Ce memorandum était adressé à la commission inter-culturelle en séjour à GOMA nous donne un aperçu un peu plus detaillé des enjeux qui anime la region. Tous ceux qui ont le souci de saisir le conflit, doivent lire cet article.
Les communautés Nande, Nyanga, Hunde, Tembo, Kumu, Kano et Twa du Nord-Kivu tiennent à réitérer une fois de plus leur attachement aux efforts du Gouvernement visant à rétablir l’autorité de l’Etat à savoir:
– Le déploiement des militaires venus en renfort de Kinshasa,
– La mise en place de la territoriale,
– L’application des décisions du Gouvernement aux niveaux des Provinces, notamment en ce qui concerne: l’affectation des certains fonctionnaires de l’Etat ainsi que tout autre effort gouvernemental visant à rétablir la paix et l’autorité de l’Etat et la mise en place d’une armée intégrée et structurée où il n’y aura pas de place pour les étrangers.
Suite à l’insécurité généralisée dans la Province du Nord-Kivu caractérisée par la distribution d’armes aux civils Hutu, l’exclusion des autochtones, la monopolisation par les Hutu et Tutsi des postes dans l’armée, la sécurité, la territoriale et l’enseignement à tous les niveaux et la déstabilisation de tous les efforts du Gouvernement visant la restauration de l’autorité de l’Etat et le rétablissement de la Paix, le Gouvernement a décidé de l’envoi d’un contingent militaire pour renforcer les troupes de la 8è Région Militaire provoquant, d’une part, l’organisation des marches à Goma, Rutshuru, Kitshanga et Nyanzale et, d’autre part, avec l’appui des troupes Rwandaises et sans réaction aucune de l’autorité provinciale, une expédition militaire sur la colonne des troupes gouvernementales parties de Beni.
En effet, depuis que les troupes rwandaises ont attaqué le Congo au prétexte de poursuivre les ex FAR et Interahamwe, on a enregistré des cas d’assassinat à Goma ainsi que sur toute l’étendue de la Province du Nord-Kivu, excepté les territoires de Beni et Lubero. Cependant depuis la mise en place du Gouvernement de transition auquel participe le RCD qui est l’un des Groupes les plus représentés, l’on a assisté à une recrudescence des cas d’assassinat. Les attaques étaient quasi quotidiennes au point où à Goma on a compté jusque 2 à 3 morts par jour imputés, un moment par l’autorité provinciale, aux ex FAR et Interahamwe jusqu’au jour où, l’implication des militaires fut établie. Les manifestations populaires organisées en réaction à ces assassinats ont toutes été réprimées par les mêmes militaires auteurs des assassinats envoyés par l’autorité provinciale. Parmi eux on a compté des militaires Rwandais abattus par la population en colère au Rond point Notre Dame d’Afrique et un autre à Nyabushongo sur la place du marché notamment.
L’infiltration des militaires Rwandais est favorisée d’une part, par le fait que ceux-ci se camouflent facilement parmi leurs frères Hutu et Tutsi qui composent l’essentiel des troupes du RCD, le contrôle par eux des services de sécurité civile et militaire, le silence complice des autorités provinciales, civiles et militaires, le non contrôle de la frontière due à la présence des seuls éléments Hutu et Tutsi complices de l’infiltration des troupes Rwandaises et le refus par eux de recevoir les agents des services de sécurité envoyés par KINSHASA et l’assassinat de ceux d’entre eux arrivés malgré tout à Goma. Au même moment, on a assisté à la levée des milices composées essentiellement des Hutu et à la distribution des armes à des civils Hutu au cours de la deuxième moitié de l’an 2004 sur toute l’étendue des territoires de Maisi et Rutshuru ainsi qu’à Goma.
Dans les axes Rubaya-Bushiha et Rubaya-Katoyi, les armes ont été amenées par SENINGA, responsable à la Province du service de mobilisation et de logistique à bord d’un véhicule Fuso lui appartenant de couleur noire. Dans l’axe Goma-Busumba les armes ont été amenées par Erasto NTIBATURANA, génocidaire notoire nommé responsable du service de pacification par l’autorité provinciale, assisté de SUKISA de la DSR et TPD en Chefferie des Bashali.
