Y a-t-il un ophtalmologue dans la salle ? 1772

Y a-t-il un ophtalmologue dans la salle ?
Depuis ce qu’on appelle pudiquement « les événements du Bas-Congo », nous
entendons régulièrement parler de « massacres ». On a même ressorti le mot à la mode en
parlant de « génocide ». Et les massacrés, à l’unanimité de ces grand discours lamentatoires,
étaient décrits comme de « paisibles manifestants », voire même des gens « en prière ».
Une chose, en tous cas, était claire : on déplorait plus de 100 morts dans un événement
qui n’était pas une bataille. La police et l’armée avaient, à tous le moins, eu la main lourde !
Très lourde ! Et la « conspiration » opportunément découverte à cette occasion aurait fait rire,
si devant les morts, on ne s’était pas senti les lèvres un peu gercées…

Récemment, on a eu connaissance du rapport rédigé à ce sujet par « Human Rights
Watch », une ONG étrangère et, de ce fait, non suspecte de parti-pris politique, ethnique ou
régional. Enfin, donc, un avis que l’on pouvait supposer « neutre ».
Là où les choses deviennent surprenantes, c’est lorsqu’on lit les réactions que ce
rapport a suscitées. Celles-ci ont consisté, pour ainsi dire unanimement, a tomber à bras
raccourci sur le gouvernement « massacreur » de RDC. A croire que personne n’avait ses
lunettes sur le nez, ce jour là, ou que le recours à un ophtalmologue s’impose d’urgence.
Voyez plutôt ! (Tout le texte en italique est repris au rapport de HRW, par contre, les phrases
soulignées le sont par nous)
Le 31 janvier et le 1er février 2007, des partisans du groupe politico-religieux Bundu
Dia Kongo ont cherché à protester contre la corruption présumée durant les élections au
poste de gouverneur en suspendant la vie normale pendant une journée dite « journée morte
». La constitution congolaise garantit aux citoyens et aux groupes congolais le droit aux
manifestations pacifiques et légales. Dans la plupart des lieux, des partisans du BDK ont
mené de telles manifestations pacifiques sans difficulté.
Donc, à moins que le sens des mots ait changé, là où il y a eu des manifestations
pacifiques, elles n’ont pas été inquiétées. Et ceci bien que les autorisations n’aient, semble-til,
pas toujours été demandées dans les formes voulues. (Argument policier tellement
classique et éculé qu’il ne vaut pas qu’on s’y arrête)
Toutefois dans de nombreux cas, des manifestants du BDK, armés de matraques et de
bâtons, ont participé à des actes violents et illégaux, peut-être dans certains cas en réponse à
des provocations par des responsables du maintien de l’ordre. Ces manifestants du BDK ont
tué 10 officiers de police et soldats ainsi que deux civils, ont pénétré de force et ont pillé des
bâtiments gouvernementaux, et ont érigé des barricades afin de bloquer la circulation sur les
routes. Les manifestants ayant agi ainsi ont commis des crimes punissables selon le droit
congolais ; ceux qui sont accusés de ces crimes doivent être arrêtés et jugés selon des
procédures conformes aux normes internationales de procès équitables…
Selon les informations recueillies par Human Rights Watch, les manifestants du BDK ont
recouru aux actes suivants, parfois après une apparente provocation par des soldats ou des
officiers de police :
· Des partisans du BDK ont tué 10 officiers de police et membres de la police militaire
en les battant avec des bâtons et des pierres.
· Dans un cas, des partisans du BDK ont tué un officier de police dans une clinique
médicale où il était traité pour de précédentes blessures. La plupart de ces crimes ont
eu lieu à Muanda. Des partisans du BDK ont tué à Muanda deux civils dont ils
pensaient qu’ils provenaient ’autres régions que le Bas Congo.
· Deux partisans du BDK ont violé une femme près du commissariat de police de
Muanda.
· Des partisans du BDK ont blessé trois fonctionnaires d’État à Muanda (1 ANR et 2
SNEL,) en les battant avec des bâtons.
· Des partisans du BDK ont également blessé trois civils dont ils pensaient qu’ils
