Les journées du samedi et dimanche 26 et 27 février dernier furent très animées dans la communauté congolaise de Belgique. Deux rencontres ont eu lieu, l’une à l’auditoire Montesquieu de l’UCL le samedi, l’autre à l’Eglise Saint Roch de Bruxelles. Il était question d’entretien avec des spécialistes de la question congolaise autour des élections et l’Etat actuel du Congo. Parmi les orateurs, on note présence du père Rigobert Minani, vice président de la commission électorale.
Modérée par le père Faustin KWAKWA, la rencontre du samedi tournait autour de la préélectorale du Congo Kinshasa. Trois interventions étaient à l’ordre du jour. Le Vice Recteur de l’Université Catholique de Louvain, Xavier RENDERS, a signifié le pourquoi d’une pareille rencontre au sein des bâtiments universitaires. « Notre souci est d’aider le Congo », dit-il. « Nous le faisons déjà en formant les universitaires dans un cadre partenariat entre les deux états et les institutions universitaires. Notre très grand souci, c’est de voir les diplômés en provenance du Congo, rentrer partager leur expérience avec leurs frères restés au pays. »
Le père MINANI a présenté l’état d’avancement du processus électoral. Il a été invité en remplacement à l’abbé MALU MALU, « retenu à Kinshasa pour diligenter les activités de la commission », nous a-t-il appris. Selon le père, la Commission électorale avance très rapidement dans le préparatif des élections, surtout dans la formation des électeurs. Il a avancé plusieurs chiffres impressionnants quant aux nombres des citoyens touchés par la campagne de sensibilisation pour les élections, ainsi que la couverture du territoire par ladite campagne. « Nous avons même les échos des provinces sous occupation »
Dans la seconde partie de son intervention, le père MINANI s’est remis dans son rôle de membres de la société civile du Congo. Il a insisté, preuve à l’appui sur la mauvaise volonté de certaines personnalités politiques à « brouiller le processus électoral. Ils savent qu’ils ne réussiront pas, autant rester dans l’état actuel de gestion du pays, qui leur profite. »
Le professeur Jean Claude WILLAME, politologue spécialiste de la question des Grands Lacs, a introduit son propos en soulignant : « Les élections ne sont pas une solution miracle aux problèmes du Congo. Au contraire, ce sera le début du vrai problèmes ». Il a insisté sur la question de sécurité pendant et après le processus électoral. La culture de la violence est de l’impunité ont fort détérioré le monde politique congolais. Les criminels de guerre sont au pouvoir et libre de tout mouvement. Ce qui ressort de l’intervention du professeur, c’est la question de sécurité qui perturbera beaucoup le Congo qui se met en marche. Il revient aux Congolais, plus que tout le monde, d’être prudent et d’avoir les moyens de leur volonté. Car les données allant à l’encontre du processus de paix dans la Région des Grands Lacs sont imminents.
Les trois intervenants ont dû répondre à plusieurs questions touchant la vécu de la transition à Kinshasa, le partenariat entre le Congo et la Rdc en matière de recherche universitaire, ainsi que les questions de sécurité politique présentées par le professeur WILLAME.
La rencontre s’est terminé par un vote symbolique (voir photo). Il s’agissait de faire un mot à la commission électorale et le glisser dans l’urne placé pour l’occasion. Ensuite, un verre d’amitié fut partagé dans le hall d’entrée de l’auditoire où une exposition attendait les visiteurs. Quelques associations travaillant dans le Congo ont distribué des documents qui illustraient leur lutte pour la démocratie et le développement au Congo.
Le père MINANI face aux Congolais à Bruxelles
La rencontre de Louvain La Neuve regroupaient des personnalités venant de toute part, et s’intéressant à la question congolaise. A Bruxelles, le père BINANI a du reproduire son discours pour ceux qui avaient manqué le rendez vous de Université.
Il faut noter que les débats se sont déroulés en lingala, une des 4 langues nationales de la République démocratique du Congo. Une seule intervenante a utilisé le kikongo qu’elle maîtrisait à la perfection.
En première partie, le dramaturge Cheik Fita a démontré le pouvoir que détenait la diaspora congolaise. La diaspora congolaise envoie par année plus d’1 milliard de dollars aux proches et aux familles (pouvoir économique). Les artistes pour s’épanouir doivent venir en Europe, auprès de la diaspora (pouvoir socio culturel). « Alors, demande l’intervenant, de qui le gouvernement s’occupe-t-il ? » C’est ainsi qu’il préconise un combat très fort de la diaspora. « D’autant plus que nous sommes à Bruxelles, capitale de la Belgique ».
Son intervention est en relation avec le refus du droit de vote aux Congolais de l’étranger.
Après avoir répété son discours de la veille, le père MINANI a eu droit à des questions très embarrassantes. Tout d’abord, SAMSON, un des membres du groupe Bana Congo, a souligné que les Congolais en avaient marre du discours. « Soki le 30 juin eloko esalemi te, tokokita na balabala (s’il n’y a rien au 30 juin, nous serons dans la rue).
Plusieurs intervenants ont fait savoir que le père disait quelque chose est son contraire, quant à la date probable de la tenue des élections.
Les participants à la rencontre ont mis une petite organisation sur pied qui ira voir le ministre fédéral Belge des Affaires étrangères, Karel De Gucht. En prévision de son voyage pour les Etats-Unis au courant du mois de mars en cours, le collectif compte lui confier la mission d’intercéder auprès de la puissance américaine pour régler le problème du Congo.
Après ces deux jours riches en rebondissement et relent politique, nous osons croire qu’à l’instar de la Communauté congolaise de Belgique, les Congolais de l’Etranger se bougent pour la question du pays. Après tant de discours, l’opinion est fixée sur ce que devrait être le Congo au soir du 30 juin 2005. Reste à savoir si les actes suivront les volontés. Wait and see.
