Et s’il fut le plus intelligent de tous ses contemporains? Il a développé à la perfection la stratégie d’immersion de l’escargot… Tout, tout, tout, vous saurez tout sur… Antoine Gizenga Funji, le Premier ministre de R-dC grâce à l’interview fleuve exclusive ci-après accordée au «Soft International» par l’un des membres les plus attitrés de sa garde rapprochée, le ministre PALU du Budget Adolphe Muzito.
«Chief of station, Congo». C’est le livre du Chef espion américain qui fait courir ces derniers jours. Larry DevIin qui recruta Joseph Désiré Mobutu dans le Congo en pleine crise parle de son expérience en pleine guerre froide dans une zone chaude à Léopoldville alors livré aux intérêts hautement stratégiques qui se disputent alors l’avenir et le devenir du monde.
De Gizenga, le maître espion aujourd’hui à la retraite dans les environs de Washington dit tout le mal. «Un personnage fort ennuyeux, qui se méfiait de tous, d’une intelligence limitée» et conclut par point barre. Dur jugement. Et si l’homme dont le Chef d’antenne de la CIA parle était le plus intelligent de sa génération? Tous ses contemporains sont passés. Décimés par la guerre froide.
Lui est toujours là. Il dure, physiquement et politiquement. Il lui fallait choisir: ou faire le Lumumba-Mulele – s’opposer farouchement aux Occidentaux et être liquidé immédiatement alors que la guerre froide fait rage avec à la clé l’espionnage et sa méthode, la dénonciation – ou devenir leur ami – comme Mobutu-Kasavubu -, à tout le moins feindre – pour finir de toutes façons par être mangé. C’est Kasavubu, c’est Mobutu.
Lui a choisi la durée. Il n’a choisi ni la première, ni la deuxième stratégie mais a opté pour la stratégie achevée de l’escargot: se remettre dans sa coquille et attendre qu’il fasse jour et beau vivre.
À l’arrivée, Gizenga a gagné. Au point où à 83 ans, il s’accouple avec celui qui aurait pu être son fils ou son petit-fils pour gouverner le Congo devenu Zaïre puis redevenu Congo.
C’est l’un des enseignements de cette interview fleuve si riche, si dense qu’a accordée à une équipe du «Soft International» l’un des membres de la garde rapprochée du Premier ministre, le ministre PALU du Budget, Adolphe Muzitu. Alors que la ville grouille des rumeurs sur la santé du Premier ministre partis en soins en Europe, en Belgique, la première question ne pouvait logiquement porter que sur cette question.
T. KIN-KIEY MULUMBA.
Monsieur le Ministre, comment va le Premier ministre?
Il va très bien. Il est en Europe pour des contacts politiques et il va en profiter pour faire un check-up.
En Europe dites-vous? C’est en Belgique…
En Belgique, plus précisément à Bruxelles.
Pourquoi va-t-il en Belgique, là où il n’y a pas de gouvernement? Quels contacts politiques pourrait-il y prendre par ce temps-ci où le Gouvernement expédie les affaires courantes?
La Belgique, c’est d’abord notre ex-puissance coloniale. Il a des amis politiques. Il y a ceux qui expédient les affaires courantes certes. Il y a une politique belge et il y a une politique européenne sur le Congo et réciproquement. Il peut avoir des entretiens politiques et profitant de cette occasion, il pourra faire son check-up.
Vous parlez de check-up. Ne s’agit-il pas d’un problème de cataracte? Vous nous en aviez déjà parlé. Confirmez-vous cela?
Il n’a plus de problème de cataracte. Il en a été opéré lors de son dernier voyage. Son ophtalmologue lui avait demandé de revenir un mois et demi plus tard pour un contrôle. Mais pour des raisons d’État, il n’a pas pu faire le déplacement. Le Président de la République a autorisé cette fois-ci parce qu’on est un peu plus dégagé maintenant qu’on a obtenu les lois essentielles dont celle portant sur le Budget de l’État.
La ville jase qu’il pourrait faire plus longtemps en Europe. Vous confirmez que dans deux semaines, il sera de retour?
Dans une semaine, maintenant, il sera là.
