Lettre ouverte au Citoyen Mobutu Sese Seko 697

Le 1er novembre 2005, le Peuple congolais commémore le 25e anniversaire de la Lettre ouverte au Maréchal-despote Mobutu Sese Seko du Zaïre. Inspiré par les horribles massacres de Katekelayi (Kasaï Oriental), ce Mémorandum de 52 pages est l’occasion pour ses rédacteurs et signataires de remettre en cause le statut de la République démocratique du Congo (une colonie autochtone et un protectorat étranger, un comptoir pour les intérêts maffieux, une chasse gardée pour les flibustiers internationaux, une zone d’opération et d’exploitation pour les mercenaires étrangers et locaux) et de démanteler le socle sur lequel se fonde la dictature fantoche dans cet État géant d’Afrique centrale et de la région des Grands Lacs.

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25 ans après l’accouchement de cette Lettre ouverte annonciatrice de la fin de la tyrannie, le Peuple congolais continue malheureusement à combattre toujours les forces rétrogrades et réactionnaires quotidiennement appuyées par les mêmes intérêts hostiles à son émancipation nationale et internationale. 25 ans après sa diffusion, les Citoyens de la République démocratique du Congo ne connaissent réellement point de répit. Ces derniers ne connaissent ni liberté et démocratie, ni paix et sécurité, ni justice et dignité. Pis, l’État que se proposait de réhabiliter le fameux Mémorandum de 52 pages s’est effondré comme un château de cartes à cause des errements du mobutisme aveugle. Celui-ci a été complètement liquidé sous l’impulsion catastrophique de la pseudo-révolution de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre (AFDL) et l’effet désastreux de l’ex-Transition politico-militaro-maffieuse. En effet, la République démocratique du Congo est devenue un État fictif sans Peuple et sans Nation.

Il s’agit d’un État sans Peuple, donc sans indépendance, dans la mesure où tous ses dirigeants politiques sont imposés par les puissances extérieures dans le but de servir leurs volontés mesquines. C’est en réalité un État pupille constamment soumis à la pression de la tutelle extérieure. Comme l’attestent manifestement les multiples injonctions de la Mission d’observation des Nations unies au Congo (MONUC), du Comité international d’accompagnement de la Transition pour la République démocratique du Congo (CIAT) et de l’Union européenne (UE).

Il s’agit d’un État sans Nation, donc sa souveraineté (sans pouvoir) dans la mesure où l’autorité politique suprême n’a aucune prise sur le territoire, la population et l’administration des biens publics. L’exemple type de cette absence de Nation est l’inexistence d’une armée nationale et républicaine, payée décemment à même les fonds publics, pour défendre la Patrie en cas de péril extérieur. C’est le pillage à grande échelle des ressources nationales et richesses étatiques par une kyrielle de puissances extérieures (États, multinationales, ONG affairistes et politisés, réseaux maffieux, factions et milices rebelles). Ce sont effectivement la spoliation et les massacres génocidaires des ressortissants nationaux par des groupes armés locaux et étrangers. C’est en vérité le bradage systématique et automatique de la nationalité congolaise sous le couvert des opérations électorales d’enrôlement. En effet, la Commission électorale indépendante (CEI) qui conçoit et organise un processus portant en son sein les germes mêmes de destruction de la Nation, a attribué illégalement voire même délibérément, par le biais de la détention de la carte d’électeur, la citoyenneté à de nombreux sujets étrangers. Force est de constater que la plupart sont en réalité des réfugiés et des irréguliers vivant sur le sol du territoire national. C’est, d’ailleurs, la raison pour laquelle tout le Peuple congolais meurtri voire anéanti par des combines assassines, se doit de rejeter catégoriquement ce processus biaisé, lequel consiste à lui imposer à tout prix un État sans véritable puissance publique et sans autorité politique, un Peuple sans réelle indépendance, une Nation sans souveraineté effective…

Pourtant, cette Lettre ouverte fait littéralement de la République démocratique du Congo un État indépendant et souverain, lequel dispose réellement de son destin politique. Cette dernière fait véritablement du Congolais un Citoyen, c’est-à-dire un être humain disposant des droits et des libertés. Donc, cela signifie que les Congolais cessent définitivement d’être un ramassis de populations indigènes ou autochtones. De plus, ce fameux Mémorandum de 52 pages invente, à n’en pas douter, une nouvelle Nation [essentiellement composée de Citoyens libres]. Aussi façonne-t-il un nouveau Peuple [véritable détenteur de la Souveraineté politique] au cœur du vaste continent africain.

