Les incidents de Kinshasa sont de plus en plus présentés comme ayant pour origine l’enlèvement, la provocation ou les injures de militants de Bemba contre ceux de Kabila. Il faut examiner les faits et surtout la chronologie des événements avant de faire de telles affirmations.
Tout tourne autour des studios de la chaîne de télévision de Bemba. Dans cet excellent article notre confrère d’infosud repris par le journal « La Libre » présente une version plus vraisemblable, et montre les causes à effets.
Tout à commencer par la campagne menée par les médias de Joseph Kabila et le PPRD qui fêtaient déjà la victoire au premier tour de Joseph Kabila, car celui-ci dans les régions où il a gagné se retrouvait largement en tête.
Jusqu’à samedi le camp présidentiel était convaincu de cela et les chiffres dont ils disposaient le leur garantissaient. Evidemment, dans ce contexte, le camp de Bemba qui n’a pas sa langue dans sa poche lançait une campagne affirmant le contraire et les kinois qui savaient n’avoir pas accordé la majorité absolue à Joseph KABILA menaçaient de tout casser si la CEI osait déclarer Kabila vainqueur au premier tour. De là est née la tension.
Le dimanche vingt août, jour de proclamation officielle des résultats, la CEI et Malu Malu en particulier seront mis sous pression par le camp présidentiel et sa garde républicaine afin qu’ils déclarent Kabila vainqueur au premier tour. Le centre de presse de la CEI sera encerclé par des chars de la Garde Républicaine sous prétexte de protéger les bâtiments, thèse qui sera démentie par le fait que c’est sous escorte de la MONUC que MALU MALU et sa suite se rendront dans les studio de la RTNC pour proclamer les résultats.
Ces sont ces mêmes chars qui iront attaquer la chaîne de télévision de Bemba Canal Kin et CCTV.
Moralité, toutes cette guerre n’est que l’expression de la déception du camp présidentielle de n’avoir pas réussi à atteindre son objectif qui était la victoire au premier tour. Qu’en sera-t-il si au second tour il perd les élections ?
Lisez attentivement cet article.
Les médias au coeur de la tourmente
InfoSud
Mis en ligne le 23/08/2006
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Les chaînes de télévision contrôlées par MM. Kabila et Bemba sont les instruments de leurs visées politiques.
Sous les balles, les chaînes du second se sont tues.
CORRESPONDANCE PARTICULIÈRE À KINSHASA
Les troubles qu’a connus Kinshasa depuis dimanche font suite à une tension sans cesse renforcée par les médias des candidats à la présidentielle. Estimant que la Radio-télévision nationale congolaise (RTNC), chaîne publique, était devenue le monopole de Joseph Kabila, les hommes politiques ont créé leurs propres médias afin de mener leur campagne. On dénombre une cinquantaine de chaînes de télévision à Kinshasa. Jean-Pierre Bemba, candidat au second tour, détient deux chaînes de radiotélévision, la CKtv et la CCTv. Outre la RTNC, le camp présidentiel détient sa propre chaîne, Digital Congo, et a la mainmise sur la Radio télévision du Groupe L’avenir et Horizon 33, appartenant à des proches du parti présidentiel.
Dès le lendemain du scrutin du 30 juillet, les chaînes des deux principaux concurrents à la présidentielle se lançaient dans l’annonce des résultats. Depuis les panneaux d’affichage des bureaux de dépouillement, elles exploitaient les chiffres à la faveur de leur candidat respectif. La Commission électorale indépendante (CEI) a fait savoir à plusieurs reprises qu’elle était seule à pouvoir proclamer les résultats. Les médias brandissaient alors le drapeau de la liberté de la presse.
Les chaînes du candidat Bemba n’ont eu de cesse de dénoncer les fraudes et les irrégularités multiples, d’appeler la population «à la vigilance» et au soutien des «fils du pays», allusion au débat qui entoure la nationalité du président Kabila.
La ville de Kinshasa avait connu une vive tension le 27 juillet, à trois jours du scrutin, lors du retour de Bemba dans son fief. Des débordements amenèrent les militants du MLC, son parti, à détruire des effigies de Kabila, à saccager une église de l’Eglise du réveil dont le pasteur s’était prononcé en sa faveur ainsi que l’orchestre du chanteur Werrasson, qui faisait campagne pour l’actuel président. Des policiers avaient également été lynchés.
Dimanche, alors que la CEI n’avait pas encore reçu les derniers plis électoraux contenant les résultats à Kinshasa et dans la province de l’Equateur, le camp du président Kabila savourait sa victoire au premier tour avec plus de 50 pc des voix. Arrivés vers 17h, les derniers résultats ont inversé la tendance, et fait chuter le score de Kabila à 44,8 pc, ouvrant la voie à un second tour. La garde présidentielle a fait pression sur la CEI pour qu’elle ne publie pas les résultats, entourant le centre de presse où ils devaient être publiés. Les membres de la CEI, évacués par des chars de la Monuc, furent escortés jusqu’à la RTNC pour l’annonce officielle. Des chars de la garde présidentielle étaient présents sous les chaînes du candidat Jean-Pierre Bemba, prêtes à annoncer les résultats. Sous les balles, les chaînes se sont tues. Après une timide reprise d’antenne le lundi matin, elles fermaient à nouveau l’antenne…
© La Libre Belgique 2006