À quoi, Monsieur le Ministre, attribuez-vous sa puissance physique et même intellectuelle?
En arrivant au monde, nous n’avons pas les mêmes dispositions. Je dirai que c’est un homme qui est physiquement et intellectuellement très fort. Mais je crois que c’est aussi l’éducation catholique. C’est un ancien séminariste. Il a été à Kinzambi chez les Jésuites dans le Bandundu et au grand séminaire de Mayidi. Politiquement, s’il a fait la prison, ce n’est pas au point qu’elle le détruise, fort heureusement d’ailleurs. Au plan alimentaire, c’est un homme qui ne connaît pas des excès.
Et en général, il a vécu dans l’austérité absolue. Ce n’est qu’un fermier. Peut-être faut-il dire que lors de son exil, il n’a pas eu le soutien de ceux qui dans le monde soutiennent les dirigeants politiques car son ombre rappelait trop celle de Lumumba. Il est de la génération de ceux qui étaient à la pointe de la lutte anti-coloniale. Il a donc dû vivre dans l’austérité en labourant la terre. De cette formation chez les Jésuites, il retient la discipline de la vie. Il se réveille à temps, mange à temps, fait sa gymnastique matinale. Au plan politique et spirituel, il a lutté avec désintéressement. Il lutte pour le pays et le peuple sans se voir lui-même.
S’il avait porté la crise congolaise à sa personne en termes d’ambitions personnelles, de réussite personnelle, je crois qu’il aurait connu beaucoup de chocs. Il a lutté avec désintéressement en disant : «j’accompagne le peuple. S’il peut réussir avec moi, tant mieux, sinon la lutte continue». Il a bien assumé la lutte sur le plan de la santé mentale, physique et spirituelle. Voilà peut-être pourquoi il a cette espérance de vie que nous lui connaissons aujourd’hui.
Depuis quand le connaissez-vous?
Je le connais depuis ma jeune enfance. Chez nous, Gizenga est Dieu. On vous parle de lui dans les contes par les grands-mères. Nous le connaissions déjà quand nous avions deux ou trois ans. Le voir physiquement, je crois que c’est à son retour d’exil.
Quand en 1992, il est revenu au pays, j’étais déjà au parti sans y être nécessairement de manière formelle. C’est en 1991 que j’ai adhéré au parti et ai reçu ma carte. En réalité, j’y étais déjà depuis l’université. Comme dans tous les partis qui opéraient dans la clandestinité, j’étais parmi ceux-là qui n’avaient pas de carte du parti, mais qui participaient à des réunions secrètes. Nous recevions du courrier qui venait de Brazzaville qui nous donnaient des enseignements et des directives.
Depuis quand faites-vous partie du premier cercle de sa garde rapprochée?
À l’époque de mon adhésion, j’étais plutôt proche de Gifuza et le siège du parti se trouvait au Pont Gabi, aujourd’hui Pont Kasa-Vubu. Peu avant son retour, nous avions mis en place un comité exécutif national au sein duquel j’étais chargé des questions économiques et financières. Membre de sa garde rapprochée? Je ne sais. Je crois que je le suis de facto, même si je ne fais pas partie du secrétariat permanent du Parti.
C’est vous qui avez rédigé le projet de budget passé à l’Assemblée nationale et est en examen au Sénat. Est-ce qu’il y a des rubriques auxquelles il tenait absolument, lui, comme chef du PALU?
Il y a beaucoup de rubriques auxquelles il tient, mais que nous n’avons pas encore formellement inscrites au budget faute de temps. D’abord, il veut des salaires et émoluments intégrés. C’est-à-dire, depuis le Président de la République jusqu’à l’huissier, il estime que les salaires doivent être connus de tous. Le barème intégré précise le salaire de base, les primes et tient compte des compétences et du travail de chacun.