Par conséquent, ce 25e anniversaire est naturellement l’occasion pour chaque Congolaise et chaque Congolais de s’imprégner du message profond véhiculé par ce document fondateur d’une nouvelle société. C’est l’occasion de s’imbiber de ce texte inédit qui balise l’avenir d’un Peuple nouveau. Aussi est-il le moment de poser la question de savoir ce qui reste pratiquement du Mémorandum de 52 pages. Ainsi, dans le contexte de fin de la Transition politique échue le jeudi 30 juin 2005 à minuit, quelle place occupe-t-elle encore la fameuse Lettre ouverte du 1er novembre 1980 au Maréchal-dictateur Mobutu Sese Seko du Zaïre dans le combat du Peuple congolais en faveur de la démocratisation institutionnelle et de la libéralisation politique ? Face à la cabale internationale contre le Congo, à la menace permanente de balkanisation du territoire national, à la confiscation du pouvoir d’État par le régime des mercenaires et imposteurs locaux ou étrangers depuis le jeudi 30 juin 2005, aux effets dévastateurs du néo-esclavagisme, que représente-t-il exactement ce document inspirateur de la résistance politique et stimulateur de la lutte démocratique ?

Lettre ouverte au Citoyen Mobutu Sese Seko
Président-Fondateur du Mouvement populaire
de la révolution Président de la République du Zaïre

« Celui qui a la conscience d’avoir mérité de son Pays et surtout de lui être encore utile; celui que ne rassasie pas une vaine célébrité et qui dédaigne les succès d’un jour pour une véritable gloire, celui qui veut dire la vérité, qui veut faire le bien public indépendamment des mobi­les mouvants de l’opinion populaire, cet homme porte en lui la récompense de ses services, le charme de ses peines et le prix de ses dangers; il ne doit attendre sa moisson, la destinée de son nom, que du temps, ce juge incorruptible qui fait justice à tous ».

MIRABEAU

Kinshasa, le 1er novembre 1980

Citoyen Président Fondateur,

Dans votre discours du 1er juillet 1977 à la Cité du Parti à N’Sele, après avoir constaté que la voix du Peuple était souvent étouffée, et qu’elle risquait de se faire entendre trop tard, Vous ajoutiez ceci:

« Le Mouvement Populaire de la Révolution est un parti démocratique et non un parti dictatorial. Le Peuple zaïrois doit aussi avoir l’occasion d’émettre des critiques constructives; car, à mon sens, toute critique objective fait partie de l’exercice de la démocratie. Une critique ne devient subversive que quand elle est clandestine, sournoise et destructive (1). »

Pour la première fois, permettez-nous de faire usage de cette liberté démocratique que Vous avez publiquement reconnue. Et permettez-nous d’en user en nous adressant directement à Vous-même. Les problèmes soulevés ici ayant un caractère public, nous avons jugé bon de donner à la présente la diffusion qu’elle mérite.

Citoyen Président-Fondateur,

Les réflexions qui suivent ne sont ni satire ni procès. Elles sont tout simplement le résultat de nos préoccupations quotidiennes, des interrogations qui découlent tout naturellement de la confronta­tion de notre réalité d’aujourd’hui avec Vos déclarations publiques. À commencer par Votre profession de foi du 24 novembre 1965 et votre discours-programme du 12 décembre 1965, en passant par le Manifeste de la N’Sele et par toutes les déclarations qui sont venues compléter ces principes de base.

Vu sous ce rapport, nous préférons opter pour un langage mili­tant, c’est-à-dire dépouillé de toute hypocrisie et de toute flatterie.

Citoyen Président-Fondateur,

Le 24 novembre 1965, par un coup d’État, Vous preniez la grave décision d’assumer personnellement la Magistrature Suprême de notre pays. Les justifications fournies à cette occasion, dans la mesure où elles n’ôtaient pas au Peuple son rôle primordial, nous ont convaincus de votre sens patriotique et de votre désir de con­duire notre jeune et grande Nation vers le bonheur et la prospérité.

Le 12 décembre 1965 notamment, devant la Nation représentée au Stade du 20 Mai, Vous avez prononcé un sévère réquisitoire, suivi d’une analyse critique de la situation politique, économique, financière et sociale. Vos paroles n’ont pu qu’émouvoir les cœurs sensibles et Vous ont valu la confiance et l’enthousiasme d’un Peuple fraîchement libéré d’une longue domination coloniale. Une nou­velle page d’histoire était tournée. De nouveaux espoirs légitimes naissaient.

