Les brigades « mixées » ne rassurent pas toujours 1732

RD CONGO – 3 avril 2007 -Les jours sont devenus amers pour les habitants du territoire de Rutshuru, à 72 km de Goma, dans le parc national des Virunga, depuis que l’état-major des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) a décidé pour des raisons dites d’intérêts nationaux de réintégrer les troupes fidèles au général déchu Laurent Nkunda et ses hommes au sein de l’armée nationale. La brigade Bravo, la deuxième à être mixée, déployée dans le territoire de Rutshuru, dans l’est de la RDC pour prendre la relève de la 9ème brigade intégrée du colonel Smith Kitshanga est l’une des cinq brigades mixées dont les essentiels des hommes sont issus de la milice de Laurent Nkundaba.

Des négociations tenues à Kigali, capital rwandaise, entre Laurent Nkunda et les FARDC sous la direction du Lt général Kisempia, chef d’état-major des FARDC, il a été convenu que les brigades issues de mixage dont les commandements restent assurés à 90% par les principaux lieutenants de l’ex-général et président du CNDP (Congrès national de défense populaire) la branche politique de son mouvement armé et devront rester déployées dans la province du Nord-Kivu (est).

Actuellement, les brigades Alpha, Bravo, sont déployées dans le territoire de Rutshuru et une partie dans le Masisi où se trouve aussi la brigade Charlie, tandis que Delta et Eco attendent leur déploiement et probablement l’une à Goma selon des sources proches des FARDC. Les brigades déployées dans le Masisi et Rusthuru ont comme mission principale, la chasse aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) que le gouvernement rwandais redoute.

Homme des mains de Paul Kagame, Laurent Nkunda a par cet accord acquis d’énormes privilèges: la réintégration et la reconnaissance de l’ensemble de ses hommes qui viennent d’être dotés des matériels nécessaires, et la reconnaissance des grades de ses militaires dont nombreux ont reçu de promotion de la part de leur chef.

Sous la houlette du général Major John Numbi, chef d’état-major des forces aériennes, cinq brigades ont été mixées jusqu’à ce jour. Et dans l’ensemble des effectifs mixés, plus de 70% des militaires qui composent ces brigades, sont des éléments venus de Kichanga, le quartier général du CNDP. Et ces 70% sont tous rwandophones à prédominance tutsi. Ce qui fait craindre une armée ou des brigades monoéthniques, contrairement à l’esprit d’une armée nationale intergée et restructurée.

Le mixage n’a pas seulement offert ces seuls avantages. La plus grande des récompenses c’est l’ouverture des axes jusque là non contrôlés par Laurent Nkunda. Aujourd’hui tout Masisi, tout Rutshuru est sous son contrôle. Ses hommes qui ne répondent qu’à ses ordres pourtant faisant parti désormais des FARDC ne laissent pas libres les autorités locales.

L’administrateur du territoire Masisi vient de faire plus de 4 mois à Goma en attendant l’autorisation du président du CNDP pour rejoindre le chef-lieu du territoire. Celui de Rutshuru n’a pas d’ordres à imposer à ses militaires de la brigade Bravo. Après leur mixage, les brigades Alpha, Bravo et autres ont entamé leur première mission: la chasse des FDLR, souci et préoccupation majeure du président rwandais Paul Kagame. Ces ex- forces armées rwandaises sont accusées par l’homme fort de Kigali de chercher à déstabiliser son pays à partir de leurs bases arrières en RDCongo. D’où pour Kigali, il faut à tout prix les neutraliser.

Les civils ont été l’objet des représailles de la part des éléments de la brigade Bravo. Le tronçon routier Kiwanja à Kanyabayonga (territoirede Lubero) est devenu insécurisé. Les usagers de cette route qui relie la ville de Goma et les villes de Beni et Butembo (deux centres commerciaux de l’est de la RDCongo) ainsi qu’aux importants marchés des vivres de Rutshuru et Lubero, sont l’objet d’attaques à répétition.
Il ne se passe pas deux jours sans que des véhicules transportant des personnes et marchandises soient pillés et des passagers blessés ou tués.

Et pourtant à l’époque où la 5e brigade intégrée était déployée dans cette partie du Nord-Kivu, la circulation était devenue normale, les attaques contre les populations civiles étaient de moins en moins fréquentes. Des témoignages recueillis auprès de certaines victimes parlent des éléments de la brigade Bravo, les accusant d’avoir tué trois policiers, blessé quelques passagers et pillé les véhicules le transportant. Une enquête a été diligentée par la hiérarchie militaire des FARDC, et une autre par la Monuc.

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