C’est donc une vision globale qu’il veut, mais nous n’avons pas eu le temps d’harmoniser tout cela. Dans ce pays, les primes et les avantages vont dans tous les sens. C’est ce que nous allons corriger dans le Budget 2008. Ensuite, il y a la répartition des recettes de l’État entre le Gouvernement central et les provinces jusqu’aux groupements. La Constitution ne prévoit que la répartition entre le pouvoir central et les provinces, mais elle est muette quant à la répartition entre les provinces et les entités décentralisées d’échelon inférieur. Il faut donc une bonne répartition et il nous faut harmoniser. Il faut aussi bien répartir entre les investissements et la consommation de l’État. Il y a également la répartition des tâches, voire la pression fiscale entre le pouvoir étatique et l’économie publique, d’une part, et d’autre part, l’économie privée. Il faut un équilibre. Il dit souvent que les gens ne devraient pas penser que la reconstruction du Congo est affaire seulement de l’État et de l’État uniquement.
Ce dernier est là pour financer les infrastructures de base, mais la création des richesses, c’est l’affaire du secteur privé. Cette vision peut paraître contradictoire pour un socialiste comme lui. Mais pour lui, la production est l’œuvre de l’individu. C’est le génie individuel qui en est le créateur. Il donne souvent cette image: «quand un poisson est dans l’eau, il appartient à l’univers, quand il est à l’hameçon, il appartient au pêcheur et quand il sort, il appartient à la communauté». La création est l’œuvre d’une minorité, mais le partage est pour tout le monde. Il doit se faire en rétribuant correctement ceux qui y ont pris part. Donc, il ne faut pas décourager l’individu qui génère la richesse, c’est-à-dire, l’entrepreneur. Il pense que la création de la richesse doit être le fait de l’individu ou des individus. C’est pourquoi, il faut encourager le secteur privé tout en s’assurant que ceux qui créent la richesse et la contrôlent, ne s’en accaparent pas pour eux seuls. Pour la simple raison que pour y arriver, ils ont besoin de toute la société, tout au moins du potentiel naturel qui est le don divin de toute l’humanité.
C’est dire que les cinq chantiers du Président de la République, ce n’est pas l’État seul. Encore que l’État lui-même n’est pas bien organisé aujourd’hui pour mobiliser suffisamment de richesses. C’est l’œuvre de tous les Congolais, du secteur privé. D’où, il faut libéraliser l’économie, redimensionner les moyens de production qui sont aujourd’hui sous le monopole de l’État. Il faut ouvrir au secteur privé le capital de toutes ces entreprises, SNÉL, RÉGIDESO, SONAS, etc., que l’État a confisquées et gère mal, en assurant plus de sécurité juridique et judiciaire à l’initiative privée.
Précisément, vous évoquez cette contradiction entre le socialiste qu’il est et l’appel à la privatisation qu’il professe. Est-ce que cette contradiction existe réellement?
Ce n’est qu’une contradiction apparente. Les socialistes disent: «à chacun suivant son travail». Et le socialisme révolutionnaire disait qu’il n’y avait qu’un seul parti politique, le parti des prolétaires, et il y avait un seul détenteur des moyens de production, ce parti qui était en même temps l’État. Par contre, lui, est pour une démocratie pluraliste, donc un socialiste démocratique qui prône le pluralisme politique.
Il est contre le système socialiste en termes de contrôle monolithique des moyens de production par l’État ou le parti qui se confond à lui. Il dit que l’État peut participer à l’économie, mais dans des tâches bien spécifiques à côté d’autres opérateurs économiques. Il est pour le contrôle des moyens de production par tout le monde, pour la propriété privée et le profit. Néanmoins, il veut que le profit puisse être partagé par tout le monde qui concourt à sa réalisation.
Est-ce que cette mue qu’il semble avoir opérée est due au fait qu’il y a le FMI et la Banque mondiale derrière ou c’est une idéologie qui a toujours existé depuis sa jeune enfance politique?
Le Premier ministre est un démocrate et il est né démocrate. Avec les autres, ils ont lutté contre la colonisation qui était une dictature politique et économique. Ils ont renversé la monarchie occidentale qui opprimait notre peuple. Ils sont politiquement démocrates pluralistes et non populaires. La preuve, ils sont allés aux élections à plusieurs partis en 1960 et quand ils ont formé le gouvernement, c’était un gouvernement pluraliste.
