LEGISLATIVES BELGES OU
LE CITOYEN, L’HOMME POLITIQUE, LE POUVOIR ET L’ETAT 1878

Le dimanche 10 juin 2007, le peuple belge s’est rendu aux urnes pour élire les membres du sénat et du parlement. Le citoyen a eu le loisir d’exercer son pouvoir : se choisir ceux qui le représenteront pendant quatre ans, qui exerceront le pouvoir en son nom. Durant sept heures les bureaux de vote sont restés ouverts. Pour nous les originaires tant du Congo que de tous les pays négro-africains vivant en Belgique, ces heures auront dû être un véritable cours de politique dont nous devrions tirer des leçons. A 15 heures, lors de la fermeture, les médias diffusaient déjà les premières estimations.
A Bruxelles comme dans toutes les autres villes du royaume, pour une personne non avisée, ce dimanche ressemblait presque à tous les dimanches. Aucun signe extérieur qu’un grand événement était en train de se produire et qui changerait la marche du pays durant les quatre prochaines années: le changement des dirigeants, de ceux qui ont pour tâche de veiller à la bonne marche de la nation : députés, sénateurs et bientôt, les membres du gouvernement.

Les véhicules circulaient normalement, les bus, les trams et le métro aussi. Nulle part n’était perceptible une quelconque agitation. Aucun militaire dans la rue. Alors aucun. Par moment on apercevait un groupe de policiers. C’était souvent dans les environs d’un centre de vote, une école. Et ces policiers n’avaient ni fusil, ni matraque. La plupart d’entre eux passeront d’ailleurs une journée très ennuyante. Ils étaient là au service du citoyen, le souverain primaire.

Et les files d’attente ? Invisibles aussi, car se trouvant dans les enceintes des écoles, hors de vue des promeneurs.

Un touriste de passage à Bruxelles, ne parlant ni le néerlandais, ni le français ne pourrait jamais savoir que des élections se déroulaient à coté de lui.

Pourquoi alors dans nos pays subsahariens les élections devraient-elles être un moment d’affrontements, parfois militaires ? Avec même des morts à la clé ?

Quand les médias ont commencé à donner les chiffres du jour, à aucun moment, on ne citait le nombre d’urnes bourrées ou volatilisées. Juste le nombre de quelques ennuis techniques, surtout pour le vote électronique et rapidement résolus. Et le nombre de coups fusils tirés ? Celui des cadavres ramassés par la Croix-Rouge ? Y penser seulement ressemblerait à de la folie.

Alors, pourquoi ce fossé entre notre « démocratie » et celle qui s’est déroulée en Belgique sous nos yeux ?

Où se trouve le mal ? Qui sont responsables du caractère folklorique de nos élections ? Deux personnes : Le citoyen et l’homme politique. Autrement dit, chacun de nous. Comment ?

Le citoyen d’abord. Le citoyen est le pilier de la Nation. C’est lui qui travaille, c’est lui qui produit, c’est lui qui paie l’impôt. Grâce à son impôt, l’Etat peut fonctionner : administration, armée, police, enseignement, urbanisme, mobilité… Et le tout géré par un gouvernement jouissant de la confiance de la chambre des représentants.

Vient ensuite l’homme politique. Etre homme politique, est-ce appartenir à une caste ou continue-t-on toujours à être du peuple ? Est-ce être au-dessus de tous et de tout, même de la loi ? Est-ce considérer la politique comme une source de revenus ?

Ici chaque citoyen sait que c’est lui le détenteur du pouvoir.

Ici chaque homme politique sait qu’il ne peut accéder au pouvoir sans la volonté du citoyen.

Dans nos pays noirs, le citoyen sait-il que c’est lui le détenteur du pouvoir ?

Dans nos pays noirs, l’homme politique considère-t-il le citoyen comme le détenteur du pouvoir ?

Un citoyen ignorant son pouvoir et un homme politique se considérant au-dessus du peuple, est-ce le gage d’existence d’un Etat digne de ce nom ?

Sans un minimum d’Etat, déjà submergés par des problèmes idiots comme la famine, les maladies de tout genre, nos pays d’Afrique noire pourront-ils affronter les grands enjeux du moment comme la mondialisation ou le réchauffement climatique ?

Le moment n’est-il pas venu de considérer chaque élection dans nos pays occidentaux d’accueil comme une interpellation pour l’intelligentsia africaine en exil que nous sommes ?

A ces occasions ne devrions-nous pas toujours nous poser les questions suivantes :

Sommes-nous de bons citoyens pour nos nouvelles patries ?

Sommes-nous des modèles de citoyen pour les nôtres restés au pays ?

Sommes-nous en mesure de créer une dynamique de prise de conscience de la citoyenneté de la part de nos concitoyens au pays? Si non, qu’attendons-nous ?

A défaut de cette interpellation, les intellectuels que nous sommes, ne devrons-nous pas accepter avoir failli à notre mission d’éclaireurs et d’éveilleurs de consciences?

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