L’actualité politique du week-end en République Démocratique du Congo reste dominée par deux événements majeurs qui risquent d’avoir un impact déterminant sur le résultat du deuxième tour de l’élection présidentielle du 29 octobre.
Il s’agit, premièrement, du grand coup politico-médiatique réalisé par l’Alliance pour la Majorité Présidentielle (AMP) avec la signature du protocole d’accord formalisant le choix du Patriarche Antoine Gizenga Fundji comme Premier Ministre. Avec plus de 260 députés, 300 selon d’autres sources, l’AMP détient en effet la majorité absolue au sein de la nouvelle assemblée nationale. Elle devrait donc former le prochain gouvernement issu du processus électoral en cours en République Démocratique du Congo. Il ne reste plus, désormais, qu’à savoir comment va s’exprimer effectivement le rapport des forces au sein de l’Alliance, notamment en termes de distribution des portefeuilles ministériels. En attendant, cette nouvelle étape illustre parfaitement l’état d’esprit conquérant au sein de la plate forme présidentielle, où tout est mis en œuvre pour conduire le Président sortant à la victoire lors du deuxième tour du scrutin présidentiel prévu pour le 29 octobre prochain.
Le deuxième événement, ce sont sans conteste les passes d’armes à fleurets mouchetés qui se poursuivent au sein de l’Udps sur la question du soutien de la nouvelle coalition (UN) conduite par le Chairman Jean Pierre Bemba Gombo dans la perspective du second tour de la présidentielle. Des passes d’armes qui ont réussi l’incroyable tour de force d’éclipser à la fois le lancement de la campagne des élections provinciales et la publication, vendredi, de la structure officielle de l’Union pour la Nation, elle aussi déterminée à porter Jean Pierre Bemba Gombo à la magistrature suprême.
La balle dans le camp de Bemba
Toutes choses restant égales par ailleurs, beaucoup d’analystes dans la capitale de la RDC sont aujourd’hui d’accord sur le fait que la balle se trouve, à ce stade du débat, dans le camp de Jean Pierre Bemba Gombo. Non seulement parce que le leader du MLC a un handicap sérieux à combler de plus de 20 points par rapport à son adversaire du deuxième tour, mais aussi et surtout parce qu’il devrait, dans sa démarche de conquête des suffrages des militants de l’Udps, faire preuve d’imagination afin que la querelle qui court n’empoisonne pas le climat dans son camp, mais devienne plutôt l’occasion d’une nouvelle dynamique, porteuse d’espérance.
La balle se trouve enfin dans le camp de Jean Pierre Bemba Gombo dans la mesure où, au regard des résultats du premier tour, il disposerait effectivement d’une importante réserve des voix, notamment au centre et à l’ouest, qu’il lui appartient de réveiller, de convaincre et de mobiliser, là où, pour des raisons connues de tous, le candidat de l’AMP éprouverait de très sérieuses difficultés à faire passer son message dans une opinion qui lui reproche, à tort ou à raison, les principales dérives de la transition et surtout d’être plus sensible à ce que disent les partenaires extérieurs qu’à ce que souhaitent réellement les Congolais.
La première question à laquelle, par rapport à cette donne, l’UN devra répondre honnêtement reste cependant celle de savoir si les militants de l’Udps que cette coalition entend séduire s’étaient effectivement enrôlés. Question d’autant plus vitale qu’il serait suicidaire de confondre la foule anonyme et bruyante qui participe aux meetings, marches et accueils avec les vrais électeurs disposant effectivement de leurs cartes. Deuxième question : l’UN a-t-elle les moyens, au regard des accusations que certains de ses membres avaient lancées à l’issue du premier tour, de contrôler l’ensemble du dispositif déployé par la CEI et dont il a été dit, à tort ou à raison, qu’il favoriserait la fraude ? Cette question est d’autant plus cruciale qu’il ne servirait, en effet, à rien d’aller tête baissée à des élections dont on sait à l’avance qu’elles sont mal organisées pour venir, par la suite, lorsqu’on a échoué, crier à la fraude. C’est justement toute la différence de la position de l’Udps par rapport à celles d’autres acteurs politiques, alors que les affrontements armés de la fin août dans la capitale indiquent clairement que les esprits ne sont toujours pas, à priori, prêts à accepter le verdict des unes quel qu’il soit. En revanche, décider d’aller au deuxième tour suppose que tout a été balisé, que des témoins ont été déployés dans le moindre recoin avec des moyens d’une communication instantanée, que les résultats seront transmis à la CEI et communiqués au public aussitôt leur affichage par les bureaux de dépouillement, que les trous par lesquels les tricheries s’organiseraient ont été bouchés, qu’enfin il n’y a sur le territoire national le moindre coin ou recoin où le message de l’UN ne soit passé et repassé.