En fait, ils n’ont jamais été des communistes, mais des nationalistes qui luttaient pour la souveraineté du pays et de notre peuple. Et pour cela, ils faisaient peur aux Occidentaux qui dans le contexte de Guerre froide ne voulaient pas que cette liberté, cette autodétermination ouvre une brèche pour les adversaires de l’Est. Ils ont toujours été des libéraux sur le plan économique, tout en étant des socialistes sur le plan politique. Ils ont toujours considéré que le marché est l’instrument pour créer la richesse. Mais il faut que le pouvoir politique en cadrant ce marché ait une volonté de partage. Et ceux qui créent la richesse, partagent avec ceux qui travaillent ou concourent à la réalisation de la richesse comme facteur humain. C’est comme les travaillistes anglais qui préconisent l’économie de marché, mais regardent comment le surplus généré se partage.
C’est comme les démocrates américains, les socialistes français… C’est seulement le contexte qui les différencie des autres. Eux, ils sont dans un contexte de construction d’une économie de marché en partant d’un contexte de féodalité. Ils veulent créer une économie sur fond de l’initiative privée en prenant la précaution que le contrôle du processus de sa mise en oeuvre n’échappe pas aux Congolais.
Parlant de la période de 1960 quand ces nationalistes arrivent, qu’est-ce qui s’est passé précisément? Pourquoi le Premier ministre Gizenga a tant perdu dans l’espace politique?
À son retour?
Il était président du PSA et aurait dû être le président provincial à Léopoldville. Et, il y a Lumumba qui fait de lui son vice-Premier ministre. Qu’est-ce qui s’est passé exactement?
Tout ce que je sais est qu’il était à l’échelon national. Il n’avait pas d’ambition au niveau provincial. Il faut dire aussi qu’il n’avait pas le contrôle de la base parce qu’il était au niveau central.
Avec Lumumba, ils pensaient que le régime politique de l’époque donnait au gouvernement plus de pouvoirs dans l’action qu’au président de la République. Et ils ont choisi de conduire le gouvernement. Ceci correspondait à l’idée que Kasa-Vubu était mieux placé pour représenter la Nation parce qu’il était le plus âgé des tous et le premier à prononcer le mot indépendance. Il nous l’a dit. Pour eux, c’est ce qu’il fallait faire à cette époque.
Le PALU gagne les élections présidentielles puisque le Premier ministre Gizenga est invité à constituer un ticket avec le Président de la République. Comment expliquez-vous toutes les défaites venues après cette victoire aux Présidentielles?
Nous, nous avons été élus sur la base de la crédibilité ambiante et historique de notre parti et du chef aux élections présidentielles et législatives. Ensuite, le fait que Gizenga n’était plus au second tour a démobilisé les militants. Il y a eu une sorte d’abstention au Bandundu. Il y a aussi une campagne de mensonge qui a démobilisé les militants parce que chez nous le vote était un vote politique et militant.
Cet électorat était démobilisé par le mensonge de nos adversaires – notamment du MLC – qui ont dit que Kabila a mis Gizenga en difficulté, qu’il l’a fait déloger, etc. Nous n’avions pas les moyens de nous déplacer pour aller démentir tous ces mensonges. Souvenez-vous qu’au premier tour, nous ne nous sommes pas déplacés. Le peuple a voté spontanément.
Comment voyez-vous l’avenir maintenant?
Nous voyons l’avenir dans le travail. Maintenant que nous sommes aux affaires, les cotisations et le soutien des amis pourront nous permettre d’ajouter à l’organisation politique à la base la dimension de la direction du parti des camarades, des élites pour accompagner, faire passer les idées, le mieux possible.
L’avenir dépend de ce travail de communication, de mobilisation qui doit partir du sommet et des échanges entre le sommet et la base. Le contexte actuel qui est celui de plus grande liberté et de stabilité politique noue permettra de nous déployer à travers le pays pour implanter le parti et communiquer avec la base.
Alors que vous êtes aux affaires, avez-vous encore le temps de vous occuper de l’avenir du parti et de son implantation à travers le pays?
Il y a des personnes qui ont pris la relève et nous-mêmes continuons à être membres du parti. C’est un travail d’ensemble, d’organisation. Nous allons nous y atteler.
