

Tout était fait pour révolter tout homme bien pensant et le pousser à l’abstention. Quitte à assurer la victoire d’un candidat qui visiblement ne se gêne pas de vaincre sans gloire. Mais les intellectuels Kinois ont flairé le piège et sensibilisé leurs compatriotes tant dans la capitale que dans le Congo profond d’aller massivement voter pour arracher un deuxième autour soit de Bemba, de Pay Pay ou de Kashala, et faire ainsi échec au schéma occidental.

Et le mot d’ordre a été largement suivi, à l’exception des deux Kasaï où la participation a été moyenne. Bien leur en prit de s’inviter dans ce scrutin qui, même s’il s’est globalement bien déroulé, n’a pas manqué néanmoins de justifier, par les préoccupantes irrégularités dont il a été émaillé, toute la méfiance que la population lui portait.

En effet, à maints endroits, il a été signalé de sérieuses anomalies telles que l’omission des noms de certains électeurs sur les listes électorales, l’attribution d’un numéro d’ordre à plus d’un électeur, l’impossibilité pour certains électeurs de voter, car le vote ayant été accompli en leur nom et en leur insu par des tiers.

Le PPRD, parti du président sortant, qui s’est révélé plus une machine à sou qu’un instrument électoral, a, à travers le comportement de certains de ses membres, à travers la république, donné l’image d’une organisation aux abois. Les journalistes et électeurs ont signalé des cas d’achat des voix à Funa, au Camp Luka, à Kinsenso et à Kingabwa par Messieurs Francis Kalombo, André Kimbuta et Gérard Mulumba, tous candidats députés PPRD.

A Shabunda, Sud-Kivu, il est signalé l’intrusion des Interamwe dans un bureau de vote où ils ont instruit les électeurs à voter pour Joseph Kabila. A Mweka, Kasaï Oriental, il est fait mention de la tentative du bourrage d’urnes par Evariste Boshab, l’ex directeur de cabinet du président sortant. Dans beaucoup d’autres bureaux, notamment à Mbandaka, Equateur, et Kabinda, Kasaï Oriental, les chefs des bureaux n’acceptaient au dépouillement que les témoins de la famille politique du président sortant. D’autres cas des militaires et des policiers tentant de voter ont été enregistrés ça et là, de même que des électeurs en possession de plusieurs cartes tentant de voter plus d’une fois. Ces tricheries de la part des membres du PPRD ont en plusieurs endroits, provoqué la colère de la population résultant dans l’incendie des bureaux de vote, des maisons et autres biens de leurs auteurs.

C’est donc un réveil douloureux pour un parti qui, au lieu de s’implanter sociologiquement à la base, a cru pouvoir acheter le peuple à coup de billets de banque. Après avoir fait fonctionner l’appareil de l’Etat dans une opacité totale, après avoir brimé toute expression populaire dans une répression d’une barbarie stalinienne, après n’avoir affiché pour ce peuple rien d’autre qu’un mépris arrogant, la prétendue majorité présidentielle se rend compte aujourd’hui combien il est difficile d’effacer la mémoire d’un peuple.

On a joué leur jeu, sur leur terrain, selon leurs règles, avec leur arbitre et on attend le résultat. Les premières informations disponibles font état de la dispersion des voix entre les candidats de sorte qu’il est peu probable qu’une victoire au premier tour soit envisageable.

Pour le bien de la paix, on espère que la C.E.I. ne sera pas trop culottée pour sortir le candidat favori des occidentaux au premier tour. On a joué leur jeu et on est déterminé à le jouer jusqu’au fond afin de montrer au monde qu’on écrit pas l’histoire d’un peuple à sa place.

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