Zamenga est mort trop tôt. Remplaçons-le !
Un écrivain est en même temps gardien, protecteur et créateur d’une culture. A travers son récit, on peut s’identifier au personnage, comprendre la mentalité d’un peuple, une culture, et savoir la transmettre.
Je m’arrête spécialement sur un élément d’une oeuvre : les personnages. Dans la littérature écrite africaine en général, congolaise en particulier, le héros du récit meurt toujours à la fin de son entreprise. Si ce n’est pas le cas, il échoue dans son entreprise. Ceci est une représentation de l’homme noir, du congolais dont l’échec démeure dans toutes les entreprises évolutives. Le constat paraît vrai. Nous n’avons pas inventé un Tintin qui survit à toutes les mésaventures. Nos écrivains tuent leurs héros. Le professeur Ngandu Nkashama l’avait constaté. Meme dans « la vie et demi », où l’auteur a tenté de ressusciter son héros, c’est sous la forme d’un revenant, et donc un monstre qui effraie les vivants au lieu de les aider à bâtir la société. Philosophes et écrivains doivent nous trouver des raisons d’espérer, créer un univers à réaliser comme Jules Vernes et Hergé l’ont fait.
Si l’on ne tue pas le père, on demeure éternellement enfant. Pourquoi ne pas imaginer une mort naturelle du père qui me place brusquement à l’avant-plan et vainqueur des obstacles qui ont éliminé le géniteur ? On va jusqu’à inventer un opposant comme dan « Nimi ne meurt pas seul », qui vient stopper l’aventure de la rénovation et replonger la société dans le chaos. Zamenga est mort trop tôt. Remplaçons-le !
Dans chaque type de personnage, on retrouve un type de congolais. Tenez, encore un exemple. L’abbé Pierre Landu, personnage central de « entre deux eaux » de Mudimbe, se retrouve dans une ambiguité où il est formé dans une école occidentale, dans une religion occidentale et doit se battre dans un contexte de rébellion. Il a fini par abdiquer, ne se sentant plus proche de ses frères. C’est le language que tiennent les congolais de la diaspora. Dans la majeure partie, ils ne se sentent plus à mesure de vivre au Congo. Quoi de plus triste ?
