Dimanche dernier, c’est aux environs de 18 heures trente, juste au moment où tout le monde était dans la fièvre de l’attente de la publication des résultats du premier tour que la CEI avait programmée pour 20 heures sur toutes les chaînes des télévisions et radios locales que contre toute attente des coups de canon ont commencé à crépiter dans le périmètre du quartier entourant le rond-point Forescom. En deux temps trois mouvements, ce quartier s’est vidé en un clin d’œil, provoquant une débandade générale : magasins, boutiques, restaurants ont été brusquement fermés, les gens se sont mis à courir dans tous les sens, les automobiles ont démarré en trombe.
Qui est à l’origine de cette débandade ? On ne le saura jamais, mais tout ce que le Phare est en mesure de dire, c’est que les tirs ont débuté vers 18h30 au niveau du défunt dancing bar Free Box, à cinquante mètres du rond point Forescom. Après une canonnade de près de trente minute, les belligérants se sont répandus dans le quartier. Pendant que tous ceux qui ont connaissance des numéros d’appel de la Monuc et ses structures dépendantes multipliaient des appels pour obtenir une intervention rapide des soldats de la paix, on a entendu les échanges se concentrer sur l’avenue du Port, à la hauteur des bâtiments abritant les installations de la chaîne CCTV et Canal Kin ainsi que le siège social du MLC. Une heure et trente minutes d’enfer pour les habitants de tous les immeubles alentours qui, pour se protéger ont jugé bon d’éteindre toutes les lumières et de se mettre à l’abri.
Ceux des petits vendeurs à la criée qui ont vécu les évènements ont rapporté que tout est parti d’une vive discussion entre certains éléments en armes et en uniforme qui étaient venus se procurer des cigarettes. Invités à se laisser désarmer, ils se sont dégagés en tirant en l’air. Et c’était le coup d’envoi d’une soirée d’enfer qui a failli tout basculer dans l’horreur. Le calme est revenu vers vingt heures trente mais de nombreuses personnes ont préféré rester là où elles étaient terrées pour ne pas tomber dans une embuscade sur le chemin du retour. Ce qui a fait que tous les journalistes qui s’étaient rendus au centre de presse de la CEI situé dans les locaux de la paroisse St Anne ont été contraints d’y passer la nuit pendant que l’abbé Malu-Malu se rendait à bord d’un cortège de blindés à la RTNC pour rendre publics les résultats du premier tour de la présidentielle qui vont donner le coup d’envoi d’incidents à grande échelle. Il y a eu d’abord cette attaque dont le cortège de M.Swing a été l’objet peu après la publication des résultats. C’est par la grâce de Dieu et aussi au blindage de son véhicule qu’il doit encore d’être en vie.
Le lundi matin, profitant du calme apparent qui était revenu, les kinois étaient loin de s’imaginer que vers 15 heures la ville allait revivre un autre enfer. Des tirs d’armes lourdes et automatiques ont alors repris avec une telle vigueur que bon nombre de ceux qui s’étaient rendus au centre ville ont été pris entre les feux et ont dû se réfugier dans certains bâtiments où ils ont passé les deux nuits de lundi et mardi sans boire ni manger. Cette fois-ci, ce sont les éléments de la garde présidentielle et du vice-président Bemba qui se sont affrontés. Les combats se sont déroulés aux environs de la résidence officielle de J. P. Bemba située le long du fleuve Congo. Aucun bilan n’a été livré par les sources officielles, même si dans les coulisses, l’on parle de plusieurs morts et blessés graves qui auraient été acheminés vers les centres hospitaliers de la ville. Comme dégâts matériels, quelques bâtiments ont été visités par des pillards et ont reçu des balles, c’est notamment le cas de la résidence officielle située en face du cimetière de la Gombe, de l’immeuble abritant les services de la compagnie cellulaire VODACOM situé sur le boulevard du 30 Juin, celui de la Croix Rouge Nationale sur l’avenue de la Justice et enfin celui de l’Ong PAREC sur l’avenue Roi Baudouin.
La fusillade a continué tout au long de la nuit de lundi à mardi. Pendant la journée de mardi, quelques tirs d’armes automatiques sporadiques étaient entendus par ci par là et le calme a été rétabli dans l’après-midi grâce à une médiation de la MONUC et des éléments de l’EUFOR. Dont les chars de combat ont pris position dans de nombreux endroits jugés stratégiques de la ville.
Selon le vice-président de la République sortant en charge de la commission Politique, Défense et Sécurité qui s’est adressé avant-hier à la presse, relatant sa conversation avec les deux protagonistes, Joseph Kabila lui a dit que les éléments de la garde présidentielle tenaient à récupérer par tous les moyens deux officiers que les éléments de la garde rapprochée du vice-président J.P. Bemba avaient pris en otage. Quant à ce dernier, il a déclaré que l’on a cherché à l’abattre.
Durant toute la journée de mardi dernier, le centre de la ville avait l’air d’une ville fantôme, magasins, boutiques, restaurants, hôtels, bureaux, usines fermés, les rues vides à part quelques véhicules des éléments de la MONUC et de l’EUFOR qui patrouillaient. Pas un chat et même les « shègues » étaient invisibles, on rapporte que les halls des hôtels situés au centre de la ville étaient occupés par ceux des journalistes et agents qui avaient été surpris par ces troubles. Le calme est revenu mercredi grâce à une médiation diligentée par le CIAT. Un calme apparent qui a été interrompu vers 15 heures par une folle rumeur de la reprise des hostilités qui s’est répandue comme une traînée de poudre à travers la ville où certains bureaux ont fermé brusquement. Mais il y a plus de peur que de mal.
Hier à la mi-journée, un nouveau crépitement d’armes à la hauteur du rond point Forescom a jeté l’émoi dans toute la ville. En moins de dix minutes, le marché central s’est vidé de son monde. Sur l’avenue du Commerce, les propriétaires de magasins ont cadenassé leurs portes avant de les rouvrir lorsqu’ils ont reçu les assurances que les coups de feu entendus au rond point Forescom constituaient la réaction d’un policier qui, ayant reçu une pierre lancée par un enfant de la rue, avait jugé bon de tirer en l’air pour faire peur aux shegue.
2006-08-24 www.lepharerdc.com