Au Bwito les armes ont été amenées par l’ ATAR/Nyanzale,Mr.Jean Damascène MWIGIMBA et le CPEA/Kinyabuitsi, Mr. Benoît MUHAWE, alors qu’en Chefferie des Bahunde elles ont été amenées par MUNYARUGERERO Faustin ATAR/KIBABI et BIGEMBE nommé illégalement par la Province au poste de Chef de secteur Katoy.
Nombre d’armes ont été transportées par les véhicules du TPD, ONG créée par le Gouverneur SERUFULI Eugène.
Ses services sont logés par le Gouvernorat et les agents ont été un moment payés par ses services.
Après la marche de ceux qui se disent rwandophones, des armes ont été distribuées à des étudiants à Goma par GACHABA François, Bourgmestre de la Commune de Karisimbi qui signe tous les mémos des rwandophones sans aucune réaction de l’autorité provinciale.
Pour arriver à leurs fins, Hutu et Tutsi ont imaginé d’exclure les autochtones Nande, Nyanga, Hunde, Tembo, Kumu, Kano et Twa, profitant des offensives de l’AFDL et du RCD. C’est ainsi qu’actuellement Hutu et Tutsi occupent tous les services de commandement au sein de l’armée, de la sécurité, de la territoriale, de l’enseignement dans son ensemble, des services para étatiques, comme ceux de l’impôt, l’OFIDA, la SNEL, la REGIDESO, l’OCC dont les recettes sont détournées au profit de leurs entreprises guerrières et de leurs communautés alors que la SOMIKIVU est illégalement exploitée à leur profit.
Pour maintenir cet état de choses, Hutu et Tutsi, profitant de leur contrôle sur les structures administratives, militaires et politiques écartent des postes de commandement les Nande, Nyanga, Hunde, Tembo, Kumu, Kano et Twa et s’opposent, y compris en recourant aux assassinats, à l’affectation par le Gouvernement de transition des fonctionnaires dans les services provinciaux.
Ils profitent notamment des vacances à certains postes, occasionnent des vacances par des suspensions abusives, refusent d’appliquer la loi en matière de suspension assimilant ceux-ci à des révocations y compris pour des coutumiers qu’ils remplacent par leurs frères qu’ils utilisent dans le détournement des deniers publics, la levée des milices, les distributions des armes.
Souvent, comme c’est le cas à la DGRAD et aux TP/AT, Mines et Géologie, Economie et Pétrole, par exemple, ceux qui sont désignés ne remplissent même pas les conditions. A la prévoyance sociale on a nommé un ancien retraité de l’enseignement, alors que Monsieur NGABO RWIZUMBURA Justin, retraité de la fonction publique du Rwanda a été affecté à la Division de l’EPSP. Beaucoup parmi eux, sont tout simplement domiciliés au Rwanda, même au sein des services de sécurité et même de l’armée.
C’est pour maintenir cet état des choses que Hutu et Tutsi sabotent toutes les actions gouvernementales visant à restaurer l’autorité de l’Etat et la Paix. Car la restauration de l’autorité de l’Etat et la paix sont incompatibles avec le maintien de leur monopole. D’abord, puisque le processus en cours doit aboutir à des élections qu’ils sont condamnés à perdre à raison de leurs méfaits et ensuite, puisqu’ils ne sont pas prêts à abandonner leurs privilèges dont ils sont habitués à vivre impunément depuis longtemps.
C’est pourquoi, face à la décision souveraine du Gouvernement d’envoyer des troupes supplémentaires en 8è Région Militaire, ceux qui se disent Rwandophones ont organisé des marches à Goma avec la participation des gens venus du Rwanda et envoyé des troupes Rwandaises dont la présence sur le sol congolais a été confirmée par Paul KAGAME lui-même, contrer l’avance des troupes envoyées de Beni.
