Par Le Potentiel
Du 10 au 23 mars, selon le calendrier rendu public la semaine dernière, la Cei recevra les dossiers des candidats au parlement et à la magistrature suprême. Ceci fait que les états majors des principales formations politiques sont entrés dans l’effervescence. L’Udps Tshisekedi, en dépit de l’hostilité de ses nombreux adversaires, n’a plus l’excuse de décevoir ses millions de combattants et ses partenaires.
Pour peu que cette fois-ci soit la bonne, la Commission électorale indépendante (Cei) promet d’organiser les premiers scrutins, présidentiel et législatifs, le 18 juin prochain. Aussi a-t-elle ouvert la saison d’enregistrement des candidats à la présidentielle et aux législatives. Celle-ci, très courte, ne va durer que deux semaines. Soit du 10 au 23 mars. Déjà, samedi soir, sept formulaires ont été retirés de la Cei par des candidats présidents et huit autres par des candidats députés.
Le temps presse. On va jouer serré. Car, la Cei a l’obligation de publier du 5 au 9 avril la liste définitive des candidats, certainement après examen du dossier de chacun des postulants, à la lumière des prescrits de la loi électorale. Après ce premier filtrage bureaucratique, les candidats officiels s’engagent dans une campagne électorale sur le terrain. Il leur est accordé, pour cette compétition, près d’un mois, du 18 mai au 16 juin, pour charmer et convaincre les électeurs. Cette épuisante épreuve se terminera à deux jours des élections prévues, sauf imprévu, le 18 juin sur l’ensemble du territoire national.
La perspective des élections, et surtout la concrétisation de cet idéal, fait monter la pression dans les états majors des principales formations politiques. On tente de mettre la dernière main sur les stratégies de combat. Des rapprochements conjoncturels sont amorcés pour gagner. Et c’est de bonne guerre. Dans le camp des candidats indépendants, on révise les calculs ; on évalue ses chances en partant de ses appuis financiers et de sa surface politique incluant sa notoriété intrinsèque ainsi que sa renommée sur la place publique.
GREFFAGE REUSSI DANS LE TISSU SOCIAL
Pendant que le microcosme politique et ses dépendants s’agitent pour la juste cause – l’accession au pouvoir par les urnes – les combattants de l’Union pour la démocratie et le progrès social (Udps) d’Etienne Tshisekedi semblent encore indécis. C’est qu’aucun mot d’ordre n’est venu de leur lider maximo, les invitant à apprêter ou non les dossiers à soumettre à la Cei en prévision des élections du 18 juin. Ce suspense est mal toléré aujourd’hui plus qu’hier, au référendum.
Pour la majorité de cadres du parti, qui ont salué l’annonce de l’implication d’Etienne Tshisekedi et de l’Udps dans le jeu électoral, l’heure de vérité a sonné pour démontrer la vitalité du parti, son greffage réussi dans le tissu social congolais. Certes, les cadres et les combattants n’ignorent pas les multiples obstacles dressés sur leur chemin, pour les décourager, les amener à s’auto-exclure du processus.
Significatif, à cet égard, est le témoignage de Me Mukendi wa Mulumba, conseiller politique d’E. Tshisekedi : «l’Udps, c’est connu de tous les observateurs, rencontre divers obstacles sur le chemin de la préparation de sa campagne électorale. Ceci ne l’empêche pas cependant d’encourager les décideurs (le gouvernement et le Ciat) à se libérer de leur sentiment de gêne, à réprimer leur hostilité à l’égard de l’Udps pour ne considérer que l’intérêt général du pays. Ils ne devraient plus continuer à s’abriter derrière des prétextes spécieux pour ignorer nos revendications. Autrement, si leur objectif vise à décrédibiliser tout le processus électoral, ils auront jeté par la fenêtre l’argent du contribuable belge, français, allemand, japonais, etc.».
Il n’empêche que la base de l’Udps piaffe d’impatience de voir les meilleurs de ses filles et fils accéder, cette fois, aux affaires pour 5 longues années. Cela fait, rappelle-t-on, 25 ans que l’Udps attend son heure pour gérer le pays au profit de tous les citoyens, en mettant l’accent sur l’Etat de droit, la bonne gouvernance, la justice distributive, l’économie sociale du marché, le bon voisinage, etc. Tous ces «slogans», affirment les jeunes cadres, seraient un non sens, des mots creux, si le parti ne gagnait pas les élections, seul ou en alliance avec des partenaires prêts à mettre en application un programme gouvernemental réaliste, tenant compte des intérêts du peuple et des partenaires.
DECIDES DE SE JETER A L’EAU
L’heure est donc venue pour le président national de l’Udps, E. Tshisekedi, de se déterminer pour l’avenir du pays. Et pour le bonheur de tous ces millions des Congolais qui font confiance en son combat depuis un quart de siècle. C’est ici le lieu de souligner que le lider maximo, de par ce qu’il a apporté à tous les Congolais en bravant les autocrates Mobutu et L.D. Kabila, est devenu une icône. Un patrimoine national. C’est lui, et pas un autre, qui, le premier, a appris aux Congolais encore sceptiques de «vaincre leur peur» face aux régimes autocratiques.
Faut-il abdiquer devant ses responsabilités, surtout lorsqu’on les a portées au niveau éminemment historique, comme Tshisekedi l’a fait jusqu’ici ? Ce serait trahir l’idéal. Ce serait trahir tous ces morts, ces estropiés, ces chômeurs, ces exilés, ces veuves, ces orphelins qui ont souffert dans leur âme et leur chair leur appartenance à un parti prônant la démocratie, à l’époque où ce combat n’avait même pas le soutien de l’Occident.
La politique congolaise, tout le monde en convient, c’est comme de la chienlit. Il faut la changer. Il n’y a que les hommes nouveaux pour cet exercice. Donc, face aux enjeux de l’heure, le réalisme du Dr Kabamba Mbwebwe, du G14, peut inspirer les plus extrémistes de l’Udps : «nous avions posé un certain nombre de questions à la Cei, notamment celle de la récupération de l’électorat potentiel qui avait suivi le mot d’ordre du boycott de l’enrôlement. La réponse s’est révélée négative. Nous ne nous décourageons pas. Au contraire, nous allons harmoniser nos stratégies de campagne avec les partenaires. Cela veut dire que nous sommes décidés de nous jeter à l’eau, selon les conditions de la Cei. En tout cas, nous n’allons pas, par dépit, laisser le terrain libre.» Qui dirait mieux ? Le temps est compté. Aussi bien pour Tshisekedi que pour tous les autres candidats à la présidentielle. Le vœu le plus cher des Congolais, c’est de découvrir, enfin, «le changement» cette année, à la faveur des élections libres, démocratiques et transparentes. Des élections que le meilleur emportera.
