Le ministre Karel De Gucht veut diversifier la politique étrangère de la Belgique 114

L’Europe, envisagée de façon plus réaliste. L’Afrique, mais pas trop. Et l’Asie comme nouvel horizon. De Gucht relooke la politique étrangère belge.

L’impression date, quasi, de son entrée en fonction en juillet dernier. Mais à l’occasion de ses voeux de nouvel an à la presse, vendredi, Karel De Gucht l’a laissé entendre sans plus guère d’ambiguïté : il y a du changement dans la politique étrangère de la Belgique. En clair : la diplomatie belge vue par Karel De Gucht n’est pas nécessairement celle de son prédécesseur Louis Michel… La preuve par les priorités du ministre (VLD) des Affaires étrangères.

Commençons tout de même par un point commun. Louis Michel (MR) avait coutume de dire, de façon très imagée : Ce n’est pas parce que l’on est un petit pays que l’on doit fermer sa g… . Vendredi, Karel De Gucht le rejoignait sur ce point, dans un langage plus diplomatique : Je pense que nous sous-estimons les possibilités de notre pays, qui a le siège des institutions européennes et de l’Otan, de peser sur les affaires européennes et internationales. On peut entretenir un grand réseau international.

Mais au-delà de cette tendance commune à jouer la grenouille se prenant pour le boeuf sur la scène diplomatique, De Gucht n’emprunte guère à la méthode Michel. Prenez l’Europe. Le ministre explique : Nous devons pouvoir peser au maximum sur le processus de décision européen. Sans nous isoler ou être des conservateurs freinant le projet européen sur des points critiques. Pour relever ce défi, il faut, dit-il, respecter trois principes essentiels – qui, à lire entre les lignes, prennent quasi le contre-pied de la méthode Michel : avoir des objectifs réalistes, tout en maintenant nos principes ; construire des relations bilatérales avec les pays qui nous serviront dans le processus de décision ; essayer d’unir au lieu de diviser (que ce soit dans les dossiers des perspectives financières, de la stratégie de Lisbonne, de la libéralisation des services, de l’aide d’urgence européenne…).

En clair : pas de croisade pro-européenne irréaliste, qui ne trouvera guère d’alliés et marginalisera notre pays. Pas de grandes batailles idéologiques qui nous aliènent des « amis » traditionnels. Les allusions sont à peine voilées : à l’ancienne loi de compétence universelle – au départ fermement défendue par Michel et Verhofstadt ; aux querelles à l’Otan ou sur le transit par Anvers de soldats américains en route vers l’Irak ; ou à certaines initiatives fédéralistes européennes prises par la Belgique et guère soutenues. De Gucht enfonce le clou du multilatéralisme. Notamment dans le dossier européen, qualifié de priorité absolue, parce que l’Europe est notre perspective sur le monde. Une politique européenne qu’il veut davantage construire avec les Régions.

Deuxième preuve du changement de cap : l’Afrique. Louis Michel avait remis l’Afrique centrale, particulièrement le Congo, au centre de sa politique internationale ; son successeur voit les choses un peu différemment… Certes, explique-t-il, il faut maintenir un engagement humanitaire en Afrique. Le Congo reste important dans ce cadre. Et ce n’est vraiment pas pour des raisons d’intérêt économique que la Belgique y maintient son engagement. Il faudra plusieurs décennies avant que des bénéfices économiques puissent s’en dégager. Ce qui compte, maintenant, c’est de former un Etat viable, où la vie sera améliorée. Le ministre entend poursuivre cette politique via des relais européens. Mais le monde, ce n’est pas seulement le Congo, ajoute-t-il sans équivoque.

Car le nouvel horizon belge, c’est l’Asie. Pour De Gucht, la diplomatie belge doit investir l’Asie, après s’être peut-être engagée trop exclusivement en Afrique. En Asie, la vie de centaines de millions de personnes s’est améliorée depuis 10 ans. Et ce qui s’est passé au Japon, en Corée se déroule dans le reste du continent. C’est la conséquence de la libéralisation économique, qui, assure le ministre, ne crée pas de plus en plus de pauvres. Nous ne pouvons négliger ce continent, le plus important. Il ne faut pas seulement développer les liens économiques, mais des relations politiques, sociales, culturelles. La Belgique va d’ailleurs ouvrir une ambassade au Kazakhstan et une dans le Caucase. Lui même envisage plusieurs voyages en Asie avant l’été.

