LE regime de Kinshasa qui a été légitimé par ces élections n’est pas un regime démocratique. Ceci n’est pas une révélation pour nos lecteurs habituels. Mais nous avons appris que la vérité n’existe pas tant qu’elle n’est pas prouvé. Nous publions donc le témoignage de Me N’landu qui se trouve encore en prison pendant que nous couchons ces lignes.
Il y a intérêt que cette femme courageuse, dont le seul crime a été de choisir le « mauvais » camp recouvre sa liberté et ce sans delai.
En resumé elle explique qu’elle a été arrêté à Kin azière alors qu’elle y était allé pour faire liberer ses collaborateurs qui avait été enlevé la veuille. Elle décrit l’ambiance, le climat d’insécurité dans lequel elle devait fonctionner et qi n’avait rien à voir avec la population mais avait tout à voir avec une chappe de plomb qu’on veut imposer à la population rebelle de Kinshasa.
Le texte est long, mais merite d’être lu sdans son entièreté.
PREMIERE PARTIE
Le lundi 20 Novembre 2006, vers 7h00’ du matin, je reçois un pasteur que je connaissais bien du nom de José INONGA. Ce dernier me dit : « J’ai reçu du Vice-président BEMBA un message (en Lingala) invitant la population au calme et par la même occasion laisser la Cour Suprême faire son travail ».
Le message paraissait vraisemblable. Quelques minutes après, le téléphone de mon interlocuteur sonna. « C’est le Vice-président qui m’appelle! ». Après un bref échange avec son correspondant qu’il avait fait passer pour le Vice-président il dit : « je suis ici avec Me NLANDU et je vous la passe ». Ayant pris le téléphone j’ai dit : « Bonjour Papa Vice, j’irai à la Cour Suprême de Justice lire les dossiers de la requête introduite en contestation des résultats des élections du 2ème tour. Je relèverai toute imperfection éventuelle et préparerai la défense du dossier. Au revoir ! ». Et la personne qui était au bout du fil et qui était supposé être Mr le Vice-président de répondre : « merci ».
Jusque-là, je ne savais pas que c’était un piège qui m’était tendu, et que la personne avec laquelle je venais de parler était une personne autre que le Vice-président Jean-Pierre Bemba. Je me suis ainsi apprêtée pour aller à la Cour Suprême de Justice où je suis arrivée aux alentours de 10h30’- 11h00’ accompagnée de mes collaborateurs.
Il y a lieu de noter que je n’ai jamais détenu une arme quelconque sur moi ni chez moi à la maison ni en dehors. Je ne voyais aucune raison d’en avoir. En arrivant à la Cour Suprême de Justice, je trouve une foule importante dont les militants du M.L.C qui attendaient un message avant de quitter les lieux. Cette foule vint vers moi avec espoir de recevoir le message attendu. Dans l’entre-temps, une autorité de la Cour Suprême de Justice dérangée par l’attroupement de la foule m’approcha et me demanda de parler à la population afin qu’elle quitte les lieux. Avant de parler à la population, je me suis d’abord rendu au Greffe de la Cour pour m’enquérir de l’état du dossier précité. Ensuite j’ai rejoint la population à laquelle j’ai livré en substance le message suivant : « Le dossier introduit en contestation du scrutin du 2è tour de l’élection présidentielle est inscrit sous le numéro RCE 009. La date d’audience est fixée par ordonnance du 1er président de la Cour au 21 novembre 2006. Pour ceux qui voudront être au débat, prière d’être discipliné car c’est un dossier d’Etat duquel dépendra l’avenir du pays, etc. » Et la population dégagea petit à petit les lieux pendant que je rentrai au greffe pour étudier le dossier jusque vers 15h00’.
Au moment où je m’apprêtais à rentrer à la maison, le Pasteur José est venu jusqu’au greffe pour me dire que le Vice-président BEMBA voulait me rencontrer à sa villa privée de Ma campagne et qu’il enverrait un messager nous chercher au niveau de l’Église Saint – Luc. En arrivant à cet endroit, j’ai attendu dans le véhicule à peu près un quart d’heure. Cette longue attente a suscité quelques suspicions dans mon esprit. C’est alors que je me suis décidé de me déplacer. Malheureusement la 2ème voiture qui m’accompagnait n’a pas suivi tout de suite. Cinq à dix minutes plus tard, j’apprendrais que mon chauffeur et les autres occupants de ma deuxième voiture étaient enlevés par 4 ou 5 voitures de la police pendant qu’ils cherchaient à me suivre. Il était déjà 16 h ce jour du 20 novembre 2006.
