R.D.Congo : le principe et la matière d’un possible dialogue 1013

Il semble que la possibilité d’une concertation entre les congolais soit envisageable avant les élections. Une déclaration rendue publique le jeudi 22 juin 2006 à l’issue d’une rencontre interinstutionnelle confirmerait l’ouverture de la Présidence de la République à « des négociations dans un cadre plus large en vue de préserver la crédibilité et la sincérité du processus électoral » (Lire Le Potentiel du 24 juin 2006). Si la crédibilité et la sincérité du processus sont à recréer (et non à préserver), il apparaît important que la matière de ces concertations ne soit pas déterminée par une partie au dialogue. Accepter le principe du dialogue et en déterminer la matière, la Présidence provisoire de la République comme semble le faire, c’est perdre de vue que la crédibilité et la sincérité des gouvernants transitoires ont été remises en cause par certaines franges de notre peuple tenues en marge de la gestion de la transition. Donc, la matière du dialogue ou de futures concertations doit être déterminée d’un commun accord à partir des cahiers de charges des différents protagonistes. La crédibilité et la sincérité ne se refont pas d’en haut ; elles adviennent dans un coude-à-coude humble avec et à partir des autres.

I. LA PROBLEMATIQUE « TSHISEKEDI » DEPASSEE

Envisager les concertations entre congolais et les réduire aux questions posées par une personnalité politique et son parti nous semble être, désormais, une démarche dépassée. Pour cause. Tshisekedi et l’UDPS font désormais partie d’un grand regroupement appelé « Front pour la défense du Congo ». Il serait judicieux que la matière du dialogue prenne en compte les propositions de ce Front. Ce Front a son cahier de charges. Selon les informations lues sur le site de la Monuc, « ce Front exige des concertations politiques inclusives d’une courte durée » en vue de « confirmer la fin définitive de la transition au 30 juin, de constater le vide juridique ainsi créée (…) et d’en tirer les conséquences ». Si l’UDPS et Etienne Tshisekedi ont réussi à former avec d’autres partis politiques et associations de la société civile un « Front », c’est signe que leur vision des choses est partagée par d’autres compatriotes. Donc, c’est à ce Front qu’il appartient désormais de mener la danse de façon que la personnalisation des négociations appartienne à notre histoire. A lire la dénomination de ce Front, il y a lieu d’affirmer que la question qui met ensemble la cinquantaine de partis politiques congolais le constituant n’est pas « la problématique Tshisekedi » mais « la défense du Congo ». C’est un cercle formé à partir d’une question cruciale : comment agir ensemble aujourd’hui afin que la terre de nos ancêtres ne puisse devenir la propriété privée « des amis » de certains compatriotes et/ou étrangers au pouvoir transitoire ? Tel est le point de vue de l’un des secrétaires généraux des partis du Front, Yves Kisombe, suivi sur la Radio Okapi hier. Bref, ce Front nous permet d’aller au-delà de la personnalisation du débat autour de Tshisekedi et de son pari. Et si nous ajoutons à ce Front les autres partis politiques et associations de la société civiles opérant en dehors du pays et partageant sa vison des choses, nous nous rendrons davantage à l’évidence que la question actuelle du Congo est celle de la coalition de ses dignes fils et filles pour le soustraire du dessein malveillant des marchands du monde et de leurs valets congolais (ou supposés tels). L’APARECO, l’UPR, C2R, Bana Congo, Toponi Congo, CCA, Opus Genesis, etc. partagent ce point de vue.