Depuis lors, quinze ans se sont écoulés. Tout au long de votre règne, Vous n’avez cessé de nous répé­ter que « les problèmes du Zaïre, le sort du Zaïre doivent être réglés entre nous, au Zaïre, et non point à l’étranger ».

Nous sommes de ceux qui attachons de l’importance à la nécessité de voir les problèmes zaïrois résolus par les Zaïrois. C’est pourquoi nous avons choisi de rester dans le pays et, chaque fois que l’occasion nous en a été donnée, nous n’avons pas manqué d’apporter notre franche et loyale contribution à son édification. Cette option n’est pas synonyme de résignation. Elle trouve son fondement dans l’amour, dans le profond attachement à notre pays et dans l’adhésion au modèle de société que le Manifeste de la N’Sele propose à notre Peuple.

Citoyen Président-Fondateur,

Si, au terme de ces quinze ans d’un Pouvoir que Vous avez exercé sans partage, nous avons connu des périodes de prospérité (entre les années 1967 et 1970), ce dont, nous Vous félicitons, nous devons cependant reconnaître que, depuis lors, la situation du Zaïre est devenue de plus en plus préoccupante sur tous les plans. Déjà en 1977, ne disiez-Vous pas Vous-même avec raison :

« L’état actuel de notre société est des plus préoccupant et chaque secteur de la vie nationale se trouve dans un état critique qu’il serait vain d’ignorer »(2).

Et Vous posiez le diagnostic en précisant que le «Mal zaïrois n’est pas d’ordre économique ou administratif. Il est essentiellement d’ordre politique et moral »(3). En d’autres termes, il y a une crise profonde de confiance tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. À l’intérieur, les populations boudent manifestement le Parti et paraissent blasées par la multitude de slogans qui se contredisent et ne se traduisent jamais dans la réalité quotidienne. Sur le plan international, et à en croire les échos qui nous parviennent, le Zaïre a perdu toute crédibilité et ses dirigeants sont considérés comme les plus mauvais gestionnaires qui soient.

En rapport avec la gravité de la situation, Vous avez préconisé des remèdes, à caractère essentiellement politique entre autres : « la mise en pratique effective de toutes les libertés notamment la liberté d’opinion, c’est-à-dire le droit pour le gouverné d’émettre des critiques constructives à l’égard des gouvernants(4) ».

Il s’en est suivi des réformes politiques et économiques qui se voulaient prudentes et progressives. Si les réformes politiques ont connu un début d’exécution avec l’organisation des élections législatives de 1977, donnant naissance à un Conseil Législatif dont l’action a redoré le blason du Zaïre, il n’en va pas de même des réformes économiques.

Alors que nous nous attendions à ce que ces réformes politiques soient suivies des réformes économiques, alors que la Nation souhaitait vivement voir se poursuivre l’action du Conseil Législatif, et renforcer ses pouvoirs, votre discours du 4 février 1980, de même que les menaces proférées à maintes reprises à ­l’endroit des Parlementaires, sont venus arrêter l’élan et l’enthou­siasme des Commissaires du Peuple qui, plus que d’autres Cadres du Parti, passent pour les plus crédibles aux yeux des masses et de l’Opinion Internationale.

Nous avons parlé des réformes économiques. Elles sont restées plutôt des vœux pieux. Pourtant, n’aviez-Vous pas, le premier, reconnu que « le système économique zaïrois est trop centralisé, le pouvoir central se réserve souvent le droit exclusif d’opérer certaines prestations financières, commerciales ou administratives ». C’est pourquoi, ajoutiez-Vous : « nous allons opérer une décentralisa­tion de notre économie : décentralisation au niveau de la territoriale (Régions, Sous-Régions, Zones et Collectivités locales) et décentralisation au niveau de la gestion » (5).

Plus tard, Vous déclariez que « les trois quarts de la masse monétaire du pays sont concentrés à Kinshasa : l’essence, les produits alimentaires, pharmaceutiques, et autres importés de l’étran­ger, demeurent à Kinshasa alors que les devises pour leur importation proviennent en quasi-totalité de la sueur des populations des zones industrielles et agricoles de l’intérieur du pays ».

Et Vous concluiez avec raison: « Dés lors, l’on peut comprendre en partie l’échec de tous nos programmes de relance agricole et de développement du pays »(6).

Et Vous ajoutiez encore ceci: « Avec la nouvelle équipe ministérielle issue desdites réformes, je tiens à sortir notre pays de la crise économique. Pour y parvenir, nous devons avant tout nous atteler au développement rural » (7).

