Mis en ligne le 29/07/2006L’historien Isidore Ndaywel resitue l’importance des élections dans l’histoire et dresse d’éventuels parallèles.
L’historien Isidore Ndaywel est l’auteur d’une monumentale «Histoire générale du Congo, de l’héritage ancien à la République démocratique» (Ed. Duculot). Il resitue l’importance des élections dans l’histoire du Congo.
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Est-ce la première fois que le Congo connaît des élections pluralistes?
Non. L’expérience électorale au Congo date de la fin de la période coloniale. Il y eut des élections en 1957-58; communales seulement, mais c’était déjà une expérience qui compte et qui, dans quelques mois, remontera à 50 ans. Il y eut des scrutins pluralistes législatifs et locaux, ainsi qu’au second degré lorsque les élus provinciaux ont désigné les présidents provinciaux et les sénateurs et lorsque le Parlement, réuni en congrès, a élu le chef de l’Etat en juin 1960; cette dernière élection n’a pas eu lieu en 1965 après la mise en place du nouveau Parlement.
Les circonstances de ces élections peuvent-elles être comparées à celles d’aujourd’hui?
Certains éléments peuvent l’être. Ainsi, la participation incomplète de la population: cette fois la diaspora est exclue du vote; en 1965, toutes les régions où il y avait une rébellion (Province orientale, Kwilu, Maniema) ne purent participer. Autre ressemblance: comme en 1965, ces élections-ci ont été précédées d’un référendum constitutionnel. La grande différence est qu’en 1965, la présidentielle au second degré n’a pas eu lieu. Les deux chambres étaient en place et il ne restait qu’à les réunir pour qu’elles élisent le chef d’Etat. Mais à l’ouverture du Parlement, le Président sortant, Joseph Kasa Vubu, révoqua le Premier ministre Moïse Tshombe, chef de la majorité parlementaire, candidat lui aussi à la magistrature suprême, pour le remplacer, par deux fois consécutives, par Evariste Kimba, dont, par deux fois, le gouvernement n’obtint pas l’investiture du Parlement. Cet entêtement suicidaire créa les conditions d’un coup d’Etat.
Quelles furent les conséquences des élections de 1965?
Le coup d’Etat de Mobutu, le 24 novembre 1965. Il faut souligner, ici, l’attitude ambiguë de la communauté internationale. Elle s’empressa de reconnaître le régime issu de ce coup d’Etat au lieu de faire pression pour que le Parlement puisse procéder à l’élection du chef d’Etat, comme prévu. Elle avait pourtant bien été capable de faire pression après la mort de Lumumba (janvier 1961), quand les casques bleus en mission au Congo avaient fourni la logistique et la sécurité nécessaires pour faire venir les parlementaires de tout le Congo, y compris des zones qui n’étaient plus sous contrôle gouvernemental (Province orientale, Sud-Kasaï). Ils furent enfermés en conclave, en juillet 1961, sur le site de l’université de Lovanium, obligés de s’entendre pour mettre en place un gouvernement d’union nationale. Ce dernier fut constitué et sera dirigé par Cyrile Adoula, le plus en vue des ministres de Lumumba.
© La Libre Belgique 2006