LE DANGER : L’AUTISME

Il serait dangereux qu’une partie des gestionnaires de la transition se dresse en maîtresse de la voie à suivre pour que les futures négociations aboutissent. C’est à cet exercice que semblent se livrer la Présidence de la République et ses alliés. Non. Après que la transition n’ait pas réussi à réaliser les objectifs qui lui étaient assignés, il serait sage que les gouvernants provisoires et leurs alliés s’astreignent au devoir de l’humilité et restent à l’écoute de ceux et celles qui, de l’intérieur des institutions ou de l’extérieur peuvent être les critiques positifs de notre marche commune vers la libération de la liberté. Il serait irresponsable qu’après avoir échoué sur toute la ligne, on continue à avoir l’arrogance d’indiquer aux autres ce que doit être la matière du dialogue. Là, c’est vouloir que ces autres trouvent des ajustements à son monologue. Qui dit dialogue en démocratie ou en pré-démocratie pense échange entre les partenaires supposés égaux, ayant les mêmes chances de recourir aux principes de sincérité, de vérité, de véracité et de respect du partenaire dialogual. Qui dit concertation pense échange avec les autres en discutant. Il n’y a pas de position de surplomb qui vaille la peine d’être tenue dans un espace public pluriel où le meilleur argument vaut son pesant d’or quelle que soit la tête du partenaire dialogual qui l’avance. Hélas ! La dérive d’autisme est permanent dans un Congo où les agendas cachés conduisent, en coulisse, les débats et en déterminent la matière. D’où le galvaudage lexical dénoncé par un digne compatriote (Désiré Katompa).De plus en plus, une certaine communauté dite internationale et ses alliés congolais se plaisent à indiquer aux congolais les sujets de leurs débats politiques. Comble d’initiation à la démocratie ! Il est temps que nous mettions fin à cette démocrature. Ici, on peut dire : « De deux choses l’une ». Ou l’on opte pour le dialogue et on en détermine ensemble la matière ou l’on verse dans l’autisme et on en paie le prix. D’où il est sage que le Front pour la défense du Congo apprenne à jouer sur plusieurs registres à la fois : celui du dialogue possible et celui de l’organisation de « l’insurrection des consciences » au cas où les agendas cachés venaient à imposer un monologue pour plaire aux « amis ».

Attention ! Nous sommes à l’une des périodes charnières de notre histoire. Si nous cédons au monologue avec ses agendas cachés, nous sommes repartis pour une recolonisation qui prendra du temps. « Les amis » le savent. Ils ne lésinent pas sur les moyens pour nous prendre à leur piège. La perspective d’un dialogue peut être un traquenard où nous risquons, dans notre immense majorité, de perdre la terre de nos ancêtres, si nous acceptons le déni de nos voix plurielles, au bénéfice d’un monologue arrangé par « les amis » et leurs marionnettes. Qu’on se le dise ! Disons : « Dialogue, concertations, oui. Ordre du jour arrêté ensemble, oui. Ordre du jour concocté sans le Front pour la défense du Congo et les autres fronts de résistance congolais, non. » Même s’il faut éviter la politique de la chaise vide, il est important de ne pas cautionner une imposture pour faire plaisir à ceux qui pourront crier : « Vous voyez. Ils ont réclamé les concertations. Maintenant qu’on les leur accorde, ils préfèrent leur politique radicale de la chaise vide. » Non. Personne n’accorde les concertations à personne. Celles-ci font partie intégrante de la création politique en tant qu’art d’échanger et de dialoguer avec les autres pour créer ensemble, collectivement, progressivement, un monde commun où l’homme est respecté pour ce qu’il est : un homme.

De toutes les façons, c’est déjà une victoire pour les artisans du dialogue indispensable à la crédibilité et à la sincérité du processus électoral que le principe ait été acquis. La bêtise serait qu’ils dorment sur leurs lauriers en se disant : « O.K. ça y est ! » Non. En politique comme dans la vie quotidienne, rien n’est jamais acquis d’avance et une fois pour toutes. En politique, tout s’acquiert par la lutte et par une lutte soutenue. En politique, les acquis se conservent par la lutte contre le déni de la voix, des voix des luttants. En politique, on conjugue toujours acquis et résistance à la table rase par le déni des voix de ceux dont les luttes ont permis des victoires toujours provisoires. Telle est l’une des tâches ardues et de longue haleine que doivent assumer le Front pour la défense du Congo et les autres fronts de résistance à la marchandisation de notre scandale géologique.

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