Ce samedi 8 avril 2006 à partir de 13h30 à la sortie PORTE DE NAMUR du métro bruxellois, une dizaine d’activistes congolais très bouillants ont planté une cinquante de croix blanches pour une manifestation en rapport avec la situation politique eu Congo.
Ces croix représentaient chacune cent mille des 5.000.000 de congolais morts dans le conflit qui a ensanglanté la RD Congo de 1998 à 2002, et dont les effets pervers en terme de vies humaines perdues, continuent jusqu’aujourd’hui.
L’endroit choisi est d’une très grande visibilité : le croisement de la Chaussée de Wavre et de la chaussée d’Ixelles ainsi que l’avenue Marnix sur la petite ceinture. Sans compter la sortie du métro qui déverse toutes les deux minutes des dizaines de passagers.
Conséquence, tous les piétons, tous les conducteurs régulièrement immobilisés par la multitude de feux de signalisation de l’endroit, deviennent des auditeurs et des spectateurs pour les activistes congolais. Ajouter aussi les clients d’un « QUICK » à côté, dont les larges vitres offrent un spectacle gratuit.
Il faut dire qu’il n’a pas fait beau durant toute cette manifestation. Le soleil a pointé le bout de son nez durant quelques instants peu avant 17h00. Mais avant ? Un vent à près de 75 kilomètres à l’heure, de la pluie, le froid. Cela n’a pas du tout découragé la poignée d’activistes qui étaient rejoints par moment par d’autres congolais et même des belges de passage par là.
Composés essentiellement d’agents féminins, les policiers, assez discrets supportent sans broncher les bourrasques pluvieux.
Le sit-in commence. Deux banderoles lisibles à plus de cent mètres portent les inscriptions suivantes : « ELECTIONS OUI. PAS POUR LEGITIMER LES CRIMINELS ». « LOUIS MICHEL : LE CONGO N’EST PAS A VENDRE. NON A L’ESCLAVAGE »
Munis de deux mégaphones, les congolais haranguent les passants. Il arrivait que les manifestants, comme des robots et sans discontinuer, récitent durant de longues minutes, les trois petites phrases suivantes : « Kabila assassin, Louis Michel Voleur, Kimalumalu ezanga frein ». Un véritable matraquage, pourquoi pas un lavage de cerveau pour ceux qui ont entendu cette récrimination. Le débit était tellement rythmé que bien de passants esquissent parfois quelques pas de danse ou approuvent de la tête l’action.
De temps à autre, les noms des autres personnes impliquées dans la crise congolaise sont repris : Yerodia, Zahidi Ngoma, Ruberwa, Bemba, Kagame, Museveni, Baroso.
Dans les différents messages adressés au public, on peut noter entre autre ceci :
– Charles Taylor a été responsable de la mort de 300.000 personnes. Il est écroué . Pourquoi ceux qui se sont fait la guerre au Congo sont-ils encore en liberté ? Ne sont-ils pas responsables de la mort de 5.000.000 de congolais ?
– Comment de telles personnes peuvent-elles ensuite se présenter comme candidats à l’élection présidentielle, et la communauté internationale reste silencieuse ?
– Ces gens, ne devraient-ils pas être poursuivis et déférés au Tribunal Pénal International ?
– Comment peut-on organiser des élections alors qu’autant de personnes en sont sciemment exclues ? les congolais vivant à l’étranger, ceux qui ont eu 18 ans depuis la fermeture des bureaux d’enrôlement, les membres de certains partis politiques, les militaires, les policiers…
De passage sur les lieux et revenant d’une émission sur une radio locale, le représentant de l’UDPS au Benelux éclaire l’opinion sur la position de son parti par rapport au processus électoral en cours en RD Congo, dénonçant au passage la campagne de « diabolisation » dont sont victimes son parti et de son leader, et savamment menée par certains médias occidentaux, et belges en particulier.
Durant toute la manifestation, des tracts de sensibilisation sont distribués aux passants.
L’un, dit : « Congolaises et congolais qui vivez à l’étranger, sachez ceci :
– Pour que le pays qui vous accueille vous respecte et vous prenne au sérieux ,faites en sorte que le pays d’où vous venez soit respecté- .
Or aujourd’hui, notre pays est la risée du monde entier parce que envahi, humilié, dirigé par des étrangers. Alors, soyez toujours présente et présent à toutes les manifestations organisées pour notre pays, le Congo. N’attendez pas le jour où les mots « congolaise et congolais » deviendront une insulte pour vous réveiller ! »
L’autre, très illustré avec des caricatures des protagonistes de la crise congolaise, annonce une marche que les activistes projettent pour le vendredi 14 avril de 12 heures à 15h00. Point de rassemblement, le siège de l’Union Européenne. Et destination , l’Ambassade de la République d’Allemagne. La raison on s’en doute, c’est l’envoi prochain de soldats européens au Congo, sous la direction de l’Allemagne.
A 17h00, c’est la fin du sit-in. Les activistes congolais emballent croix, banderoles et matériel sonore et s’en vont comme ils étaient venus, dans la discipline. Il ‘y a eu aucun incident.
Bien de manifestations sont prévues par les congolais de Belgique d’ici le 30 juin, date de la fin de la transition et délai buttoir pour l’organisation des élections. Un très grand énervement est perceptible dans la communauté congolaise face au caractère abracadabrant du processus électoral au pays.
Le 30 juin prochain, il n’y aura ni institutions, ni animateurs issus des urnes. S’apprête-t-on à flouer le peuple congolais ou pas? Que se passera-t-il si, par un « forcing », les mêmes qui sont au pouvoir aujourd’hui restent en place au delà de ce délai buttoir?
Par quelles manœuvres fera-t-on avaler aux congolais cette nième couleuvre ? N’est-il pas temps pour que ceux qui ont des intérêts inavoués au Congo réajustent leurs tirs ? n’est-il pas prudent de se rapprocher d’avantage des aspirations profondes du peuple congolais, véritable acteur et réel destinataire du processus ? Un large consensus national pour la poursuite du processus, serait-il inutile ? Doit-on risquer que la situation politique au Congo après les élections soit comme avant les élections, ou pire qu’avant ? A qui profiterait le jusqu’au-boutisme ?
Face au prochain délai buttoir, l’Union européenne, l’Organisation des Nations Unies et la Belgique ont-elles pris la juste mesure du degré de frustration des congolais ? Connaissent-elles le vrai rapport de force entre les « exclus » du processus et les actuels dirigeants de fait du pays ? Savent-elles quelle pourrait être la réaction des millions des sans voix croupissant dans la misère la plus totale depuis des années ?
Ou, comme au Rwanda en 1994, ces maîtres du monde attendent-ils l’irréparable pour ensuite, toute honte bue, se mobiliser en sapeurs pompiers et chercher à se donner bonne conscience après, rejetant toute la responsabilité d’une crise politique et humanitaire éventuelle, sur les nègres que nous sommes ?