Pourquoi le Premier ministre Gizenga ne s’est-il jamais déplacé dans sa base la plus naturelle? Comment expliquez-vous cela?
Compte tenu dans sa carrure, il devait le faire. Non seulement au Bandundu, mais à travers tout le pays. Il s’est posé d’abord un problème des moyens, mais aussi de sécurité qui ne lui a pas permis de battre campagne. Les conditions sont en train de s’améliorer et il pourra se déplacer dans le cadre de ses fonctions actuelles et aussi de l’encadrement du parti.
Voulez-vous dire que le Premier ministre est prêt à se déplacer à l’intérieur du pays?
Je ne suis pas son porte-parole pour répondre à cette question. Mais j’évoque le principe.
Un livre «Chief of Station, Congo» que l’Américain Larry Devlin vient de sortir. L’ancien patron de la CIA à Léopoldville, en pleine guerre froide, décrit le Premier ministre Antoine Gizenga sous un très mauvais jour, un homme qui ne se déplaçait pas, qui avait peur de tout, se terrait chez lui… C’est finalement cette image que les Congolais semblent découvrir de lui aujourd’hui encore…
Gizenga est l’homme qui reflète le contexte de l’histoire du Congo. Combien de ses compagnons sont morts? Gizenga était à la pointe de la lutte anti-coloniale. Gizenga a bravé le grand capital dans sa logique de l’époque. Vous savez que le grand capital s’est civilisé. Pensez à la Guerre froide, pensez à Lumumba. Pensez au sort de Mulele. Pensez au sort de ceux qui se sont soumis au grand capital. Ils ont eu la même sanction à peu près. Mais Gizenga, par sa formation de Jésuite, était déjà un révolutionnaire qui a fait qu’aujourd’hui nous ayons les universités. Ce n’était pas dans le plan colonial.
C’est dire qu’il était en avance par rapport aux autres, parce que même du point de vue de la formation, c’est un philosophe. C’est une attitude adaptée. C’est pourquoi, il a survécu politiquement et c’est pourquoi le Congo a survécu aussi en tant que nation et en tant que peuple face à un contexte difficile, celui que le peuple congolais traversait pour émerger aujourd’hui comme peuple souverain par les élections, pour émerger aujourd’hui comme un peuple uni dans son intégrité. Alors, quand vous voyez celui qui parle, le contexte de l’époque, la Guerre froide et la position du Congo, vous comprenez le sort de tous les politiciens. Et Gizenga a survécu jusqu’à être là aujourd’hui pour accompagner le jeune Kabila.
C’est un héritage important. Donc, on peut déduire beaucoup de choses. Mais il est bon que ce livre soit écrit comme ça et il faut le traduire en français pour que les gens comprennent la vraie dimension non pas de Gizenga, mais de cette lutte-là et de ce peuple-là.
Voulez-vous dire que Gizenga a dû ménager ses forces pour durer politiquement?
Il a dû ménager ses forces pour durer, mais aussi celles de ce peuple à travers sa modeste personne pour survivre comme un État aujourd’hui uni et qui ne s’est pas effondré. Cela a été dur et tout ça est un patrimoine. Y compris ceux qui se sont trompés. Mais pour avoir atteint le niveau qui est le nôtre, je crois que nous devons beaucoup à tous nos dirigeants. Dont l’attitude de Gizenga face à un capital qui a été très violent.
Vous dites que le Premier ministre a joué pour durer et faire durer la Nation dans son unité. Si vous pouvez l’expliquer davantage?
Il y avait deux possibilités: ou se soumettre à la puissance capitaliste et l’on en devient un instrument qu’on finit par jeter quand il ne sert plus. Ce fut le sort de Tshombé, Adoula, Kasa-Vubu, Mobutu… Ou dire non comme Lumumba. Mais en disant non comme Lumumba, Mulele, on est mangé par les puissances. Gizenga a choisi de dire non à autre façon.
Laquelle? Aller en exil?
Sans les affronter verbalement en s’inscrivant dans la durée du peuple, en se ménageant tout en continuant de dire non à la solution.
Était-ce un choix délibéré dès le départ?