Car voici une autre clef de la diplomatie selon De Gucht : une bonne politique extérieure favorise l’économie, l’exportation, l’emploi. Elle a donc un impact sur le commerce extérieur, compétence régionale. Mais : Nous pouvons mettre les moyens des Affaires étrangères à leur disposition.

Seul « hic » à cette vision diplomatique : Tout cela demande plus d’argent que ce qui n’est inscrit au budget…, admet le ministre.

Lire aussi.
Deux nominations
29.01.2005

L’Europe, envisagée de façon plus réaliste. L’Afrique, mais pas trop. Et l’Asie comme nouvel horizon. De Gucht relooke la politique étrangère belge.

MARTINE DUBUISSON

VÉRONIQUE KIESEL

L’impression date, quasi, de son entrée en fonction en juillet dernier. Mais à l’occasion de ses voeux de nouvel an à la presse, vendredi, Karel De Gucht l’a laissé entendre sans plus guère d’ambiguïté : il y a du changement dans la politique étrangère de la Belgique. En clair : la diplomatie belge vue par Karel De Gucht n’est pas nécessairement celle de son prédécesseur Louis Michel… La preuve par les priorités du ministre (VLD) des Affaires étrangères.

Commençons tout de même par un point commun. Louis Michel (MR) avait coutume de dire, de façon très imagée : Ce n’est pas parce que l’on est un petit pays que l’on doit fermer sa g… . Vendredi, Karel De Gucht le rejoignait sur ce point, dans un langage plus diplomatique : Je pense que nous sous-estimons les possibilités de notre pays, qui a le siège des institutions européennes et de l’Otan, de peser sur les affaires européennes et internationales. On peut entretenir un grand réseau international.

Mais au-delà de cette tendance commune à jouer la grenouille se prenant pour le boeuf sur la scène diplomatique, De Gucht n’emprunte guère à la méthode Michel. Prenez l’Europe. Le ministre explique : Nous devons pouvoir peser au maximum sur le processus de décision européen. Sans nous isoler ou être des conservateurs freinant le projet européen sur des points critiques. Pour relever ce défi, il faut, dit-il, respecter trois principes essentiels – qui, à lire entre les lignes, prennent quasi le contre-pied de la méthode Michel : avoir des objectifs réalistes, tout en maintenant nos principes ; construire des relations bilatérales avec les pays qui nous serviront dans le processus de décision ; essayer d’unir au lieu de diviser (que ce soit dans les dossiers des perspectives financières, de la stratégie de Lisbonne, de la libéralisation des services, de l’aide d’urgence européenne…).

En clair : pas de croisade pro-européenne irréaliste, qui ne trouvera guère d’alliés et marginalisera notre pays. Pas de grandes batailles idéologiques qui nous aliènent des « amis » traditionnels. Les allusions sont à peine voilées : à l’ancienne loi de compétence universelle – au départ fermement défendue par Michel et Verhofstadt ; aux querelles à l’Otan ou sur le transit par Anvers de soldats américains en route vers l’Irak ; ou à certaines initiatives fédéralistes européennes prises par la Belgique et guère soutenues. De Gucht enfonce le clou du multilatéralisme. Notamment dans le dossier européen, qualifié de priorité absolue, parce que l’Europe est notre perspective sur le monde. Une politique européenne qu’il veut davantage construire avec les Régions.

Deuxième preuve du changement de cap : l’Afrique. Louis Michel avait remis l’Afrique centrale, particulièrement le Congo, au centre de sa politique internationale ; son successeur voit les choses un peu différemment… Certes, explique-t-il, il faut maintenir un engagement humanitaire en Afrique. Le Congo reste important dans ce cadre. Et ce n’est vraiment pas pour des raisons d’intérêt économique que la Belgique y maintient son engagement. Il faudra plusieurs décennies avant que des bénéfices économiques puissent s’en dégager. Ce qui compte, maintenant, c’est de former un Etat viable, où la vie sera améliorée. Le ministre entend poursuivre cette politique via des relais européens. Mais le monde, ce n’est pas seulement le Congo, ajoute-t-il sans équivoque.

