Au moins 18 civils ont été tués et 11 ont été blessés dans la nuit entre lundi et mardi au cours d’une attaque perpétrée en guise de représailles contre un petit village situé à proximité de Nindja, localité du Sud Kivu (province orientale de la République démocratique du Congo) à environ 80 kilomètres du chef-lieu Bukavu.
Selon des sources de la MISNA contactées sur place, hier toute la zone de Nindja a été le théâtre de violents combats entre des hommes de l’armée régulière et des éléments liés aux groupes dits Interhamwe. L’armée congolaise est engagée de longue date dans des opérations visant à faire barrage aux nombreux groupes armés qui se cachent encore dans les denses forêts de cette zone du pays, située à proximité de la frontière avec le Rwanda, et qui ne semblent pas avoir l’intention de déposer les armes ni de participer aux programmes de réinsertion voulus par Kinshasa et par la communauté internationale.
Selon la reconstruction effectuée en recueillant des témoignages auprès de quelques habitants ayant réussi à échapper aux violences (parmi ceux-ci figurent aussi 16 fillettes, enlevées il y a quelques jours), les combats d’hier auraient déchaîné des représailles à l’encontre du village se trouvant près de Nindja. Un groupe d’hommes armés, que l’on peut reconduire semble-t-il aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) intervenus pour aider les Interhamwe ont fait irruption dans le village, tuant et brûlant des habitations, enlevant une cinquantaine de personnes. Les FDLR sont la formation antigouvernementale rwandaise qui a annoncé ces dernières semaines à Rome vouloir abandonner la lutte armée et rentrer dans leur pays.
« Il est désormais très difficile d’étiqueter ces groupes armés avec des définitions et des sigles » explique une source de la MISNA en commentant les rumeurs sur les responsabilités présumées dans cette attaque et sur les protagonistes des combats. “Dans cette zone du Congo les cartes se sont mélangées. Des éléments appartenant aux nombreuses milices des temps de guerre – Mudundu 40, Interhamwe, Maï-Maï, FDLR ou plus récemment les Rasta – s’allient en fonction des nécessités, ayant en commun l’absence absolue d’intention de déposer les armes. Les gens d’ici les qualifient simplement de « bêtes ». Il s’agit de groupes qui continuent à faire ce qu’ils font depuis des années, à savoir utiliser des fusils pour voler du pain, de l’argent et les rares biens de ces personnes qui continuent de subir des vexations de la part de quiconque possède une arme » conclut l’interlocuteur de la MISNA.
Un « chaos » qui a porté la Mission des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC) à préciser qu’il n’a pas encore été possible d’identifier clairement les responsables de l’exécution de ces civils. La question jamais résolue de la présence dans l’est congolais (spécialement dans les provinces du Nord et du Sud Kivu) de groupes comme les FDLR, les Interhamwe et les ex-FAR continue de représenter une des principales entraves au processus de paix, soutenu par la communauté internationale, qui a suivi les accords ayant mis fin à ce qui a été qualifié de « première guerre mondiale africaine »; un conflit qui de 1998 à 2002 a causé plus de trois millions et demi de morts.