Depuis lors, plusieurs équipes ministérielles se sont succédé au Conseil Exécutif et l’on attend toujours les premiers signes de la perspective de fin de crise. Le secret résidait-il dans la réforme ou dans la permutation des hommes ? L’expérience prouve, aujourd’hui, que le problème est plutôt ailleurs.

C’est dans le système, c’est-à-dire dans la conception des structures politiques qu’il faut, croyons-nous le rechercher. La crise est structurelle. Il ne s’agit pas d’une crise d’homme, de Cadre comme Vous ne cessez de le répéter. Dans les structures du MPR, même les Cadres les plus expérimentés doivent être incompétents. À la Banque du Zaïre, M. Blumenthal, expert de renommée internationale, ne s’est-il pas révélé incompétent ?

Sans doute considériez-vous le Plan Mobutu comme fer de lance pour sous-tendre la relance économique et assainir les finances publiques. Bien qu’il soit mal aisé de le clamer tout haut, l’opinion publique, alimentée par radio-trottoir, est actuellement convaincue que notre beau plan est un mort-né. Il n’est plus qu’un souvenir douloureux à inscrire dans l’histoire, la triste histoire d’autres beaux plans chimériques qui ont déçu les espoirs.

Mais, n’anticipons pas. Pour mieux comprendre notre démarche qui est en même temps un cri d’alarme, nous allons procéder étapes par étapes en partant de la Proclamation du Haut­-Commandement jusqu’aux récentes réformes annoncées par le Bureau Politique, et en examinant chaque domaine, pour mieux apprécier les résultats obtenus.

1. Domaine politique

Le 24 novembre 1965, Vous disiez de l’Ancien Régime: « Si la situation militaire était satisfaisante, la faillite était complète dans le domaine politique. Les dirigeants politiques se sont cantonnés dans une lutte stérile pour accéder au pouvoir sans aucune considération pour le bien-être des citoyens de ce pays »(8).

Dans votre Discours-Programme du 12 décembre 1965 au Stade du 20 Mai, Vous ajoutiez, parlant toujours des politiciens du Régime Kasa-Vubu-Lumumba : « Rien ne comptait pour eux si ce n’était le pouvoir […] et ce que l’exercice du pouvoir pouvait leur apporter. Se remplir les poches, exploiter le Congo et les Congolais, voilà ce qu’était leur devise. À tous les échelons, nombre de ceux qui dans notre pays avaient une parcelle du pouvoir public, se lassaient corrompre, avantageaient les personnes ou les Sociétés qui leur payaient des pots-de-vin et négligeaient les autres. Leur activité professionnelle n’était plus inspirée par l’intérêt national ou provincial, mais uniquement par leur intérêt propre. Je viens de vous démontrer que nous étions menacés de l’intérieur. Nous l’étions tout autant de l’extérieur. Certains politiciens, pour se maintenir ou pour reprendre le pouvoir, n’ont pas hésité à faire appel à des puissances étrangères. Ils se sont déclarés prêts à vendre le pays et le Peuple congolais à la condition expresse qu’ils soient aidés à se maintenir ou à repren­dre le pouvoir. Pour satisfaire leurs ambitions, ils étaient sur le point de sacrifier notre indépendance, notre souveraineté et notre bonheur de Peuple libre » (9).

Avec l’avènement du MPR en 1967, et toujours sur le plan politique, voici le modèle de société que le Manifeste de la N’Sele nous promettait :

– la restauration de l’autorité de l’État et son prestige international;

– le respect des libertés démocratiques;

– la participation active directe ou indirecte de chacun à la discus­sion publique des problèmes de la vie commune;

– la confrontation permanente des intérêts, des besoins, des nécessités économiques ou politiques;

– libérer les Zaïrois et les Zaïroises de toutes servitudes et assurer leur progrès en édifiant une République vraiment sociale et vrai­ment démocratique;

– la Révolution ne se fera pas par l’écrasement de l’individu;

– la liberté humaine est au centre des préoccupations du MPR;

– suppression des oppressions politiques;

– réaffirmation de grandes libertés traditionnelles : liberté d’opi­nion, liberté de Presse, liberté de conscience;

– le citoyen doit être respecté dans sa liberté qui lui rend la force de son dévouement;

– le MPR respectera les libertés fondamentales et facilitera leur exercice.

Depuis lors treize ans se sont écoulés. Qu’avons-nous vécu ? Que vivons-nous aujourd’hui ?

Tout en se voulant un parti démocratique, le premier acte posé par le MPR fut de méconnaître au Peuple un des droits naturels les plus élémentaires : le libre choix. Le MPR est un parti qui recrute ses membres par la force. Un de ses slogans de base tra­duit ce caractère coercitif: « Que vous le vouliez ou non, vous êtes du MPR » (Olinga olinga te, Ozali MPR).

