Ce fait génétique, inédit, constitue l´une des révélations du précieux catalogue de la fameuse exposition « Os negros em Portugal – sécs. XV a XIX », programme conçu, au début de cette décennie, dans le cadre de la Commission Nationale pour les Commémorations des Découvertes Portugaises.
S´étalant sur 241 pages, ce remarquable album restitue donc la substance de cette « amostra » dans laquel l´on retrouve des reproductions de vestiges archéologiques, de manuscrits d´archives, d´objets d´art, de bas reliefs, de peintures et gravures anciennes, de dessins divers, de cartes, de plans de villes, d´écussons, de photographies et une quinzaine de chapitres commentaires sur, notamment, en tête de liste, le courageux thème de la génétique.
Les autres articulations de l´ouvrage sont liées á la très notable présence d´esclaves noirs au Portugal avant la grande et frénétique expansion maritime, du milieu du XV éme siècle, de l´époque romaine á la période arabe, aux premiers contingents de captifs venus, á partir de 1441, des cotes de l´Afrique occidentale et á la prévisible poursuite des flux esclavagistes vers la Péninsule Ibérique, parallèlement au spectaculaire développement du commerce triangulaire.
L´on y note aussi des chapitres portant sur les taches pénibles d´ateliers et autres petits métiers de labeur auxquels étaient astreints les « negrinhos », leur subséquent univers social, l´insertion des esclaves et autres africains affranchis dans les consolantes confréries religieuses, la facile victimisation inquisitoire des africains, leurs loisirs et le lent processus de l´abolition de l´esclavage au Portugal.
L´ouvrage dresse également une galerie de portraits de certaines personnalités noires ou métisses, la plupart, nées au Portugal ou au Brésil, (écrivains, peintres, hommes d´Eglises, officiers supérieurs, administrateurs, médecins, etc.) qui se sont distinguées dans le pays de l´infante D. Henrique. Et, l´on y note le baron Manuel José Puna, Prince cabindais, né á Coimbra, l´un des signataires du Traité de Simulambuco, de 1885.
APPROCHE CYTOLOGIQUE
Le catalogue aborde, naturellement, l´influence culturelle engendrée par l´installation de centaines de milliers de mélano -africains au Portugal, dans des domaines aussi divers que la langue, la sculpture, la tapisserie, la cuisine, la musique et la religion.
L´on révélera parmi les cristallisations d´origine africaine notées dans la langue de Camoes, des termes tels que banana, cacimba, cacimbo, furisco, missanga et soba.
Celles-ci sont aussi attestées, comme l´on pouvait s´y attendre, dans une centaine de localités du territoire lusitanien (sites d´anciens cimetières d´esclaves, monts, cours d´eau, fermes, potagers, pinières, etc.). Ces toponymes se rencontrent dans des villes aussi diverses qu´Aveiro, Braga, Coimbra, Evora en passant par Lisbonne et Porto.
Les termes noirs ou negres sont repris sous de dizaines de formes pretelha, pretetes, pretarouca, negrais, negracho, negrelos, etc.
La grande identité musicale lusitanienne, le fado, tire, aussi, selon José Luis Neto, dans sa contribution intitulée « Echanges et influences réciproques », ses origines de cette migration venue de « l´Ethiopie occidentale ».
Très enclins á la fête, les négro -africains ont, finalement laissé en héritage, à Moncorvo, dans le Tras –os- Montes, la fête dos « Pretos ».
La singulière ferveur religieuse des « captifs » convertis au christianisme a provoqué l´émergence, dans de nombreuses localités, des saints et des anges noirs, souvent assimilés aux dieux et déesses des panthéons africains.
Et, avant la dynamique inculturaliste moderne, les « negraxos » bantu introduisirent, au XVII éme siècle, dans le cadre des manifestations de la confrérie de Notre Dame do Rosario do Salvador, ordre se revendiquant ouvertement de la « naçao Congo/ Angola », les marimbas (xylophones) , les congos et cangaz (tambours).
Le volet génétique est abordé par Antonio Amorim dans une contribution intitulée « Esclaves africains au Portugal ».
Ce spécialiste de l´hérédité humaine, après une cartographie du gène HBB –S, responsable d´une maladie hématologique virtuellement absente des populations de l´Europe septentrionale et centrale, a constaté sa prédominance au sud du Portugal, particulièrement dans les vallées du Sado et du Sorraia.
Sa classification de ce gène recoupe, curieusement, le triptyque esclavagiste de l´Afrique occidentale avec les distinctions senegal, benin et bantu ; ce dernier registre faisant référence, pour l´essentiel, á l´actuel territoire de l´Angola (le vaste Royaume du Kongo et ses territoires alliés ainsi que l´ancienne Colonie portugaise d´Angola, avec ses esclavagistes villes de Luanda et Benguela).
Le perfectionnement des méthodes de recherche dans ce domaine de pointe (marqueurs génétiques et variations de l´ADN) confirmera, sans nul doute, en plus de traces culturelles mises en évidence, l´empreinte héréditaire laissée par les 10 000 noirs qui constituaient au milieu du XVI éme siècle, 10% de la population de Lisbonne. En effet, l´on y enregistrait, á cette époque, au moins, 20 groupes ethniques africains différents.
En 1700, l´on estimait la population esclave de l´agglomération de l´embouchure du Tage á 30 000 individus.
L´un des enseignements qu´il faudra retenir de cette approche cytologique est que le trafic triangulaire des esclaves a été également une véritable aventure génétique.
Recension par :
Simao SOUINDOULA
Directeur du Musée National de l´Esclavage
Et Coordonnateur du Comité pour l´Angola du Projet de l´UNESCO « La Route de l´Esclave »
C.P. 2313
Luanda (Angola)
E-mail : bantulink@yahoo.fr
