11 Novembre 2006 17h36
Des tirs ont retenti durant près de trois heures samedi à Kinshasa, aux alentours d’une résidence du vice-président congolais Jean-Pierre Bemba, alors que se poursuit la publication des résultats partiels du 2e tour de la présidentielle qui donnent l’avantage au sortant Joseph Kabila.
Aux premières rafales d’armes automatiques se sont mêlés des tirs d’armes lourdes en provenance du cimetière dans le quartier administratif de la Gombe (nord), distant d’une centaine de mètres de la résidence officielle de M. Bemba, située de l’autre côté du Boulevard du 30 juin.
Les tirs ont cessé vers 12H00 GMT, selon un photographe de l’AFP.
Des militaires affectés à la garde de M. Bemba et postés près de la résidence ont affirmé à l’AFP que leurs hommes affrontaient des éléments de la Garde républicaine (GR, ex-Groupe spécial de sécurité présidentielle) à proximité du cimetière.
Un officier occidental a cependant indiqué à l’AFP, sous couvert d’anonymat, n’avoir pas « connaissance de déploiement offensif » de la GR et a ajouté que des tirs d’armes légères avaient été échangés aux environs du cimetière entre des policiers et des groupes de « shégués » (jeunes des rues), encadrés par des éléments en civil armés de la garde de M. Bemba.
« Il est difficile de dire qui a tiré et nous n’avons aucun bilan », a-t-il ajouté, précisant que la GR avait patrouillé dans la matinée mais ne s’était pas « engagée ».
Le ministre de l’Intérieur de RDC, le général Denis Kalume Numbi, a prévenu en début d’après-midi que l’armée interviendrait si le calme ne revenait pas.
« La police contient la situation et l’armée va faire son travail si la situation ne se décante pas dans les heures qui vont suivre », a-t-il déclaré à la télévision nationale.
Le chef de la Mission de l’ONU en RDC (Monuc), William Swing, s’est rendu dans l’après-midi à la résidence privée de Jean-Pierre Bemba, située au bord du fleuve Congo, accompagné du général sénégalais Babacar Gaye, commandant de la force de la Monuc, qui compte 17.600 Casques bleus dans le pays.
Selon une source diplomatique, M. Swing devait demander à M. Bemba d’appeler ses partisans au calme.
« S’il (M. Bemba) lance un message et que les gens l’écoutent, la situation va se calmer. Si la situation perdure, je crois que l’armée sera obligée d’intervenir », a ajouté le général Kalume, saluant l’intervention de M. Swing, dans son message télévisé.
Le général a accusé « quelques jeunes, avec des personnes en civil, déguisés, avec armes » d’avoir « tenté de perturber l’ordre ».
Aucun bilan des tirs n’était disponible samedi après-midi. Des photographes de l’AFP ont vu un élément de la garde rapprochée de M. Bemba blessé et un policier tabassé par des « shégués ».
« On fait tout pour calmer la situation. Nous sommes à une semaine des résultats du second tour » de la présidentielle, a assuré le directeur de cabinet de M. Bemba, Fidèle Babala, joint par l’AFP en fin de matinée.
La Commission électorale indépendante (CEI) doit annoncer d’ici le 19 novembre les résultats complets du second tour de la présidentielle du 29 octobre.
Mi-août, à quelques heures de la publication des résultats du premier tour, les troupes de MM. Kabila et Bemba s’étaient affrontées dans la capitale, faisant au moins 23 morts en trois jours.
Les incidents de samedi ont commencé dans la matinée quand des « shégués », réputés favorables à M. Bemba ont incendié des pneus et jeté des pierres sur des véhicules, à un carrefour proche de la résidence du vice-président.
Des policiers les ont dispersés, notamment en tirant en l’air, avant de fuir les lieux, a constaté un photographe de l’AFP.
Des blindés de la Monuc, en position près de la résidence du vice-président depuis plusieurs semaines, n’ont pas fait mouvement. En fin de matinée, cinq autres blindés de l’ONU ont été envoyés en renfort dans ce secteur.
De son côté, la force européenne Eufor, qui dispose actuellement de 1.400 hommes à Kinshasa, est restée cantonnée dans ses quartiers et a fait décoller des hélicoptères, « pour surveiller la situation », selon son porte-parole, le lieutenant-colonel Thierry Fusalba.
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