30 juillet : élections inclusives sans l’Ituri, le plus grand district du Congo. 1057

Ituri, la nuit du 30 juin au 1er juillet 2006. Des sources des ONG basées dans la région, l’on apprend qu’à partir de leur base du village de Kobokamu à 20 km au sud de Bunia, les miliciens du Front National des Intégrationnistes (FNI), issus des tribus Lendu et Ngiti, plus puissamment armés et de loin mieux équipés que les Forces Armées de la République démocratique du Congo (FARDC), ont lancé contre les positions de ces dernières une offensive surprise à Tsé.

Les miliciens qui sont dits porter les mêmes tenues que les FARDC ont réussi à créer une confusion totale au front, confusion défavorable aux soldats loyalistes dans les rangs desquels on enregistre déjà plusieurs morts.

Des détonations ont été entendues jusque dans la vile de Bunia. Tshe, Aveba, Medu, Tshai,… l’un après l’autre, les villages se sont aussitôt mis à tomber entre les mains des miliciens. Fuyant les combats, beaucoup de déplacés civils ont trouvé refuge à Bunia, dans des familles d’accueil pour les uns, dans des maisons inachevées pour les autres. Les plus chanceux sont pris en charge par les ONG internationales dont ‘‘Première Urgence’’ et ‘‘Solidarité’’ ; les moins vernis errent, dépaysés, ça et là dans la ville.

Les déplacés rapportent que les miliciens sont mélangés avec des ‘‘Rwandais’’. Il s’agit en effet, selon un militaire FARDC qui a joint sa famille à Bunia à partir du front, des soldats ruandophones de la brigade du Commandant BONANE de la deuxième région militaire, pourtant envoyés à Tsé pour renforcer les positions des FARDC.

Abasourdis, les observateurs constatent que l’Ituri brûle dans l’indifférence générale, sans émouvoir outre mesure ni l’ONU, ni l’UE, ni encore moins les autorités congolaises qui s’évertuent à répéter à tout bout de champ que les conditions d’organisation des élections, pourtant voulues inclusives et porteuses de paix, sont réunies. L’Ituri a beau être le district le plus grand et le plus peuplé du Congo, mais il n’arrêtera pas pour autant la Commission Electorale Indépendante (CEI) dans son entêtement à organiser ses élections à tous prix le 30 juillet 2006. Ne commence-t-elle pas déjà le déploiement de se kits électoraux le vendredi 14 juillet sur ‘‘toute’’ l’étendue du Congo.

A des milieux des kilomètres de l’Ituri où sévissent impunément ces hors-la-loi, l’armée et la police, formées et intégrées avec l’assistance financière et technique ‘‘généreuse’’ de l’UE, sur lesquelles on pourrait fonder les espoirs de maintien de la paix dans la période post-électorale, ne se signalent avec leur redoutable puissance de feu qu’à Mbuji Mayi, Kinshasa et Matadi, face à des civiles sans armes. Et même l’EUFOR, la force spéciale européenne, ne semble trouver aucun danger dans le chef de ces miliciens et prend plutôt pour cible la population civile de Kinshasa, devant laquelle est agitée la menace de la force létale.

Kinshasa, 30 juin, 2006, une militante de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) qui réclamait avec ses compagnons, lors d’une manifestation spontanée, des concertations entre acteurs politiques pour des élections plus crédibles, a été brutalement molestée, malgré sa grossesse de cinq mois, à coup de crosse et de bottes dans le ventre, le visage et les seins, par les braves policiers formés avec l’argent et l’expertise de l’UE.

Aux dernières nouvelles, elle a fait fausse couche et se trouve dans un état très préoccupant de suite de ce traitement brutal lui infligé par le policiers formés par les donneurs des leçons de la démocratie européenne dont on a entendu aucune condamnation, ne serait-ce que du bout des lèvres, de cette atteinte grave d’un autre âge aux droits humains.

Dommages collatéraux pour des élections dites libres, démocratiques et transparentes ? Pas étonnant que la réponse soit affirmative de la part de ceux pour qui mieux vaut régner en enfer plutôt que servir au paradis. Après tout, avec la menace de la justice internationale suspendue telle une épée de Damoclès sur leurs têtes, la perspective de servir un jour au paradis ne leur paraît rien de plus qu’un décevant mirage auquel ils préfèrent cet enfer qu’ils entretiennent et qui, après tout, n’est que pour les autres.

Mais est-il vraiment écrit que l’enfer ainsi créé et entretenu, sera toujours pour les autres ?

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