Cela a été un choix délibéré dans la mesure où il a continué à dire non, notamment quant à l’accession au pouvoir par des soutiens quels qu’ils soient. On lui a aussi proposé des armes en son temps.
Quelle est, disons, votre part idéologique personnelle au Budget. Peut-on savoir quelle dimension vouliez-vous personnellement imprimer à ce budget et à laquelle vous teniez en vous disant que si ce n’est pas ça, alors vous ne signez pas…
C’est difficile de le dire pour l’instant. Mais comme je vous ai dit au début, j’ai essayé de sauver les équilibres. L’objectif étant de sortir le pays de la crise. Et je crois que c’est aussi la volonté du Président de la République d’aider à ce que le pays atteigne le point d’achèvement.
C’est ainsi qu’on a respecté plus ou moins l’enveloppe salariale que nous avons convenu avec les bailleurs extérieurs, c’est-à-dire 274 milliards de Fc en prenant la précaution que les recettes additionnelles que nous avons réalisées par rapport à l’exercice 2006 soient consacrées uniquement aux fonctionnaires. C’est ainsi que les 25 milliards de Fc qui représentent l’enveloppe additionnelle par rapport au budget 2006 à ressources propres n’ont été affectés qu’à la majoration des salaires des fonctionnaires.
Les ministres et les autres catégories, notamment le personnel politique ont été maintenus au niveau de l’exercice 2006. C’est la raison pour laquelle les salaires et les émoluments des ministres n’ont pas été majorés.
Êtes-vous en train de dire que le projet de budget que vous avez présenté au Parlement n’est pas le vôtre et que le vôtre est à venir?
Il est un peu le mien dans la mesure où je me suis imposé. J’étais d’accord qu’il fallait rester dans la discipline que nous avons convenue avec les partenaires extérieurs parce qu’il faut atteindre le point d’achèvement.
Nous nous sommes alors dit que nous n’augmentons pas trop les assignations vis-à-vis des régies financières pour éviter qu’on aligne les dépenses dans le même ordre. Ces dépenses étant contraignantes et les recettes ne pouvant venir que progressivement de manière croissante jusqu’à la fin de l’année, nous risquions d’avoir des pressions inflationnistes pour les mois de juillet et août. Auquel cas nous sortirions du cadre des critères qualitatifs et quantitatifs définis avec les bailleurs de fonds, et donc rater la possibilité d’aller vers le point d’achèvement qui est la condition nécessaire pour avoir l’annulation de la dette.
Donc, ce budget, je l’assume, tout comme les contraintes liées au contexte économique tel que nous l’avons hérité. J’assume aussi la volonté des bailleurs de fonds et je dis que c’est également mon budget parce que j’ai adhéré à ces thèses. Mais ce n’est pas tout à fait ce que j’aimerais. Je pense pouvoir le faire la prochaine fois. Mais en même temps, je dis quand même qu’il n’y a pas que ce que moi je voulais. Il y a ce que le Président de la République voulait aussi.
Mais tel qu’il est sorti au niveau de l’Assemblée nationale, l’assumez-vous?
Je l’assume aussi parce que je suis solidaire de la volonté de notre majorité qui est au Parlement, au gouvernement et qui s’est donné un défi que nous devons relever ensemble. Mais nous ferons le point le moment venu.
Êtes-vous contrarié par l’effort supplémentaire qui vous est demandé?
Je prends ça du bon côté et je voudrais m’exercer à cela. L’important est que nous assumons ensemble le bilan le moment venu. Je crois que c’est aussi bien pour la République pour autant que je n’en serais pas le seul responsable parce que le Parlement vient du peuple qui s’est exprimé. C’sont aussi quelque part les attentes du peuple. Nous allons voir ce que nous pourrions atteindre comme objectifs, mais nous ferons le point pour évaluer et améliorer ensemble.
Aujourd’hui, vous êtes au pouvoir. On a parlé de l’avenir du PALU. Quand vous dites que vous allez implanter le parti, c’est que vous avez conscience qu’il vous reste beaucoup à faire?