Et cette première entorse à la liberté a, hélas, été institutionnalisée. Pourtant, la liberté est le bien le plus cher de l’homme, un don naturel qu’aucun chef temporel n’a le droit de s’approprier, qu’aucun Peuple n’a le droit d’aliéner.

John Milton n’écrit-il pas : « Notre liberté ne nous vient pas d’un César. Elle est une béné­diction reçue de Dieu lui-même. Nous l’avons reçue en naissant. Mettre cette liberté aux pieds d’un César, alors qu’elle ne nous vient pas de lui, que nous ne lui en devons aucune reconnais­sance, serait un acte indigne de nous, qui dégraderait notre nature elle-même »(10).

Dans votre Régime, Citoyen Président-Fondateur, la Presse est étatisée. De nombreuses démarches tendant à obtenir sa libéralisation se buttent toujours contre une fin de non-recevoir. La Presse étrangère qui entre dans le pays, est censurée. Cependant, cette censure est loin d’être efficace puisque, en fin de compte, les Ser­vices de Sécurité qui saisissent les journaux ou revues critiquant le Zaïre (en donnant des informations exactes mais gênantes pour le pouvoir), finissent par les vendre à un prix d’or. Ceux qui les acquièrent en assurent une large diffusion par des photocopies. Et le Peuple d’ironiser en disant que le « rideau de bambou » érigé par le Pouvoir n’est pas aussi insonore que le « rideau de fer » dans les pays communistes. De cette situation, est né un phéno­mène propre au Zaïre : ‘‘la radio-trottoir’’. Vous avez reconnu Vous-même sa puissance par rapport à la Voix du Zaïre. La clandestinité s’y mêle par la prolifération des tracts.

Il s’ensuit une sous-information générale, des déformations fré­quentes ou même tout simplement des inventions qui souvent nuisent à la crédibilité du Régime. Comment dès lors concilier cette situation avec le prescrit du Manifeste de la N’Sele, d’une part, et vos déclarations fracassantes et constantes selon lesquelles « le Peuple zaïrois dont la maturité n’est plus à mettre en doute, doit pouvoir s’exprimer en toute liberté et toute légitimité d’autre part» (11).

Citoyen Président-Fondateur,

Sur les thèmes de liberté et de démocratie, Vous avez dit beaucoup de bonnes choses. Des choses qui en soi sont justes, et qui per­mettent de croire que Vous pouvez vous conformer à Votre profes­sion de foi du 24 novembre 1965 et au Manifeste de la N’Sele. Vous tenez à Vous faire admettre comme un Chef démocratique et non despotique. Mais entre le discours et l’action, la marge est malheureusement trop grande, hélas ! C’est pourquoi, permettez-nous de soumettre à votre méditation, Vous qui êtes le Premier Responsable de notre devenir, les réflexions suivantes :

« La tolérance à l’égard de différentes opinions politiques constitue le seul moyen d’éviter une révolte violente et la seule façon de réaliser une unité nationale réelle et durable. S’il existait effectivement des risques dus à l’expression d’opinions dangereuses ou déloyales, leur importance est bien moindre que celle des risques dus au silence imposé par la crainte »(12).

« La liberté de la parole et la liberté de la Presse constituent ce que l’on pourrait appeler le moteur du processus démocratique. Sans la liberté de discuter, de critiquer, de différer d’opinions, d’encourager une modification dans la politique officielle, la démocratie aurait bien du mal à fonctionner »(13).

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1 Discours présidentiel du 1er juillet 1977, Ed. IMK [page manque]
2 Discours présidentiel du 25.11.1977 Ed. IMK, p. 11
3 Discours présidentiel du 25.11.1977, Ed. IMK p.11
4 Discours présidentiel du 25.11.1977, Ed. IMK p.14
5 Discours présidentiel du 01.07.1977, Ed. IMK, p.13.
6 Discours présidentiel du 25.111977, Ed. IMK, p.13
7 Discours présidentiel du 1.07.1977, Ed. IMK, p. 9.
8 Proclamation du Haut-Commandement du 24.11.1965.
9 Discours, Allocutions et Messages, Ed. J.A, 1975, Paris, p.20 et 21.
10 Alan Barth: Héritage de la liberté, Ed. France-Empire, 1971, Edition bilingue, p.33.
11 Discours présidentiel, op. cit, p. 71
12 Héritage de la liberté, op.cit. p. 71
13 Héritage de la liberté, op.cit. p. 73

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