provenaient d’autres régions que le Bas Congo. Les six personnes ont été si
gravement blessées qu’elles ont dû être hospitalisées.
· A Boma des partisans du BDK ont blessé des résidents locaux qui ne soutenaient pas
leur « journée morte », y compris le chauffeur de bus de Bralima et son assistant. Ils
ont aussi endommagé le bus.
· Des partisans du BDK ont saccage des bureaux du gouvernement à Muanda et ont
détruit de l’équipement de bureau. Ils ont également endommagé le CEI (commission
électorale) et un commissariat de police à Boma.
· Des partisans du BDK ont illégalement érigé des barrages routiers à travers le Bas
Congo afin de bloquer la circulation sur la route nationale et dans les villes
principales telles que Boma et Muanda.
Quelques détails méritent qu’on s’y arrête.
L’être humain a la vie dure. Tuer à coups de pierre et de bâton demande de
l’acharnement et prend du temps. Avec une arme à feu, au contraire, un coup peut partir trop
vite, parce qu’il suffit d’une crispation de l’index pour tuer. Tuer de cette manière suppose
une volonté de tuer bien arrêtée et persistante, car il s’agit d’un effort rude et prolongé. En un
mot comme en cent, il faut, pour tuer uniquement à l’aide d’instruments contondant une
volonté homicide et un déchainement de rage et de haine qui laisse une impression fort
désagréable.
On s’en est pris à des gens simplement parce qu’ils semblaient ne pas être originaires
du Bas-Congo. Cela s’appelle au choix du racisme, de l’ethnisme ou de la xénophobie. Dans
tous les cas, c’est une attitude foncièrement négative et parfaitement méprisable, qui n’est
JAMAIS admissible.
Le recours à la violence envers les gens qui ne décidaient pas se joindre à la « journée
morte » serait, quant à lui, comique s’il n’y avait des blessés à l’hôpital. Car enfin, si les
organisateurs de celle-ci s’arrogent le droit de faire respecter leur mot d’ordre par la violence,
quel doit ont-ils encore, ensuite, de se plaindre quand on les réprime ?
Des soldats de l’armée congolaise et des officiers de police ont réprimé les
manifestations avec un usage excessif de la force dans de nombreux cas, tuant plus de 100
civils et faisant des vingtaines de blessés. C’est le droit et le devoir de tout gouvernement de
stopper les crimes comme le meurtre de ses responsables du maintien de l’ordre ainsi que la
pénétration forcée et le pillage de bâtiments gouvernementaux.
Pour résumer les choses, la répression a été trop forte, trop violente, trop prolongée
(c’est d’ailleurs après les événements violents qu’ont eu lieu des faits comme les tirs sur des
zikua, faits parfaitement injustifiables). On semble bien avoir tiré sans sommation, et oublié
systématiquement qu’avant d’ouvrir le feu, on peut recourir à d’autres moyens, violents peutêtre,
mais moins mortels ! Tout cela est excessif et inadmissible, mais cela s’est produit à la
suite d’une situation dans laquelle la répression elle-même était amplement justifiée. Il n’y
a pas eu « massacre de manifestants pacifiques »
Le noeud du problème est facile à saisir : la RDC n’a ni soldats ni policiers dignes de
ce nom. Entendez par là des gens ayant de la discipline, du sang-froid et la consigne ferme
d’éviter de se servie de leurs armes jusqu’à la dernière extrémité. Ce fait est le secret de
Polichinelle.
Tout le monde sait donc que, si l’on met l’autorité dans une situation telle, que le
recours à la répression soit inévitable, il y aura du sang et des morts, dont pas mal de victimes
innocentes (car la précision de leur tir vaut leur discipline).
Malheureusement, sachant cela, il y a des politiciens suffisamment pourris d’ambition
et dépourvus de scrupule pour pousser les plus fanatiques de leurs fidèles à user les premiers
de la violence, pour avoir ainsi des cadavres à brandir. Ils poussent ainsi leur carrière, en la
nourrissant du sang des autres. En bon français, on appelle cela des vampires !
© DP, le 23 avril 2007

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