Car le nouvel horizon belge, c’est l’Asie. Pour De Gucht, la diplomatie belge doit investir l’Asie, après s’être peut-être engagée trop exclusivement en Afrique. En Asie, la vie de centaines de millions de personnes s’est améliorée depuis 10 ans. Et ce qui s’est passé au Japon, en Corée se déroule dans le reste du continent. C’est la conséquence de la libéralisation économique, qui, assure le ministre, ne crée pas de plus en plus de pauvres. Nous ne pouvons négliger ce continent, le plus important. Il ne faut pas seulement développer les liens économiques, mais des relations politiques, sociales, culturelles. La Belgique va d’ailleurs ouvrir une ambassade au Kazakhstan et une dans le Caucase. Lui même envisage plusieurs voyages en Asie avant l’été.

Car voici une autre clef de la diplomatie selon De Gucht : une bonne politique extérieure favorise l’économie, l’exportation, l’emploi. Elle a donc un impact sur le commerce extérieur, compétence régionale. Mais : Nous pouvons mettre les moyens des Affaires étrangères à leur disposition.

Seul « hic » à cette vision diplomatique : Tout cela demande plus d’argent que ce qui n’est inscrit au budget…, admet le ministre.

Lire aussi.
Deux nominations
29.01.2005

L’Europe, envisagée de façon plus réaliste. L’Afrique, mais pas trop. Et l’Asie comme nouvel horizon. De Gucht relooke la politique étrangère belge.

MARTINE DUBUISSON

VÉRONIQUE KIESEL

L’impression date, quasi, de son entrée en fonction en juillet dernier. Mais à l’occasion de ses voeux de nouvel an à la presse, vendredi, Karel De Gucht l’a laissé entendre sans plus guère d’ambiguïté : il y a du changement dans la politique étrangère de la Belgique. En clair : la diplomatie belge vue par Karel De Gucht n’est pas nécessairement celle de son prédécesseur Louis Michel… La preuve par les priorités du ministre (VLD) des Affaires étrangères.

Commençons tout de même par un point commun. Louis Michel (MR) avait coutume de dire, de façon très imagée : Ce n’est pas parce que l’on est un petit pays que l’on doit fermer sa g… . Vendredi, Karel De Gucht le rejoignait sur ce point, dans un langage plus diplomatique : Je pense que nous sous-estimons les possibilités de notre pays, qui a le siège des institutions européennes et de l’Otan, de peser sur les affaires européennes et internationales. On peut entretenir un grand réseau international.

Mais au-delà de cette tendance commune à jouer la grenouille se prenant pour le boeuf sur la scène diplomatique, De Gucht n’emprunte guère à la méthode Michel. Prenez l’Europe. Le ministre explique : Nous devons pouvoir peser au maximum sur le processus de décision européen. Sans nous isoler ou être des conservateurs freinant le projet européen sur des points critiques. Pour relever ce défi, il faut, dit-il, respecter trois principes essentiels – qui, à lire entre les lignes, prennent quasi le contre-pied de la méthode Michel : avoir des objectifs réalistes, tout en maintenant nos principes ; construire des relations bilatérales avec les pays qui nous serviront dans le processus de décision ; essayer d’unir au lieu de diviser (que ce soit dans les dossiers des perspectives financières, de la stratégie de Lisbonne, de la libéralisation des services, de l’aide d’urgence européenne…).

En clair : pas de croisade pro-européenne irréaliste, qui ne trouvera guère d’alliés et marginalisera notre pas seulement développer les liens économiques, mais des relations politiques, sociales, culturelles. La Belgique va d’ailleurs ouvrir une ambassade au Kazakhstan et une dans le Caucase. Lui même envisage plusieurs voyages en Asie avant l’été.

Car voici une autre clef de la diplomatie selon De Gucht : une bonne politique extérieure favorise l’économie, l’exportation, l’emploi. Elle a donc un impact sur le commerce extérieur, compétence régionale. Mais : Nous pouvons mettre les moyens des Affaires étrangères à leur disposition.

Seul « hic » à cette vision diplomatique : Tout cela demande plus d’argent que ce qui n’est inscrit au budget…, admet le ministre.

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