Si toutes les Congolaises pouvaient voter pour les femmes candidates 865

KINSHASA, 28 avr (IPS) – Avec quatre femmes candidates retenues pour la prochaine élection présidentielle en République démocratique du Congo (RDC), certaines femmes congolaises souhaiteraient voir toute la gent féminine – 52 pour cent des électeurs du Congo – voter massivement pour les dames.

« Si toutes les femmes congolaises pouvaient porter leur choix sur les femmes candidates aux différents postes politiques, lors des prochaines élections générales, elles placeraient une femme à la tête de la République, disposeraient d’une majorité de 52 pour cent de femmes au Parlement national et dans les entités décentralisées », s’exclame Monique Mbole, une enseignante de Kinshasa, la capitale de la RDC.

Ce rêve de Mbole n’a malheureusement pas de chances de se réaliser, tout au moins pour le moment, les femmes congolaises n’étant pas non seulement unanimes à le partager, mais curieusement, aussi paradoxalement que cela puisse paraître, elles ne semblent pas prêtes à voir une femme à la tête de l’Etat congolais.

C’est la conclusion d’un mini-sondage informel effectué par IPS auprès d’une vingtaine de femmes, toutes catégories socioprofessionnelles confondues, dans deux communes de la capitale. La commune de la Gombe, où habitent des gens assez instruits et qui sont supposés être plus informés de l’enjeu électoral et de la condition de la femme congolaise; et celle de Barumbu, plus commerçante et regorgeant de plus de femmes
aux conditions sociales modestes. Sans prétendre être scientifique, ce mini-sondage montre néanmoins une photographie des intentions de vote des femmes congolaises envers les dames candidates.

Dans la commune de la Gombe, 16 femmes sur 20 se sont exprimées en défaveur des femmes candidates et quatre n’avaient pas d’opinion. Chez les femmes de Barumbu, c’est 20 sur 20 contre.

Le processus électoral en cours a toutefois révélé un engouement réel des femmes congolaises vers des postes politiques bien que le rapport entre les candidats hommes-femmes soit encore trop disproportionné au détriment des femmes. Sur 33 candidats à la présidentielle, seules quatre femmes ont été retenues par la Commission électorale indépendante malgré la caution financière particulièrement élevée pour elles – 50.000 dollars US.

Dans un pays où la majorité écrasante des citoyens vit sous le seuil de la pauvreté, il est déjà difficile qu’un candidat male puisse se délester d’une somme de 50.000 dollars non remboursables pour valider sa candidature.

A cet égard, Justine Kasavubu, la fille de Joseph Kasavubu, le premier président du Congo à l’indépendance, en 1960, elle-même candidate à la magistrature suprême, avait déclaré : « Cette caution financière exigée dans la loi électorale pour la course à la présidentielle est une manière déguisée de dissuader et d’éliminer les candidatures féminines dans la mesure où aucune femme ne peut disposer de 50.000 dollars dans son compte en banque ».

Cependant, les quatre femmes ont pu réunir la somme exigée et se placer en position égale des hommes au départ de la course pour le fauteuil présidentiel. Ce sont Kasavubu, éphémère ancienne ministre sous l’ancien régime de Laurent Désiré Kabila, Catherine Nzuzi wa Mbombo, ancienne gouverneur de la capitale, sous Mobutu, Wivine N’Landu, épouse de Ngz a Karl-I-Bond, ancien ministre des Affaires étrangères sous Mobutu, et
Marie-Thérèse N’Landu, sa jeune sœur, avocate au barreau de Kinshasa. Elles auraient dû bénéficier des encouragements des femmes congolaises et de leurs votes, ce qui ne semble malheureusement pas le cas.

Kasavubu ne plairait pas à beaucoup de femmes à cause de ses prises de positions jugées trop viriles et extrémistes. « Physiquement, c’est une femme, mais en réalité un homme dans son mental », a confié à IPS, une femme magistrate de la Gombe, qui a requis l’anonymat.