Ne sachant pas pourquoi ils ont été enlevés, je me suis tout de suite mise à leur recherche, laissant des communiqués à la T.V Canal Kin et à Radio Okapi pour dénoncer cet enlèvement. Jusque tard dans la soirée, je n’avait aucune information sur la destination précise où on les avaient emmenés. Le lendemain, mardi novembre 06 j’ai repris les recherches. Comme je faisais partie du collectif des avocats de Mr BEMBA à la Cour Suprême de Justice, je m’associerai à mes confrères pour l’examen du dossier de notre client.
Au moment de l’audience à la Cour, des armes ont commencé à crépiter, mettant en danger la vie de l’assistance (avocats, juges, magistrats journalistes tant nationaux qu’ internationaux). Dehors, il n’y avait plus la protection de la Cour Suprême. La Police Nationale, la Monuc et l’Eufor avaient fui et ceux qui se trouvaient à l’intérieur se sont rendus compte qu’ils s’étaient abandonnés à eux-mêmes, sans défense. Et certains éléments de la Police Nationale se déshabillaient sous nos yeux au même moment que ceux qui étaient à l’extérieur comme en ont témoigné quelques séquences passées par quelques chaînes de télévision. L’audience a donc été suspendue.
Après maintes tentatives de quitter la salle d’audience, nous nous sommes finalement résolus de nous éloigner de cet endroit dangereux malgré les crépitements des balles qui continuaient. Pendant que nous étions dans la salle, la presse faisait des interviews privés et demandant à chacun ses impressions. En ce qui me concerne, j’ai dénoncé cette absence de protection en mettant en cause la fuite de la Police Nationale, des éléments de la Monuc et de l’Eufor.
Dans cette interview, qui n’a été diffusé que le soir de ce 21 Novembre, j’ai demandé au peuple Congolais, comme je l’ai toujours fait, de se mettre debout. A titre de rappel, notre peuple a été jusqu’aujourd’hui infantilisé, clochardisé, bon pour l’esclavage. C’est un peuple qui ne fait que subir, un peuple très appauvri pour un pays immensément riche. Il n’est un secret pour personne que toutes les richesses ne profitent pas à ce peuple qui attend l’arrivée d’un Moïse, mais bien à la finance internationale et aux congolais complices.
Quel leader politique accepterait la situation de son peuple dans ces conditions-là sans l’aider à se relever ? Où est la Haine dans ces 2 déclarations du 20 et 21 Novembre 2006? Celui qui trouverait dans ces 2 déclarations une quelconque haine, c’est celui-là qui ne veut pas que ce pays se relève !
DEUXIEME PARTIE
Reprise de la recherche auprès des stations de police de mes collaborateurs enlevés.
Après m’être échappée de l’enfer de la Cour Suprême de la Justice, certains de mes collaborateurs et moi nous nous mettront à la recherche de ceux qui étaient enlevés.
Je me suis d’abord rendue au cabinet d’avocat où je travaille. De là, j’ai appelé la Monuc pour signaler que j’allais à la recherche de ceux qui étaient enlevés en commençant par Kin-Mazière.
Arrivée à Kin-Mazière, j’ai posé la question à la réception pour savoir si on avait emmené des gens enlevés à Ma campagne la veille. Le réceptionniste me répondit que c’était possible. Sur ce nous sommes allés acheter une collation (bananes, pains et eau) à apporter à nos amis, au cas où ils seraient là. A notre retour, le préposé à la réception nous demanda de monter voir. J’étais accompagnée de la femme de mon attaché de presse, enlevé la veille, et d’un de ses surveillants.
Après m’être présentée à une autorité de Kin–Mazière que j’ai trouvé sur place, il va s’exclamer « Ah ! c’est vous Me NLANDU? ». Il exigea aussitôt qu’on m’interroge parce qu’il prétendait qu’on avait trouvé 3 grenades dans la voiture que conduisait l’un de mes chauffeurs qui faisait partie de ceux qui étaient enlevés. Je lui ai répondu que je n’en étais pas informée et c’est là que l’apprenais pour la première fois. J’ajoutais que je m’étais toujours battu sans arme, mon combat est un combat d’idées. Des collaborateurs de cette autorité, dont un certain Colonel MUKENDI (nom à vérifier ) vont se mettre à m’infliger un traitement dégradant, m’invitant à m’asseoir à même le sol et à enlever les chaussures. Ensuite ils ont confisqué mon téléphone sans dresser un quelconque PV de cette saisie. Il convient toutefois de signaler qu’ils n’ont pas porté atteinte à mon intégrité physique par des coups et blessures. Par contre ils ont soumis mon surveillant à des tortures atroces en ma présence et ce dernier criait de douleur.
