Le pouvoir de plus en plus fragilise 112

Le Phare (Kinshasa)27 Janvier 2005:La contestation touche les provinces Kananga : ville morte pour rejeter toute tentative de prolongation de la Transition Le téléphone n’a cessé de sonner durant toute la journée d’hier.

De tous les quatre coins cardinaux, des amis et frères installés dans les pays d’Amérique, d’Europe, d’Afrique et même de l’Extrême Orient tenaient à connaître la situation exacte qui a prévalu dans la capitale politique tout au long de cette journée du mardi devenu le point focal de toutes les attentions et qui comme par hasard rappelle un autre mardi 16 janvier 2001 où le sort du Congo a failli basculer dans l’horreur.

Dans les rues tout comme dans les états-majors de principales formations politiques de Kinshasa, les conversations ont tourné autour des tenants et aboutissants de ces folles rumeurs que l’on ne devrait en aucun cas prendre à la légère selon l’adage populaire qui dit  » qu’il n’y a pas de fumée sans feu « .

De tous les commentaires entendus, on retient pour l’essentiel que le pouvoir se trouve bousculé par manque de leadership et à cause de multiples violations de l’accord global et inclusif par les principales composantes ex-belligérantes, des coups bas que ne cessent de se donner à cour joie leurs chefs de file. En public comme en privé. La contestation est devenue le maître-mot sur toutes les lèvres à telle enseigne qu’elle a même envahi les foyers qui éprouvent déjà du mal à nouer les deux bouts du mois dans cet univers de la débrouillardise et de  » qui cherche « . Elle a atteint les villes et bientôt les localités desservies par le téléphone portable où elle a pris des dimensions fort inquiétantes.

KANANGA : LA VILLE MORTE A REUSSI

Dès sept heures du matin le mardi dernier, le chef-lieu de la province du Kasaï Occidental a ressemblé à une ville fantôme : commerces, bureaux administratifs et privés, écoles, hôpitaux, centres de santé, marchés, boutiques étaient fermés tandis que la circulation sur les principales artères de la ville se limitait à quelques rares véhicules des officiels, ont indiqué au Phare plusieurs personnes contactées à cet effet ainsi que les voyageurs en provenance de cette ville où a été négociée et rédigée en 1964 la toute première constitution du Congo indépendant.

C’est aux environs de quinze heures, comme cela se fait remarquer souvent lors de toutes les opérations  » ville morte  » que la circulation a repris sur toute l’étendue de la ville de Kananga permettant à la délégation du parti présidentiel d’effectuer son entrée dans la ville natale d’Etienne Tshisekedi.

Des sources non officielles ont fait état des jets des pierres lancées par des enfants de la rue communément appelés  » shégués  » sur le cortège de la délégation du P.P.R.D. qui a heureusement bénéficié de la protection rapprochée des éléments des forces de la police armés jusqu’aux dents et déployés tout au long du parcours menant de l’aéroport vers le centre-ville. C’est probablement ce qui a plongé toute la ville dans la peur bloquant ainsi même les voyageurs devant se rendre vers des localités de l’intérieur de la province.

Les rumeurs de la ville morte ont commencé à circuler avec vigueur depuis le lundi dernier, amplifiées comme d’habitude par des prises de position maladroites de certaines autorités politico-administratives qui se sont relayées sur les différentes chaînes de radio et télévision de la ville pour dissuader les Kanangais de souscrire à l’appel leur adressé par des tracts lancés tout au long de la journée.

Pour le reste, on ne peut s’empêcher d’observer que la ville morte intervenue mardi à Kananga survient dans le cadre d’une vague qui a déjà atteint Kinshasa deux fois les 10 et 14 janvier, avant de toucher Mbuji-Mayi et Mwene-Ditu. Jusqu’où ce phénomène va-t-il s’étendre, la question reste posée. Toujours est-il, selon des observateurs avisés, que le climat politique actuel en RD Congo favorise la contestation. Au-delà des crises récurrentes qui fragilisent chaque jour le leadership de la Transition aux yeux de l’opinion, la gestion maladroite de la question électorale, l’interprétation fantaisiste de l’article 196 de la constitution en rapport avec la durée de la Transition de même que l’empressement  » jouïssiste  » de certains animateurs des institutions à justifier la prolongation même en dehors des cas prévus par la Constitution conduit de plus en plus la population à sanctionner ceux qu’elle croit être à la base de la situation actuelle et qui ne semblent pas déterminés à reconnaître leurs responsabilité dans l’enlisement du processus.

La plupart des manifestants interrogés à Kinshasa comme en province soulignent l’échec du leadership de la Transition. Aussi les élections dans les délais les plus rapprochés apparaissent-elles aux yeux de beaucoup de Congolais comme le moyen le plus indiqué de révoquer des dirigeants qui ne jouissent plus d’aucune légitimité. Et c’est pour que ce message soit capté cinq sur cinq par ses destinataires que les journées ville morte sont organisées.

Bref, après Kinshasa, Mbuji-Mayi et Mwene-Ditu, Kananga est ainsi touchée par le phénomène  » ville morte « . Dont la particularité est d’exprimer le ras-le-bol des couches populaires face à l’incertitude d’un processus de démocratisation affichant de plus en plus des signes d’épuisement et de blocage. D’où la question que se posent les observateurs de la scène politique congolaise : après Kinshasa, Mbuji-Mayi, Mwene-Ditu et Kananga, à qui le tour ?

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Scroll to Top