Nzuzi wa Mbombo ne plairait pas non plus pour s’être, selon des femmes de la commune de Barumbu,  »trop mal comportée » sous le régime de Mobutu. « Elle devra nous dire avec quel argent elle a acquis un hôtel de haut standing à Johannesburg », a déclaré à IPS, Sabine Kahotwa, une femme commerçante faisant la navette entre Kinshasa et la capitale économique sud-africaine.

Quant aux deux sœurs N’Landu, les femmes leur reprochent le fait de s’être présentées à deux pour un même poste dans une même famille. « C’est une preuve que déjà, elles ne s’entendent pas en famille. Ce n’est pas une prémisse positive pour une candidate présidente de la République auprès des électrices que nous sommes », estime Esther Ngalula, professeur de psychologie à l’Université à Kinshasa.

Au total, les femmes congolaises jugent, mal ou trop sévèrement, les femmes qui ont exprimé l’ambition de briguer la magistrature suprême. L’image que se font d’elles les électrices potentielles, d’une manière générale, amenuise fortement les chances de chacune d’elles d’espérer gagner l’élection présidentielle.

En revanche, les hommes sont paradoxalement plus positivistes. Une grande majorité d’entre eux trouve normal que la femme congolaise puisse concourir pour des postes politiques, mais estime qu’il est trop tôt qu’une femme espère gagner une élection présidentielle en RDC pour le moment. « Les mentalités ne sont pas encore prêtes pour cela », explique Jean Mbela, professeur de sociologie de l’Université de Kinshasa.

Beaucoup de Congolais interrogés à Kinshasa disent n’avoir pas été choqués par la victoire de la technocrate Ellen Johnson Sirleaf contre le footballeur George Weah à la récente présidentielle du Libéria, mais, estiment-ils, chaque pays doit évoluer à son rythme.

« Les femmes, qui se sont portées candidates à la magistrature suprême en RDC, ne sont pas moins méritantes que leurs homologues hommes. Certaines comme Catherine Nzuzi wa Mbombo déclarent vouloir apporter une touche maternelle à la gestion du pays », affirme à IPS, Roger Kapita, un analyste politique.  »N’est-ce pas peut-être cette approche genre qui
nous aura manqué à nous hommes depuis 46 ans d’indépendance et de tâtonnement dans la gestion de la chose publique? », demande-t-il.

Les pesanteurs culturelles sont encore trop fortes pour que les femmes fassent totalement confiance aux femmes politiques. Cependant, on remarque un certain intérêt en faveur du vote féminin chez les jeunes femmes instruites. Elles ont entre 20 et 30 ans et se recrutent dans les instituts d’enseignement supérieur et les universités. Pour elles, la femme congolaise a toutes les capacités pour diriger ce pays d’Afrique centrale d’environ 60 millions d’habitants. Elles se disent déterminées
à voter pour l’une ou l’autre des femmes candidates aux postes politiques.

Eve Bazaiba, secrétaire nationale chargée, à l’UDPS, des relations avec la Mission des Nations Unies au Congo, en voie d’être expulsée de ce parti d’opposition pour avoir posé sa candidature à la députation en dépit du boycott, passe pour avoir le profil type d’une femme politique capable de diriger le pays aux yeux de ces jeunes femmes intellectuelles. (L’UDPS est l’Union pour la démocratie et le progrès social de l’opposant Etienne Tshisekedi).

« Il est important qu’elle brigue d’abord un poste de député afin de se faire la main. Après, elle pourra briguer la magistrature suprême », estime Gisèle Kambula, étudiante en droit à l’Université de Kinshasa.

La date initialement prévue pour le scrutin présidentiel est le 18 juin, mais elle pourrait être modifiée après de récentes consultations aussi bien au niveau national qu’avec la communauté internationale qui finance la majeure partie du processus électoral. (FIN/2006)

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