Quelque temps plus tard, environ 1 heure, j’apprendrais du colonel MUKENDI ( ?) qu’on avait mis le feu à la Cour Suprême de Justice. Je suis restée en détention toute la nuit et un magistrat d’auditorat militaire est venu m’interroger le soir. Plus tard j’appris qu’au cours de la même soirée, une femme activistes des droits de l’homme avait témoigné sous anonymat à travers la CCTV qu’elle avait vu des éléments de la police nationale commis à la garde de la Cour Suprême en train de mettre le feu à Cour Suprême pendant que les éléments de la Monuc étaient entrain de filmer.
De ce qui précède, il appert que les services spéciaux sont aujourd’hui en mesure de savoir qui a mis le feu à la Cour Suprême au lieu de se vautrer dans un mensonge grossier pour une institution qui, en principe, est au service de tout le monde (même des opposants au Gouvernement).
Pendant cette détention je me suis sentie être dans un camp ennemi où tout pouvait m’arriver et à tout moment. Dire que j’étais impliquée dans l’incendie de la Cour Suprême n’est qu’une dénonciation calomnieuse, imputation dommageable découlant de l’intention véritable de nuire d’un service supposé être de l’État !
TROISIEME PARTIE :
La nature de mon combat.
Maître NLANDU vient d’une famille politique, déjà en 1950, son oncle NZEZA NLANDU Edmond et Jean NLANDU, son père décident de fonder une Association Culturelle du nom de ABAKO (Alliance des Bakongo)
Cette association deviendra parti politique en 1953-1954, NZEZA NLANDU, président fondateur cèdera la place à Mr KASA-VUBU qui deviendra son Président Général.
Ce parti mènera une opposition non-armée face à la colonisation belge. Le président KASA-VUBU deviendra le premier Président congolais sans user aucune arme. C’est cet héritage d’un combat non-armé que j’ai toujours exploité. J’ai eu toutes les occasions de participer à une des rébellions connues au pays, jamais j’ai cédé un seul instant à la tentation de participer aux initiatives de ce genre. Ce ne sont pas les armes qui me guident, ce sont les idées plutôt. Je mets au défit toute personne qui prouverait le contraire de cette allégation.
QUATRIEME PARTIE :
Appel au peuple congolais.
J’interpelle le peuple congolais de faire attention aux déclarations mensongères du Gouvernement actuel telles que celles dont il m’a été fait part, publiées dans le Journal « AVENIR » du 24 Novembre 2006 et qui me traitaient d’une femme terroriste.
Eu égard à ce qui précède, j’ai aujourd’hui la conviction que l’actuel Gouvernement congolais est bâti sur plus des mensonges que des vérités.
En tant que citoyenne du Congo, je me serait attendue à ma protection par rapport à la véracité des faits. Mais hélas ! On croirait que j’ai affaire à un ennemi.
Le peuple congolais a besoin d’un pouvoir sécurisant, préoccupé de la justice et du respect des droits de la personne humaine et non d’un pouvoir arbitraire, cruel et tortionnaire comme celui entretenu par le Gouvernement actuel.
Enfin de compte vous peuple congolais, vous êtes le souverain primaire, responsable de votre destin ainsi que de l’avenir de notre cher et beau pays.
Moi, votre humble servante, Maître NLANDU je suis avocat des sans-voix. J’ai été pillée par la GSSP, ma maison a été vandalisée ainsi que mon Cabinet. Je sais ce que c’est que perdre des archives. Si j’ai gardé tout mon calme et ma quiétude pourquoi m’adonnerai-je à des actes de vandalisme comme ceux que les hauts responsable du pays m’attribuent aujourd’hui ? Je viens tout simplement de faire l’expérience du mensonge au niveau le plus élevé de l’Etat. La Monuc sait qui a mis le feu à la Cour Suprême de Justice.
Peuple congolais, sortez de la torpeur. Vigilez pour votre pays.
Je condamne avec la dernière énergie l’incendie de la mémoire juridique du Congo et m’engage à porter plainte, le moment venu, pour cette dénonciation calomnieuse.
Le mensonge grossier a précédé la vérité. Seule la vérité s’imposera. La force que le pouvoir semble percevoir chez Me Landu fait peur aux imposteurs du Congo.
Maître NLANDU Marie-Thérèse.
Ambassadrice pour la paix
Président du Parti pour la Paix (Congo PAX)
Candidate à l’Election Présidentielle du 30 Juillet 2006