Notons que cette marche de Goma comme celles qui ont été organisées à l’intérieur à Kitshanga, Rutshuru, Nyanzale, Rubaya et Masisi ont connu la participation des civils armés, celle des fonctionnaires de l’Etat dont le Bourgmestres et agents de l’Etat contre lesquels aucune remarque ni sanction n’a été prise par l’autorité provinciale. Bertin BANGANYIGABO KANYAMASHULI des services des finances a même été vu à la télévision nationale en train de tenir un meeting public à KITSHANGA, laquelle, paradoxalement, a été retransmise plusieurs fois à la télévision publique relayant une manifestation qui visait à déstabiliser l’Etat.
L’insécurité généralisée en Province du Nord-Kivu dans la partie contrôlée par le RCD/Goma et en voie d’exportation vers les territoires de Beni et Lubero jadis contrôlées par le RCD/KML avec des distributions d’armes de guerre à des civils Hutu, l’utilisation de l’armée rwandaise, l’exclusion des Nande, Nyanga, Hunde, Tembo, Kumu, Kano et Twa des postes de commandement de l’armée, l’administration publique, les services de sécurité, la territoriale, ne vise qu’à empêcher le rétablissement de l’autorité de l’Etat et empêcher la tenue des élections qu’ils sont certains de perdre.
C’est pourquoi, nous recommandons:
1. L’application sans faille de toutes les décisions de l’Etat visant à restaurer la Paix et l’autorité de l’Etat et le recouvrement de l’intégrité territoriale à savoir: Le déploiement des troupes des FARDC, sur toute l’étendue du territoire de la Province, notamment à la frontière rwando-congolaise et dans les zones où sont localisés les ex FAR et Interahamwe en vue de leur neutralisation pour ôter tout prétexte au Rwanda.
2. Mettre fin à la situation anormale, source de nos problèmes, qui fait que le Nord-Kivu est gouverné, au plan administratif et militaire par des animateurs issus d’une même composante, le RCD, dont la dépendance vis à vis du Rwanda est connu de tout un chacun, ce qui est une erreur capitale à raison de la proximité du Rwanda.
3. Enquêter sur les distributions des armes, établir les responsabilités et sanctionner sans complaisance les coupables pour rétablir l’autorité de l’Etat.
4. Rétablir l’autorité de l’Etat en ouvrant des actions disciplinaires contre les agents et fonctionnaires de l’Etat impliqués dans les distributions des armes, les actes de déstabilisation de l’ordre public et de la Paix comme les marches du 6, 9, 11, 13 et 17/12/2004 qui n’ont reçu aucune remarque de la part du Gouverneur.
5. Ordonner un audit dans tous les services générateurs des recettes dont l’OFIDA, les services des impôts, OCC, la SNEL, la REGIDESO et la fermeture de certains d’entre eux comme l’OPRP qui continue à fonctionner malgré les ordres du Gouvernement et le fait qu’il n’a aucune existence légale.
6. Un contrôle minutieux des effectifs de l’armée, de la territoriale, de tous les autres services de l’Etat pour y dénicher les sujets Rwandais qui y sont injectés en mettant un accent particulier sur les effectifs de l’armée dont les effectifs par bataillon ont été gonflés parfois dans l’ordre de 300 à 900 unités pour couvrir des détournements des fonds destinés à alimenter leur caisse noire lors du dernier recensement des effectifs d’une part et pour créer un vide susceptible de permettre l’injection des démobilisés et autres actifs de l’armée Rwandaise.
7. Ordonner la fermeture du bureau de l’assemblée provinciale qui ne fonctionne qu’au Nord-Kivu et au mépris de la loi.
8. Ordonner l’entrée en service des agents et fonctionnaires affectés au Nord-Kivu à partir de Kinshasa et interdits d’entrer en fonction sans aucune réaction de l’autorité provinciale.