Ne remarquez-vous pas que les partis dans notre pays ne sont pas implantés? Les élites politiques vont demander des voix au peuple sans être implantées sur le terrain en termes de structures de base, de cellules, y compris à Kinshasa qui est la capitale. Le PALU est l’un des rares partis à être implantés mais à la base.
C’est ce travail que nous devins élargir à travers le pays. Une vraie implantation avec des structures de base et des militants qui ont leur carte. C’est ce que nous appelons implantation. Nous n’avons pas eu le temps de le faire à travers le pays parce que nous nous implantons par la base. Maintenant nous allons le faire parce que le contexte s’y prête, notamment du point de vue sécuritaire et de la liberté politique. Le Président Kabila a libéralisé, il a préparé le contexte.
Mais il y avait la guerre, les difficultés, y compris des moyens pour un parti qui avait vécu dans la clandestinité et dont les élites étaient au chômage. Nous misions sur les cotisations des membres qui étaient au chômage, eux aussi. De plus en plus et avec le soutien désormais de l’Etat, nous aurons un peu plus de moyens pour nous déployer à travers le pays afin d’y implanter le parti.
La solution pour vous demain n’est-ce pas de fusionner avec le PPRD?
Nous n’avons pas besoin de fusionner avec le PPRD pour exister comme coalition ou famille politique. Nous pourrions évoluer vers cela. Je crois que c’est un processus historique qui doit nous dicter la ligne de conduite. Mais nous sommes déjà une famille politique. L’évolution vers une fusion est toujours possible entre les partis politiques de même obédience. On n’en est pas encore là.
Cela vous arrive-t-il de l’envisager? Est-ce dans le domaine du possible?
Oui, c’est dans le domaine du possible. L’expérience pour nous de la gauche est là : Lumumba, Gizenga, Kashamura et Sendwe. Quand ils ont gagné en 1960, c’était des partis distincts. Mais compte tenu des difficultés qu’ils ont ressenties de la part des autres partis de la droite, pourtant acceptés au gouvernement, ils ont dû prendre l’option de fusionner pour créer un parti unique. Le PALU aujourd’hui.
Le projet était proposé par Gizenga au Premier ministre Lumumba à l’époque au cours d’une réunion quand ils ont contesté les attaques venant des adversaires politiques. Ils n’ont pas pu mettre cela en œuvre. Lumumba est mort.
Et c’est en 1964 quand Gizenga sort de la prison de Bulambemba qu’il va l’idée. Aujourd’hui, il y a de nouvelles forces politiques qui ont émergées. Pourquoi en tant que forces d’un même camp politique nous ne pourrions pas évoluer vers cela ? Donc, c’est une perspective qui peut être envisageable. Mais on n’en est pas encore là.
Ne trouvez-vous pas qu’il y a aujourd’hui trop de disparités au sein de la coalition AMP-PALU?
C’est normal parce que nous venons de faire alliance. Mais c’est le processus qui va déterminer la suite. On ne peut pas penser pour des partis politiques qui viennent de faire alliance que les choses peuvent se passer sans accrocs, sans divergences. C’est tout à fait normal et c’est dans le processus que les harmonisations et les convergences vont se dégager.
Les attaques les plus virulentes contre le gouvernement ne viennent-elles pas de l’AMP?
Il faut prendre en compte les ambitions des gens. On pourrait en avoir qui pensent que c’est en fragilisant le gouvernement qu’ils pourraient prendre la chose. Il faut aussi prendre en compte le fait qu’il y a toute une culture politique que nous devons acquérir. On vient de réintroduire la démocratie. Je pense que nous allons évoluer dans le bon sens. Quant au reste, il faut le mettre sur le compte des ambitions personnelles et partisanes.
Parlons de vos rapports avec le Chef de l’État. Confirmez-vous qu’il vous a laissé les pleins pouvoirs?
Pour ce qui est de mon secteur, je crois que le Président de la République laisse le gouvernement agir. Il encadre le gouvernement comme il le fait pour les autres institutions en sa qualité de garant du bon fonctionnement des institutions. Je pense que nous travaillons dans la vision qui est la sienne et pour laquelle il a reçu mandat. Les choses se passent bien. Quant aux rapports avec le Président de la République, ce dernier est une institution et moi je suis membre d’une autre institution. Donc, je suis tellement petit par rapport à lui. Je ne sais pas ce que vous entendez par rapport?
