Vous avez dit « sécurité » ? 2010

On pourrait se demander ce qu’il y a exactement derrière les interminables discussions, commentaires et palinodies autour de ce que l’on appelle « les conditions de sécurité » mises par Jean Pierre Bemba à son retour éventuel à Kinshasa..

Et l’on pourrait trouver, soit que Bemba est pusillanime en exprimant tant de craintes pour sa sécurité, soit que Kabila fait vraiment trop la mauvaise tête et devrait tout de même « faire un geste »… Certains commentaires semblent se référer à des écoliers après une partie de billes qui a mal tourné…

En réalité, ni l’un, ni l’autre des protagonistes n’est en mesure de bouger sans scier la branche sur laquelle il est assis !

Remontons à l’origine, c’est-à-dire aux incidents de la fin mars. C’était déjà la sécurité qui était en cause alors.

Lorsque le dialogue inter-congolais avait accouché de cet étrange mostre qu’était le « 1+4 », il avait fallu que toutes les « composantes » acceptent de prendre part au pouvoir (ce qu’on accepte en général volontiers) mais aussi de venir siéger dans la capitale (ce qui était moins évident, celle-ci étant aux mains d’un seul des « quatre »). On connaît la solution qui fut trouvée : chacun amena une « garde rapprochée » qui n’était rien d’autre qu’une petite armée.

Très logiquement, ces gardes devaient disparaître à la fin de la transition. Dans l’Etat de Droit issu des élections, il ne pouvait plus y avoir qu’une seule armée. La subsistance de « gardes » aurait équivalu à autoriser des milices privées.

Ici, beaucoup de gloses inutiles ont été élaborées à partir de l’existence d’une garde présidentielle. Et l’on ne peut, effectivement, que déplorer la tendance trop répandue qu’ont les chefs d’atats africains à s’entourer d’une garde prétorienne[1] dont le comportement est rarement un modèle ou un exemple. Mais il ne faut pas confondre la moralité d’une unité militaire avec sa légitimité juridique.

Au moment où les incidents ont éclaté, Bemba s’était résigné au résultat des élections. Il fallait donc qu’eil en tire les conséquence et accepte la dissolution de ses « gardes » et leur absorption dans l’Armée.

Son refus – ou celui de ses soldats – provoqua les fameux incidents.

Cela fut un choc énorme, non pas tellement parce qu’on s’en prenait à la capitale, que parce que Kinshasa était jusqu’ici, la seule partie du Congo où l’on ne s’était jamais battu ! Il n’y avait donc plus de « sanctuaire »., où l’on puisse être, sinon « bien », du moins à l’abri des canons. C’est cela, et non une quelconque « arrogance des gens de la capitale » qui expliquait la réaction horrifiée des Kinois.

Il s’ensuit que revendiquer la responsabilité d’avoir déclenché la « violation du sanctuaire » serait suicidaire.

Or, c’est exactement ce qui risquerait de se produire à l’occasion de cette question de la « sécurité de Bemba ».

Si celui-ci rentre au Congo, et déclare qu’il considère sa sécurité suffisamment assurée par douze policiers, il admet ipso facto que le problème de sa sécurité ne s’est jamais posé, donc qu’il aurait dû accepter la dissolution de sa garde à la première demande qui lui en a été faite.

Il reconnaîtrait donc avoir voulu conserver une milice privée, à des fins qui de toute manière ne pouvaient guère être avouables… Autrement dit, il apporterait lui-même de l’eau au moulin de ceux qui souhaiteraient le mettre en accusation pour Haute Trahison.

En outre, il se reconnaîtrait par là une part de responsabilité non négligeable dans les incidents de mars…

Si Joseph Kabila, pour donner aux partisans de Bemba la satisfaction d’assister au retour de leur Chairman, faisait des concessions en matière de sécurité, acceptait par exemple à côté des douze policiers la présence d’une « garde » (quelle que soit son nom) ayant un certain caractère militaire, il donnerait raison a posteriori à son adversaire, puisque cela reviendrait à admettre au moins en partie le bien-fondé du refus de Bemba.

Dès lors, le recours, déjà pour le moins discutable, à des chars et à des canons en pleine ville, qui n’aurait même plus pur lui l’apparence de la légalité, deviendrait une faute encore bien plus lourde.

La moindre concession est donc impossible à l’un comme à l’autre. On n’est pas près de voir le bout du tunnel !

© Guy De Boeck 3/08/2007

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