9. Réhabiliter les Chefs Coutumiers et autres agents et fonctionnaires de l’Etat écartés arbitrairement.
Bien que leur réhabilitation ait été ordonnée par le RCD/Goma à la mise en place du Gouvernement de transition, ceux-ci n’ont jamais été réhabilités
10. Réfléchir sur:
* Le pourquoi du silence du Ministère de l’intérieur sur toutes les réactions face aux distributions des armes à feu, l’insécurité généralisée, l’exclusion des autochtones Nande, Nyanga, Hunde, Tembo, Kumu, Kano et Twa l’implication des fonctionnaires et autres agents de l’Etat Hutu et Tutsi dans tous ces méfaits y compris les manifestations publiques hostiles à l’Etat et l’absence des sanctions à l’endroit des contrevenants;
* L’absence de réaction dans le Chef du Gouverneur de Province, Monsieur Eugène SERUFILI, quand les communautés autres que Hutu et Tutsi sont menacés par ces derniers.
* Le génocide en cours d’exécution et annoncé depuis longtemps comme l’atteste le rapport des Chefs des localités de Mulema, Katobo et Kalonge en Groupement de Kisimba dans leur rapport datant d’octobre 2002 adressé à Monsieur l’Adminisdtrateur du Territoire de Walikale avec copie adressée à Monsieur le Gouverneur de Province et, pour l’exécution duquel des armes à feu sont distribuées dans le Masisi et le Rutshuru et dernièrement, à Goma.
11. Déplacer tous les militaires Hutu et Tutsi de la 8è Région Militaire pour les éloigner de la frontière Rwandaise et réduire ainsi le risque de leur manipulation par le Rwanda.
12. Identifier tous les insurgés de Bukavu en vue de leur traduction en Justice. Précisons ici que c’est la même bande qui a agi à Bukavu qui opère partout au Nord-Kivu en général et à Kanyabayonga, Bishange et Walikale, Lusamambo, Pinga, Buleusa… en particulier.
13. Assurer la protection des responsables des communautés signataires de la déclaration du 9/12/2004 menacés par lesdits Rwandophones par les déclarations de Monsieur GACHABA Francois, Bourgmestre de la Commune de Karisimbi.
14. Procéder au désarmement de tous les civils armés par les Hutu et Tutsi.
15. Qu’il soit mis en place une commission d’enquête en vue d’investiger sur divers crimes commis au Nord-Kivu et ailleurs en République Démocratique du Congo par les troupes Rwandaises et leurs alliés;
16. Que soit rendue effective la réhabilitation de ceux de nôtres suspendus abusivement ou déjà réhabilités mais jamais rentrés en fonction dont les chefs coutumiers et des nombreux fonctionnaires dont la liste en annexe.
17. Que soient mis en place des mécanismes de sécurité susceptibles de garantir la sécurité de chacun et de ses biens; et à l’intégration des troupes armées va dans ce sens
18. Que tout soit fait pour aller aux élections, seules susceptibles de mettre en place des structures démocratiques où l’exclusion, le tribalisme et la tricherie n’auront pas de place.
19. Que soit assurée une assistance aux populations Nande, Nyanga, Hunde, Tembo, Kumu, Kano et Twa abandonnés à elles-mêmes alors que les communautés nationales et internationales sont assaillies à chaque fois que le groupe de Hutu ou Tutsi, souvent victime de la manipulation de leurs politiciers, sont en difficulté. Et à cette occasion, on ne se prive pas de gonfler les chiffres, comme à Ngungu, où les déplacés de Numbi et des environs ont été pour certains, surévalués à 150 000 hommes alors qu’ils n’étaient qu’environ 15 000.
Nous osons espérer que l’intérêt que la Nation Congolaise manifeste au sort de nos populations et qui est traduit par votre présence en Province du Nord-Kivu permettra de mettre fin au calvaire que nous vivons nous et nos communautés.
Notre souhait est que soient rétablies l’autorité de l’Etat et la Paix, que le processus de transition en cours et devant aboutir aux élections libres et démocratiques continue.
Nous sommes convaincus que le respect des recommandations que nous avons formulées dans la présente permettra d’y parvenir.
Fait à Goma, le 18 décembre 2004.