Dans le cadre de votre travail?
Je travaille comme membre du gouvernement. Le principe de solidarité est observé, les instructions du Président de la République au gouvernement le sont et il nous demande surtout de beaucoup travailler.
Sur la même lancée, comment sont les rapports aujourd’hui entre le Premier ministre et le Président de la République?
Les choses se passent comme il faut parce que le Président de la République et le Premier ministre sont historiquement du même bord politique. Et la symbolique Gizenga-Kabila, c’est vraiment les retrouvailles de la grande famille des nationalistes. C’est bon pour l’histoire, c’est bon pour le Président et c’est bon pour l’avenir du pays. Sentez-vous plus d’affinité sur le plan idéologique du travail qu’au début ou que c’est depuis le début que c’est dans cet état?
Il y a un côté idéologique, un côté affectif et un côté rationnel. Et ça se passe mieux depuis les retrouvailles. Ce que Gizenga n’a pas pu faire avec Laurent Désiré Kabila, il le fait avec Joseph Kabila. Donc c’est déjà avec Laurent Désiré Kabila que vous sentiez que vous étiez en face d’amis idéologiques et que l’occasion historique n’a pas été là pour faire le travail?
Non seulement on le sentait, mais Gizenga était d’abord dans le maquis de Kabila à Hewa Bora. Les photos existent. C’est dire que Kabila père était un descendant des Nationalistes. C’était un Lumumbiste. Et Kabila fils est de la lignée. Alors que Gizenga fait partie des aïeux.
Donc, c’est la famille historique, mais aussi géographique quand vous prenez le Katanga, les trois Kivu, la province Orientale, le Kasaï chez les Tetela, une partie du Kasaï occidental, le Bandundu, Kinshasa pas grand-chose parce qu’en 1960 nous étions faibles ici. C’est donc tout cela qui s’est reconstitué historiquement parlant. Et il se trouve que ce qui est géographique l’est idéologiquement aussi parce que le bloc nationaliste.
Maintenant, il faut le raffermir, le consolider, prendre place ici à Kinshasa et élargir pour prendre tout le Congo. Ça c’est la gauche par rapport à une droite qui existe, mais ne s’affirme pas en tant que tel et qui ne veut pas s’identifier correctement.
Qu’est-ce qui a fait que vous ratiez l’occasion avec Laurent Désiré Kabila? C’est vous qui avez été trop exigeants ou c’est lui qui n’a pas fait le pas vers vous?
Le contexte ne le permettait pas parce qu’il y avait une option que Gizenga avait levée. C’est la même option qui a prévalu pour le soutien au processus du fils, à savoir qu’ils n’ont pas libéralisé le jeu politique.
Mais nous comprenions aussi que c’était difficile pour eux parce qu’ils n’avaient pas une armée véritablement unitaire, ils n’avaient pas pu consolider le côté sécuritaire avec une bonne armée. Ils n’étaient pas sûrs qu’en libéralisant ils allaient contrôler l’espace politique. Quant à nous, la condition était qu’il fallait libéraliser le jeu politique pour que nous, en tant que parti, et tous les autres puissions nous affirmer dans la définition du processus.
Or, eux, ils nous ont demandé d’entrer dans l’AFDL. Et c’est où il y a eu divergence. Mais à partir du moment où le fils a libéralisé le jeu politique, il nous a accepté comme formation politique. Nous avons soutenu son action, y compris sa volonté de conduire le peuple aux élections en dépit des divergences qu’il y a eu ça et là. Nous pensions que son processus était bon et nous l’avons soutenu alors même que nous n’étions pas au gouvernement.
Gizenga arrive en 3ème position au premier tour, il voit Kabila, il voit Bemba. Et en définitive, le PALU opte pour le soutien à Kabila. Qu’est-ce qui a dicté cette position?
C’est d’abord pour des raisons historiques. Et les mêmes raisons ayant prévalu, nous avons opté pour Kabila parce qu’il fallait refaire l’unité du pay