S’agissant du soutien éventuel des sympathisants de l’Udps, qui se seraient miraculeusement fait enrôlés, il n’échappe sans doute pas au chairman que leur attachement légendaire à la fille aînée de l’Opposition congolaise implique qu’ils n’auront jamais, à aucun moment, le sentiment que leur parti, ou ses dirigeants, sont ou seront les dindons d’une nouvelle farce politique. Une vision que laissent malheureusement transpirer les tiraillements en cours, dont la plupart des partisans de l’Udps retiennent à ce stade, au mieux qu’il s’agit d’une provocation, au pire d’une escroquerie politique. L’histoire de ce parti est si riche des épisodes d’exclusions, d’auto-exclusions ou de débauchages qu’un tel développement ne serait nullement une surprise pour personne si le résultat devait permettre au parti de conserver sa dignité et son orthodoxie, même au prix d’une nouvelle vague de départs qui ne changeraient absolument rien à l’âme, à l’identité, à la quiddité de l’Udps.
Dans ce capharnaüm où il n’est pas toujours évident, pour ceux que la vérité blesse toujours, de distinguer celle-ci de leur propre mensonge auquel ils ont fini par croire, la première démarche du chairman devrait particulièrement consister à mettre fin à la triste et lamentable confusion qui se déroule sous nos yeux. C’est-à-dire à faire taire les communiqués et contre-communiqués qui, s’ils expriment heureusement la richesse, la puissance et la vitalité de l’expression démocratique au sein de l’Udps, n’en fragilisent pas moins, au fur et à mesure qu’ils radicalisent les comportements, l’UN ainsi accusée de vouloir extorquer le soutien de l’Udps sans passer par la voix la plus autorisée, dont pourtant l’impact dans l’opinion confirmerait les espoirs légitimes des uns et des autres. Bref, l’UN serait mieux inspirée de demander à ceux des cadres de l’Udps qui lui sont proches d’éviter la provocation, et surtout de garder le profil bas tout en s’investissant à amplifier la dynamique du 27 juillet.
La deuxième chose que l’UN devrait demander à son champion, c’est de ne pas occulter, bien au contraire, le lourd contentieux qui oppose l’Udps à tous ceux qui ont géré la transition congolaise depuis le Dialogue intercongolais en Afrique du sud à ce jour. Jean Pierre Bemba Gombo ferait ainsi preuve de courage politique en prenant sa part de responsabilité dans tous les rendez-vous ratés, dans les manœuvres qui ont conduit à la signature de l’Accord partiel de l’Hôtel Cascades, au non respect du gentlemen agreement ainsi qu’à l’exclusion de l’Udps non seulement de la gestion de la transition, mais aussi de l’ensemble du processus électoral. Cette confession courageuse, ce mea culpa public suivi d’un engagement ferme à ne travailler désormais – que l’issue du scrutin soit favorable ou non – pour l’intérêt du peuple congolais et non seulement pour satisfaire une ambition personnelle ferait indiscutablement avancer le dossier de l’UN, si pas auprès d’Etienne Tshisekedi en personne – qui ne devrait pas être poussé à se dédire, à tout le moins individuellement parmi les combattants de l’Udps, dont on sait pertinemment bien qu’ils ont quelques comptes à régler avec certains gestionnaires de la transition.
Parce qu’aucun prix n’est assez fort, aucun sacrifice de trop sur le chemin de la puissance et de la gloire, JP Bemba ne devrait pas hésiter à faire preuve d’humilité, à reconnaître sa part dans les erreurs qui ont été commises et l’injustice faite à l’Udps tout au long de cette transition, à fournir des gages sérieux et crédibles pour l’avenir, enfin à faire des propositions concrètes et réalistes sans qu’il soit besoin d’obliger un homme – Etienne Tshisekedi – dont on connaît l’attachement aux principes, à se dédire, ou à se contredire, en public ou en privé.
