Le ventre de l’Atlantique 157

Je n’ai jamais lu un roman aussi franc sur la relation entre les émigrés et leurs frères restés en Afrique. Fatou Diome, d’un ton humoristique sans précédent, nous jette à la face ce que nous ne nous avouons pas facilement.

« J’avais beau dire à Madické que, femme de ménage, ma subsistance dépendait du nombre de serpillières que j’usais, il s’obstinait à m’imaginer repue, prenant mes aises à la cour de Louis XIV. Habitué à gérer les carences dans son pays sous-développé, il n’allait quand même pas plaindre une soeur installée dans l’une des plus grandes puissances mondiales ! Sa berlue il n’y pouvait rien. Le tiers-monde ne peut voir les plaies de l’Europe, les siennes l’aveuglent ; il ne peut entendre son cri, le sien l’assourdit. »

Madické est obsédé par le rêve américain de certains africains : rejoindre sa soeur en France, cet eldorado qui couronne tant de footballeurs de son pays, cette terre promise d’où reviennent tant de self-made men… Salie a beau lui décrire la réalité, rien n’y fait : avant d’avoir vécu les faces cachées de l’immigration, on ne veut pas y croire. Elle qui a obéi à l’appel d’un ailleurs inconnu, elle qui n’est plus nulle part chez elle nous plonge dans les ambiguïtés de cette relation fraternelle.

Née dans l’île de Niodor, au Sénégal, Fatou Diome quitte son pays natal pour poursuivre ses études en France. Une expérience difficile dont elle s’inspirera pour écrire son premier livre, un recueil de nouvelles intitulé ‘La Préférence nationale’. Son premier roman, ‘Le Ventre de l’Atlantique’, écrit avec humour et finesse, a remporté un succès mérité.

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