Le traitement du dossier de l’affaire des mercenaires a étalé de telles maladresses dans le chef de l’autorité responsable des services de la police, en l’occurrence le titulaire du ministère de l’Intérieur, Sécurité et Administration du Territoire, qu’une reconsidération de son maintien en poste s’avère utile pour sauver la face vis-à-vis de l’opinion tant nationale qu’internationale.
Kinshasa , 02.06.2006 | Politics
Théophile Mbemba a fait preuve d’amateurisme. Dans l’affaire des 32 présumés mercenaires, le flic n° 1 n’a pas mis les soins que requiert une affaire aussi grave. Il s’est laissé aller au zèle de chercher à plaire au chef, de lui montrer qu’il peut dormir sur ses grands lauriers tant que lui sera en poste.
Au finish, le gros lièvre qu’il a pensé lever s’est révélé un canular. L’hebdomadaire Le Soft parle même d’un « faux, un énième » et se demande « si le ridicule pouvait tuer… ». Le ridicule n’accable pas Mbemba seul, mais plus le pays lui-même, tourné en bourrique par celui-là même qui est censé lui assurer sa grandeur en tant qu’Etat souverain.
Nouvelle arrestation
A l’intérieur, Mbemba a enregistré un tollé général. Par son biais, c’est Joseph Kabila qui a été touché. L’image du président de la République en est sortie si écornée qu’il n’a d’autres choix que d’en tirer toutes les conséquences s’il tient à ce que les médias ne le titillent pas à chaque sortie sur le chapitre. Dans un pays civilisé, ce n’est même pas à lui d’agir mais au ministre de L’Intérieur lui-même de rendre le tablier. Plutôt que de ravaler sa fierté, Théophile Mbemba persiste et refuse de clore le dossier.
Ses services ont procédé, en début de semaine, à une nouvelle arrestation, celle du patron de la représentation congolaise de la société sud-africaine de gardiennage Omega. Selon des sources policières, l’homme est détenu dans les locaux des services spéciaux de la police à Kin-Mazière. L’ambassade d’Afrique du Sud à Kinshasa en a touché un mot à qui de droit. Elle est très préoccupée par cette détention. Selon les investigations d’AfricaNews, l’affaire des 32 supposés mercenaires frôle un scénario monté dans les milieux des sociétés de gardiennage pour nuire à un concurrent. Des pistes recoupées ramènent le fil conducteur de la trame sur Delta, une société de gardiennage installée sur le boulevard du 30 juin en face du siège de l’INSS, Institut National de Sécurité sociale. Delta est la même société qui assure la sécurité rapprochée d’Oscar Kashala, candidat à l’élection présidentielle. Le contrat conclu entre les deux parties fait obligation à Delta de mettre à la disposition de Kashala une Jeep de suite avec deux gardes du corps et un chauffeur. Service qui coûte au client 5.000 dollars par semaine. Il en paie 1.000 à Delta pour ses deux vigiles commis à la garde du siège de l’UREC. Entre Kashala et la société, les liens ont été établis depuis les Etats-Unis par le biais d’un compatriote qui a des intérêts chez Delta. C’est lui qui a toujours touché les sommes dues en contrepartie des prestations de Delta auprès de Kashala. Ses rapports avec son client ont commencé à se dégrader quand ce dernier a appris qu’il s’est fait rouler pour un service qui coûte en réalité 3.000 dollars. Des soupçons sur une certaine connivence de son interlocuteur avec les services des renseignements ont pourri davantage la situation. Et Kashala s’est décidé de se tourner vers une autre société de gardiennage Omega pour sa campagne à travers tout le pays.
Un marché en centaines de milliers de dollars qui a vu débarquer à Kinshasa des experts de la société sud-africaine pour la prospection. Cela explique-t-il ceci ? Difficile de l’affirmer d’autant que le profil des hommes d’Omega dépêchés à Kinshasa a lui-même de quoi susciter des soupçons. Les Sud-Africains notamment, sont pour la plupart des anciens militaires du très célèbre bataillon 32 de l’armée sud-africaine sous l’apartheid. Ils ont fait le coup de feu un peu partout en Afrique, notamment en Angola et ont des connexions avec la très controversée Exécutive Outcomes. Pendant très longtemps, ils ont travaillé en toute légalité pour une société de mercenariat créée à l’initiative d’un certain Alfred. Qui avait besoin des mercenaires débarquait au grand jour à Johannesburg pour louer les services de l’entreprise d’Alfred. Officiellement, Alfred ne traitait qu’avec des gouvernement mais en sous mains, il a envoyé ses hommes partout où il y a eu de l’argent à gagner. Alfred a dû se conformer à la législation post-apartheid qui a classé son entreprise parmi les affaires illégales.
Affaire Kutino
Lui et ses hommes se sont convertis dans le gardiennage. Il y a quelques années, il a obtenu un gros marché pour la formation des hommes de la garde rapprochée de Théodore Obiang Nguema mais, il s’est fait rouler par son lieutenant qu’il a dépêché sur place pour faire le boulot. Obiang a dû aussi se méfier depuis l’affaire des mercenaires arrêtés à Harare. Il est désormais gardé par des Marocains que lui a fournis le Roi Mohamed VI. L’affaire a fini d’empoisonner l’atmosphère à Kinshasa. Celle-ci était déjà alourdie par l’arrestation du pasteur Fernando Kutino mis aux arrêts et dont l’ouverture du procès a eu lieu mercredi 31 mai 2006. La plupart de préventions mises à charge sont attaquables. Par exemple, l’accusation de détention d’armes et d’injures à l’endroit des autorités. Kutino a mis le pouvoir au défi de lui exhiber l’arme ou les armes trouvées chez lui.
L’audition de la cassette du culte de Kutino au stade Tata Raphaël fait voler en éclats l’autre accusation. Nulle part, on y retrouve des propos injurieux contre les autorités. Kutino est plutôt circonspect et affirme qu’il ne s’attaque à personne mais plutôt à un système fondé sur la mal gouvernance. Le pasteur a promis depuis sa cellule au CPRK qu’il ne renoncera pas à son combat, donc à la campagne « Sauvons le Congo ».
(Yes)
Africa News
